Chaque milieu possède sa signature sonore et ses protocoles de communication pour faciliter les rapports. Par exemple, le brouhaha caractéristique d’une cour d’école est composé de centaines de cris et de paroles des enfants en interaction. Il y a fort à parier qu'on soit capable de reconnaître le son d'une cour d'école sans égard à la langue des enfants, partout au monde. Si on pouvait enlever tous les bruits d’un chantier de construction, d'un bureau, d'une usine ou d'un magasin et ne garder que les sons des humains, on aurait sans doute un autre paysage sonore mais toujours composé des messages que s’échangent les gens qui travaillent et de la façon particulière dont ils se les échangent dans ce milieu.
Si certains animaux sont capables d’associer des symboles à des significations, on ne connait pas encore d’exemples d’animaux laissant des traces écrites. Les animaux ne savent pas écrire, leur langage est essentiellement direct, en mode sonore, gestuel ou olfactif. Aussi, en s’attardant aux messages instantanés que nous nous échangeons, on obtient une certaine idée du genre de messages que s’échangent les oiseaux et animaux dans chaque région.
Catégories de messages instantanés courants.
(Exemples sur les réseaux sociaux, dans les cours d’école, dans les échanges de contrôle aérien)
Type de message
| Réseau social
| Cour d'école
| Tour de contrôle
|
Salutations / prise de contact / identification
| Allo Charles | Julie ! | TangoZoulou Vol 362 |
État de situation
| Je suis au coin de la rue
| Je t’ai pas vue hier. As-tu fait le devoir ? | En approche |
Planification
| Je vais te rejoindre
| On va jouer à ce jeu ? | Vous aurez la piste principale dans 3 minutes |
Accusés de réception / Réponse
| OK
| Oui | Roger |
| Appréciation | Émoticone
| Super | Clair 5/5 |
Affectivité
| Yé
| « Cris »
| Content de vous entendre
|
Commentaires
| Intéressant
| C’est elle la meilleure | Vous êtes en avance |
Informations
| La porte est ouverte
| Le ballon est mou | Température glaciale au sol |
Requêtes
| Comment y aller ? | Faudrait trouver une pompe | On a besoin d’un technicien |
| Réactions / Règlement de conflits / Intimidation | Je l’ai essayé et c’est bon
| C’est mon tour | Priorité |
Fin de communication
| Bye
| Ciao | Terminé |
Il ne s’agit pas de faire de l’anthropomorphisme mais d’essayer de comprendre comment le contexte module le contenu des messages et quel genre de protocole est courant dans tout genre de communications directes.
Un oiseau au sommet d’un arbre, un dauphin dans une baie, un éléphant dans la savane, une vache dans son champ sont tous affectés par l’heure de la journée, le température et le climat ambiant, la présence de vent, de courant, le relief, les rythmes biologiques (saison des amours, temps de migration) et surtout par la présence des autres membres de leur espèce, de leurs prédateurs, de leur sources de nourriture et de d’autres êtres plus ou moins significatifs pour eux.
Logiquement, il devrait y avoir des signaux spécifiques selon l’importance de l’interaction : cri pour la présence d’un danger, appel de partenaire, position de tel ou tel élément par rapport à un autre, information sur la nourriture, etc. On devrait retrouver chaque catégorie de message instantané d’une manière ou d’une autre.
Les mouettes appellent leurs compagnons quand elles trouvent une source de nourriture qu’elles ne seront pas capables d'obtenir toutes seules. Le cri doit être très particulier puisque les autres rappliquent en vitesse. Est-ce que le timbre de celle qui crie (qui fait qu’on reconnait son émetteur) est plus important que le message, si même il y a un message ? Ça on ne le sait pas encore, par contre on en est sur pour les éléphants et certaines baleines : chacun sait à qui le message s’adresse et de qui il provient, genre «Ici Radio France».
