Technologies

Les tableaux blancs interactifs

le 24 novembre 2002 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

Sociétés

Du 20 au 24 novembre 2002 à Paris Expo s’est tenu, dans le cadre du salon de l’Education, Educatec. Son pôle TICE était annoncé comme un espace "dédié aux enseignants et formateurs pour que ceux-ci puissent approfondir leurs connaissances mais également découvrir comment ces [nouvelles] technologies facilitent l’accès aux savoirs et surtout leur apport dans le cadre de l’éducation. " Educatec versus EducaticA travers une sélection d’offres commerciales émanant d’exposants présents au pôle "édition, TICE, nouveaux médias, langues, et enseignement en ligne", peignons de qualificatifs les tableaux blancs interactifs et électroniques. Premier constat, les postures induites par l’utilisation de ces environnements technologiques dits pédagogiques restent des plus classiques. L’enseignant et le formateur se voient renforcer dans leurs statuts de transmetteur de savoirs plus que dans celui de médiateur et d’innovateur pédagogique. A moins que la médiation et l’innovation ne se cantonnent à une course exponentielle à la surenchère technologique ! Du tableau noir au tableau blancFini vos stylos à feutrine usée, voici venu le temps de la cyberformation. Pour bons nombres d’enseignants abonnés aux bâtons de craie ainsi que pour les modernistes du marqueur à encre effaçable, les affres de l’écrit restent les mêmes : la lisibilité des données est tributaire de la qualité scripturale du rédacteur, la mise en relief des inscriptions manuscrites est limitée aux jeux de couleur, le transfert électronique oblige une saisie clavier des annotations occasionnant une perte de temps… L’avant-gardiste utilisateur de projection assistée par ordinateur (Préao) maîtrise suffisamment peu les fonctions avancées de son logiciel préféré pour intervenir en direct sur sa Préao et créer ainsi des esquisses d’interactivités au-delà du simple défilement de transparents ! Directement à partir d’un tableau spécial, vous rêviez de pouvoir contrôler vos applications informatiques à l’aide d’un stylo digital ad hoc (au lieu de votre souris confinée à votre poste informatique), d’écrire sur des illustrations projetées, d’importer des images et graphiques, de transformer votre écriture manuscrite en version informatique, de sélectionner des options de surlignement, de choisir des épaisseurs de trait, de gommer votre encre électronique, d’imprimer vos œuvres murales, de les enregistrer pour une exploitation future… Ceci devant un auditoire enthousiasmé par votre verve informatique. Le tableau blanc l’a fait ! Le matériel nécessaire : un tableau électronique de projection, un logiciel d’application, votre ordinateur, et le cas échéant un vidéo projecteur. La palette d‘outils graphiquesLe SchoolBoard Interwrite distribué pour l’hexagone par Cogistem est un appareillage "facile à utiliser". Issue d’une technologie sans fil (Bluetooth), cet "environnement éducatif dynamique (...) stimule les élèves en transformant les cours en de véritables expériences interactives". Vous souhaitez sortir de votre estrade, circulez dans votre salle au plus près de vos apprenants, la SchoolPad Interwrite, mini tablette portative (les apprenants peuvent en être dotés) est faite pour vous ! L’ ACTIVboard facilitera "considérablement la façon d’apprendre, quel que soit le programme scolaire". Ce tableau blanc interactif diffusé par Promethean dispose de banques d’images symboliques que vous pourrez enrichir, d’organigrammes préformatés, d’outils de zoom, d’insertion d’hyperliens… L’option ardoise ou tablette individuelle est également prévue. Dans la catégorie "surface tactile", le Smart Board, commercialisé en France par la société Hypcom, vous permettra de contrôler et d’annoter vos présentations soit à l’aide de votre plumier Smart Pen Tray soit directement par votre doigt (technologie résistive). Des présentations animées au doigt et à l’œil ! Vous souhaitez "enseigner avec une toute nouvelle dimension", le StarBoard distribué par Arqué Technologies vous ira comme un gant. Résistant, cet outil de présentation possède quatre modes de fonctionnement : connection totale (ordinateur, vidéo-projecteur et tableau), connection partielle (le StarBoard est connecté uniquement au micro-ordinateur) permettant d’enregistrer et d’imprimer vos annotations, sans connection pour une utilisation comme simple tableau effaçable à sec et un mode écran pour une projection classique. Partagez vos données à distance, en vous dotant du logiciel additif ShareWizard Conference. Du tableau blanc passez à la réalité du tableau virtuel ! Anciennes ou antiennes technologies éducatives ?Parmi les critères de différenciation de ces solutions, citons la solidité et la capacité de résistance du matériel (souris et tableau électronique), l’étendue des fonctionnalités, l’intuitivité du menu fonctionnel, la taille des tableaux de projection, la compatibilité avec le système d’exploitation, la durée de la garantie, les tarifs... Passé l’attrait technologique, n’y a t il pas un risque de gadgétisation de la formation voire un surdimensionnement des potentialités offertes par rapport aux activités en salle ? Choisir un tel matériel implique un investissement financier non négligeable (de 3000 à 7000 € l’unité). Sachant que sur un logiciel de traitement de texte, seules 10 % des fonctionnalités sont exploitées, on est en droit de s’interroger sur la plus-value efficiente de l’appareillage proposé. La fréquence de l’utilisation envisagée de ces matériels correspond-elle aux besoins réels ? Competice (outil de pilotage par les compétences des projets TICE dans l’enseignement à distance) classerait l’utilisation des tableaux blancs dans le scénario dit de "présentiel enrichi". Ne pourrait-on pas justement enrichir l’utilisation des "anciennes" technologies ? A titre illustratif, un logiciel de traitement de texte vidéoprojeté peut servir, dans une optique d’optimisation fonctionnelle, d’outil de travail collectif. Les principales fonctions sont disponibles, à coût réduit : surlignement, dessin, insertion d’images et de liens, zoom, suppression, enregistrement, impression… L’élaboration du document est le fruit du travail du groupe. Il en va de même pour un logiciel de Préao pouvant être détourné de son usage initial de "présentation" pour se métamorphoser, par une utilisation réfléchie, en véritable outil de "co-construction". Là, encore, des usages et des échanges de pratiques mériteraient d’être mutualisés. Au niveau de la dynamique relationnelle induite par ces tableaux du 21ème siècle, le schémas classiques renvoient au "face à face pédagogique", à la limite de la communication unidirectionnelle : celui qui dispose du stylo électronique professe son discours projeté. Des scénarios de travail collaboratif restent à inventer pour dépasser le stade transmissif et une appropriation collective d’outils qualifiés d’interactifs. L’interactivité n’est pas uniquement fonctionnelle, elle est intentionnelle, mieux sociale. Seule la dynamique de groupe est capable de créer cette interactivité. A l’heure où la standardisation et la normalisation (logique d’interopérabilité) bat son plein, on assiste, dans cette compétition de fabricants, à une offre de matériels incapables de communiquer entre eux.. A quand un musée des tableaux incompatibles ? Prochain volet : La mise sous contrôle des apprenants.

A lire aussi sur le sujet : Quand le tableau du maître communique encore plus blanc (MJ)

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