Parmi les originalités africaines qui ont traversé des périodes et les frontières, on peut citer la tontine. Qu’est-ce que la tontine ? Qu’est ce qui fait son originalité ? Pourquoi s’exporte-t-elle ? Compte tenu de son succès, ne serait-il pas nécessaire d’enseigner ce modèle à l’école ?
La tontine, de quoi s’agit-il ?
En Afrique et particulièrement au Cameroun, il existe un modèle de solidarité très connu appelé " tontine". Dans un article intitulé « Tontine et banque en contexte camerounais» Louis Roger Kemayou, François Guebou Tadjuidje et Marie Sophie Madiba en présentant le contexte bancaire camerounais affirment :
En marge de celles-ci et à des degrés divers, les Africains ont développé des formes d’épargne à caractère socioculturel, dénommées « tontines », et basées sur les valeurs d’entraide, de solidarité, de sociabilité et surtout de préservation du patrimoine culturel de la famille et/ou de la région.»
La tontine est donc une forme d’entraide entre les communautés.
De manière plus simple, les personnes se réunissent en groupe. Elles sont soit liées par le sang, par l’amitié ou par la profession et décident de se rencontrer de manière périodique. Elles définissent des dates et des sommes à cotiser. À chaque assise, un des membres bouffe la tontine, c’est-à-dire bénéficie de la cotisation. C’est souvent grâce à cette somme d’argent que certaines personnes entreprennent des projets.
Elle est basée sur la confiance des membres. Toutefois, il arrive que des personnes ne puissent pas cotiser ou disparaître dans la nature après avoir bouffé. Les sanctions sont souvent prises et peuvent aller de la simple radiation à la déposition d’une plainte. Cette forme de cotisation et d'épargne a subi l’arrivée des banques mais malgré cela elle est toujours d’actualité car il y a des Camerounais qui ne font pas confiance aux banques; certaines ayant fait faillite sans rembourser les épargnants.
La tontine ou Djangui s’adapte à la modernité. Une application dédiée à sa pratique a vu le jour en Allemagne. C’est l’œuvre d’un camerounais expatrié, à savoir Jules Guilain Kenfack, ingénieur en informatique.
Le modèle de la tontine a inspiré un des plus grands banquiers d'Afrique actuellement : Paul Fokam Kammogne.
La tontine : modèle d’inspiration du banquier Paul Fokam
Paul Fokam Kammogne est un Camerounais originaire de la région de l'ouest du pays, une de régions reconnues pour être le fief de la tontine. Après son séjour en Europe, ce spécialiste de la gestion a fondé en 1992 une microfinance appelée MC2 basée sur une formule : «VP = MC2, c’est-à-dire la Victoire sur la Pauvreté (VP) est possible si les Moyens (M) et les Compétences (C) de la Communauté (C) sont mis ensemble. » (O my africa). Cette formule est inspirée de la tontine.
En effet, les communautés villageoises, principaux acteurs de la tontine sont invitées à déposer leurs épargnes dans cette microfinance de proximité. Elles peuvent également les retirer dès qu’elles le souhaitent. C’est ainsi que les commerçants, les agriculteurs et bien d’autres acteurs des zones rurales où elle est installée vont se ruer dans cette banque pour déposer leurs économies et la récupérer dès qu'ils le souhaitent. Djoum Kouomou Serge résume les MC2 en ces termes :
Le réseau camerounais de Mutuelles Communautaires de Croissance (MC2) est un exemple novateur parmi ces associations d’entraide. Il possède sa propre structure faîtière qui lui fournit des économies d’échelle mais permet aux associations au niveau local d’avoir une certaine marge de manœuvre en termes de produits et de services, même en termes d’élaboration et de communication des états financiers.
Afriland First Bank de Paul Fokam, une des meilleures banques en Afrique est une excroissance des MCR. C’est donc la preuve que la tontine a fait le succès du milliardaire. Si l’entraide se fait par l’argent, il existe d'autres formes différentes : la construction des logements.