La question du protocole, de la structure conventionnelle d’un message est aussi considérée. Chaque espèce possède un répertoire de cris et de chants spécifiques. Certains oiseaux semblent n’avoir que quelques cris qui, à nos oreilles, semblent toujours les mêmes, mais dont les modulations nous sont imperceptibles et qui portent l’essentiel des messages, alors que d’autres sont nettement plus élaborés.
Les «tchirps» des moineaux répétés inlassablement ont une raison mais qui s’éloigne de la conception que nous avons d’une communication symbolique. Le chant peut tout aussi bien dire
«Tchirp, je suis un moineau (ça vous l’entendez), Tchirrp, je viens du Grand Lac (j’ai cet accent particulier), Tchiirp, j’appartiens au groupe du clocher abandonné (je ne suis pas tout seul, on est au moins 200, sinon je ne crierais pas comme ça, j’aurais trop peur), Tchiiiirp, je m’appelle Le Rayé et je suis tout à fait capable de défendre le territoire que j’occupe avec mes amis, sachez-le, Tchiiiirpp, j'ai trouvé plein de nourriture par ici (si je n'avais pas le ventre plein je ne chanterais pas autant), Tchiirp Tchiirrp, (Je répète, car ça me rassure et je n’ai pas une très grande mémoire.).
Je plaisante, on ne sait pas trop ce qu'ils se disent dans le détail mais on reconnait aux chants et aux cris des fonctions d’identification, de positionnement dans l’espace, de coordination des activités de groupe, d’avertissement d’un danger, d’intimidation, de demande de nourriture, d’indication d’états émotionnels…
«Avec ce signal, l’oiseau laisse également passer une information que l’on pourrait qualifier de passive ou d’involontaire : sa position dans l’espace (…) Il y a enfin une autre information involontaire délivrée par le chanteur : elle concerne son état physiologique. La nature des notes et syllabes ou leur variété informerait la femelle de l’état de santé ou de l’expérience du mâle»
Le chant des oiseaux : un mode de communication sophistiqué
Équipe Communications Acoustiques - CNRS
Le défi de ceux qui travaillent à essayer de décoder le langage des animaux (dauphins, baleines, éléphants et autres) à l’aide de l’intelligence artificielle est d'identifier spécifiquement chaque émetteur, à la positionner par rapport aux autres et aux repères importants (heure de la journée, position dans l'espace, conditions météo, saison, événement important, présence de nourriture, etc.) et à mettre tout ça en rapport avec les messages enregistrés. Ajoutons-y les odeurs, les postures, les gestes et nous avons une idée de la complexité des messages et signaux que les animaux utilisent pour communiquer, y compris avec les étrangers à leur espèce.
Il apparaît évident qu'avec l'aide de l'intelligence artificielle, le développement de notre compréhension des signaux des animaux nous amènera à changer notre conception de nos rapports avec ceux-ci et avec la nature en général. Peut-être enfin trouverons-nous notre véritable place dans la trame de la vie, sans la détruire.
Illustration : Per-Arne Larsen sur Pixabay
Références
Le "sens du nombre" chez les oiseaux - Mathias Germain - La Recherche - 2023
https://www.larecherche.fr/le-sens-du-nombre-chez-les-oiseaux
African elephants address one another with individually specific name-like calls - Pardo, M.A., Fristrup, K., Lolchuragi - Nature Ecology & Evolution - 2024
https://doi.org/10.1038/s41559-024-02420-w
Les scientifiques apprennent à parler le langage des baleines - BBC News
https://www.bbc.com/afrique/articles/cqvne8wj6d1o
J'écoute, je décode, j'identifie (le chant des oiseaux)
https://www.jecoutejedecodejidentifie.fr/
Le chant des oiseaux : un mode de communication sophistiqué (.pdf)
Thierry Aubin, Fanny Rybak et Hélène Courvoisier - Équipe Communications Acoustiques - CNRS
https://www.bruit.fr/revues/78_13191.PDF
«Quels sont les types de messages les plus courants sur les messageries instantanées ?»
Question posée sur Chat GPT, sur Copilot et sur Claude AI
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