Désormais l'I.A. se joue les artistes en dehors d’être assistant dans des maisons de retraite comme Pepper en Asie. Il est évident que cette innovation engendre de nombreux changements au sein du milieu artistique : entre la collaboration avec un outil stimulant la créativité, et la voie traditionnelle d’éveil du génie créatif, il est clair que le processus de création parait plus simplifié.
Aussi plusieurs questions se posent sur le caractère artistique des produits de cette collaboration. Il est évident que l’IA offre de nouvelles possibilités aux artistes, lesquelles engendrent des risques multiformes pour l’art et l’artiste. Quels sont-ils ? L’IA remplacera-t-elle définitivement ces acteurs culturels ? Que prévoit la législation pour les protéger eux et leurs œuvres ?
L’IA et l’art musical une alliance troublante, mais bénéfique
Le processus de création de toute œuvre qu’elle soit artistique ou pas, non seulement demande un certain temps de travail pour le maitre d’ouvrage, mais aussi un grand bol d’inspiration. Les sources sont multiples Thylacine, un compositeur-musicien électro qui éveille sa créativité, pendant des voyages dans sa caravane par exemple. Aujourd’hui assis seul devant un logiciel d’IA, certains artistes parviennent à confectionner des musiques en formulant des instructions à la machine. Fini le travail en équipe tissant des liens sociaux entre les collaborateurs. Par contre, le processus de création est moins chronophage.
Du côté du mélomane, l’expérience musicale est plus adaptée à ses préférences, et aussi, l’IA grâce à sa capacité d’apprentissage automatique obtenue grâce à l’analyse de données déjà existantes, est plus enclin à créer une musique adressée à un public cible connu, garantissant le succès de la chanson et de l’artiste par la même occasion.
Plusieurs applications constituent des soutiens de création pour les artistes et d’amélioration de l’expérience musicale pour les mélomanes. C’est le cas par exemple du projet IA Flow Machines détenu par Sony Computer science Laboratoires Inc, qui a permis la création de chansons issues d’une base de données contenant treize mille (13 000) morceaux. Par ailleurs, on peut compter parmi ces applications l’IA musique Shazam permettant aux artistes de vérifier s’ils sont parfaitement identifiés, et aux adeptes de la musique, de retrouver facilement une chanson dont ils manquent des références.
La scène musicale pullule d’œuvres de ce genre. Un reportage réalisé par France 24, révèle que sur les cent mille nouveaux titres analysés par la plateforme Deezer (IA gen music detector), 10% d’entre eux, soit dix mille chansons, sont entièrement créées par l’IA, remettant en question la place et le respect des droits de l’artiste dans l’industrie musicale.
Que devient l’artiste si l’IA peut faire de la musique ?
L’origine de ces chansons, quoique occultées par les industries technologiques, alimente des interrogations de toutes parts. Une réalité demeure : elles sont créées sur la base de styles musicaux déjà existants. Du coup, s’agit-il d’une tricherie ?
Une chose est certaine, si le système d’IA est calqué sur le modèle du cerveau humain, il y a de fortes chances qu’il fonctionne quasiment de la même manière, c’est-à-dire en apprenant de l’existant. Par conséquent, si l’on voit les choses de cette manière, nous sommes tous des tricheurs ! Mais bon, s’inspirer de l’existant et y associer d’autres propriétés pourrait donner un corps nouveau, et je crois que c’est dans cette logique que l’IA fonctionne.
Sauf que, l’usage de la propriété intellectuelle s’adosse sur des règles fermes à ne pas outrager, à savoir la formulation d’une demande de licence d’exploitation d’une œuvre de l’esprit. Laquelle règle n’est pas prise en compte par l’IA qui se contente juste d’user ces œuvres sans l’avis préalable des auteurs. Ce qui malheureusement met à mal la possibilité de vivre de leur art et constitue une forme de pillage de leurs œuvres comme le déplore Jean-Michel Jarre auteur-compositeur français. Que prévoient les institutions qualifiées en la matière pour préserver les droits d’auteurs ?
L’IA intègre le champ juridique
Au vu des dangers que ce nouvel outil musical présente au sujet du respect de la propriété intellectuelle, il est clair que le projet d’un cadre juridique devait être mis sur pied afin protéger les artistes et leurs œuvres.
C’est pour cela que l’Union Européenne, à travers ses membres, a adopté un cadre règlementaire pour l’intelligence artificielle qui est considéré comme une innovation dans ce domaine, et un appel à plus de transparence de la part des entreprises technologiques et des développeurs d’IA.
Plus concrètement, les entreprises utilisant l’IA générative doivent fournir les résumés complets des œuvres utilisées pour former leurs systèmes. Le non-respect de cette règle débouche sur le versement d’une amende allant jusqu'à 35 millions d'euros (38 millions de dollars) ou jusqu'à 7 % du montant de leur chiffre d’affaires annuel mondial. Il s’agit là d’une loi contraignante visant à mieux protéger la propriété intellectuelle et par-là même le métier de musicien.
Illustration : Marianna _25 sur pixabay
Références
Biget Sylvain, 2023, « l’intelligence artificielle s’inspire du cerveau et révèle e mystère de l’hippocampe », en ligne https://www.futura-sciences.com/tech/actualites/intelligence-artificielle-intelligence-artificielle-inspire-cerveau-revele-mysteres-hippocampe-105235/
France 24, « Demain, tous artistes ?... L'IA révolutionne le monde de l'art », en ligne
https://www.youtube.com/watch?v=P6ed-kmTqAc
France 24, « intelligence artificielle : comment s'inspire l’IA pour créer une chanson ? en ligne
https://www.youtube.com/watch?v=TX38Ihupguw
IA School, L’intelligence artificielle dans la musique, l’Ia et des innovations, en ligne
https://www.intelligence-artificielle-school.com/alternance-et-entreprises/secteur-d-activite/secteur-de-la-musique/
Matanda Alvin, 2024, « Le Parlement européen adopte une loi historique sur l’IA », en ligne
https://www.musicinafrica.net/fr/magazine/le-parlement-europeen-adopte-une-loi-historique-sur-lia
The Guardian, 2016, “First recording of computer-generated music created by Alan Turing- restored”, en ligne
https://www.theguardian.com/science/2016/sep/26/first-recording-computer-generated-music-created-alan-turing-restored-enigma-code?CMP=share_btn_tw
Vendé Lou, 2020, « Le voyage, source d’inspiration, en ligne
https://www.artistikrezo.com/art/le-voyage-source-dinspiration.html
Wessbecher Louise, 2016, « Flow Machines, l’intelligence artificielle du laboratoire Sony , produira-t-elle les tubes pop de demain ? », en ligne https://www.france24.com/fr/20161001-flow-machines-intelligence-artificielle-laboratoire-sony-produira-elle-tubes-pop-demain
Voir plus d'articles de cet auteur