De la construction des jaima au Sahara Occidental
Au Sahara occidental, territoire qui réclame son indépendance depuis 1976, la construction des cases ou de maisons appelées jaima est l’œuvre des femmes. La jaima est une sorte de tente que l'on trouve dans les communautés constituées de populations nomades. Au Sahara, les gens vivent dans des tentes faites ou construites par la gent féminine. Elles procurent un espace habitable, un domicile pour toute la famille.
Pour ce faire, en solidarité, elles se réunissent pour construire des tentes. L'on élit une personne qui manifeste le besoin d'un logis et à qui est accordée un ou plusieurs jours afin de construire sa tente (Fomekong, 2021, p 127). Afin de pouvoir bénéficier un jour de l’aide des autres, vous devez participez également à la construction des tentes de personnes qui en ont besoin. Toujours dans l’immobilier mais cette fois-ci au Canada, la tontine ou tout au moins son modèle est désormais pratiqué là-bas.
La tontine de l’immobilier au Canada
La Canada est de plus en plus une destination privilégiée des Africains en général et des Camerounais en particulier. Selon un recensement fait en 2016 au Canada, on comptait 10 265 Camerounais. Face à la difficulté d’acquérir des logements, des groupes de Camerounais, s’inspirant du modèle de la tontine se sont associées pour s’en octroyer : la tontine immobilière.
Dans un entretien réalisé par le journaliste camerounais Jacky Moiffo et publié sur le site du média en ligne JMTV°, des Camerounais établis à Montréal expliquent comment ils font pour s’acheter des logements au Canada. Ils forment des groupes basés sur la confiance et contribuent pour en acheter à tour de rôle. La tontine s’est donc expatriée et fait désormais ses preuves au Canada à travers la tontine immobilière.
La tontine, un modèle pour l’école alternative
A défaut de faire partie de programmes scolaires, la tontine peut bien trouver son compte dans le cadre des écoles alternatives. La tontine ou la solidarité pourrait y être enseignée. Tout comme les écoles nature ou Forest School où le développement du lien avec la nature est abordé, on pourrait mettre sur pieds des écoles basées sur l’entraide.
Ainsi, on formerait des citoyens qui développeront leur communauté à travers des projets communs. Cette approche consolide les rapports humains et met l’homme au cœur du développement. Les tontines permettent aux plus riches d’aider les plus pauvres.
Image : Arul / Pixabay
Bibliographie
Fomekong Narcisse, (2020), « Le motif de l'identité dans les recueils de poèmes de Tino Villanueva, Justo Bolekia Boleká et Limam Boicha », thèse de doctorat soutenue à l’Université de Dschang au Cameroun.
O ! ; « Paul Kammogne Fokam : Itinéraire d’un milliardaire panafricain », https://ohmyafrika.com/biographie/itineraire-d-un-milliardaire-panafricain/
Kemayou, Louis Roger, Guebou Tadjuidje ,François, Madiba, Marie Sophie, (2011), «Tontine et banque en contexte camerounais », La Revue des Sciences de Gestion, https://www.cairn.info/revue-des-sciences-de-gestion-2011-3-page-163.htm&wt.src=pdf
Djoum Kouomou, Serge, (2008), « TOUCHER CEUX QUI SONT DIFFICILES À TOUCHER: Etude Comparative des Institutions Financières Appartenant aux Membres dans les Zones Rurales Reculées », Antigonish, Nova Scotia, Canada , https://coady.stfx.ca/wp-content/uploads/pdfs/ford/docs/translate/french/Cameroon%20(French).pdf
RFI, (2016), « Djangui: tontine en ligne lancée depuis l'Allemagne par un ingénieur camerounais», https://www.rfi.fr/fr/economie/20160529-djangui-tontine-ligne-lancee-allemagne-cameroun-jules-guilain-kenfack
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