Par Stéphane Vince  | svince@ac-nantes.fr

Veille sur les innovations pédagogiques : vers où allons-nous ?

Créé le vendredi 27 mars 2015  |  Mise à jour le mardi 17 mai 2016

Veille sur les innovations pédagogiques : vers où allons-nous ?

La société Sydo, à Lyon, est une agence de conseil en pédagogie qui s'est récemment illustrée par des petits clips animées sur différentes thématiques. Elle a lancé un site dédié à l'art d'innover – Sydologie – en associant à son équipe des experts et professionnels de l'innovation pédagogique. En parcourant Internet, Sydologie réunit 10 Tweets qui pourraient symboliser les grandes tendances du moment.

Au coeur des réflexions, nous retrouvons la place du Savoir et des connaissances, à travers la recherche d'une hiérarchie plus ou moins organisée. Ensuite, dans la relation pédagogique, nous pouvons tenter de réinterroger le rôle des formateurs et des apprenants, dans leurs relations respectives. Enfin, les nouvelles technologies, dont les plus poussées, amènent les apprenants à se plonger dans des mondes virtuels, au sens de la réalité augmentée, laissant une place bien distincte à l'accompagnateur que peut devenir le formateur.

Les connaissances peuvent-elles être hiérarchisées sur Internet ?

Un des 10 Tweets cite un article très intéressant, complet et complexe, intitulé « la hiérarchie des connaissances est-elle vraiment dépassée ? ». Son auteur, Rémi Sussan intervient en tant que contributeur sur Internetactu.net : il est journaliste spécialisé dans les technologies actuelles avec un regard sur les retombées de ces techniques à un niveau sociologique.

Sa réflexion s'appuie sur un article d'Alex Wright intitulé « le futur du Web a 100 ans » qui pose l'hypothèse que ce qui va arriver est en fait lié à des pionniers qui ont vécu au siècle dernier. Par exemple, le principe de vouloir créer des sortes d'encyclopédie du Savoir n'est pas récent. Wikipédia n'est rien d'autre qu'une continuité des projets de bibliothèques universelles qui ont vu l'émergence de systèmes de classement comme la CDU ou la classification de Dewey (célèbre dans toutes les bonnes bibliothèques).

En 15 ans, les internautes ont ainsi pu se familiariser avec des moteurs de recherche thématique (en rentrant dans un répertoire qui se subdivisait en de multiples autres entrées pour enfin arriver à une liste de page web) qui ont laissé la place à des moteurs Google ou autres. L'indexation des millions de page d'Internet devient LA référence importante, celui la maîtrisant détient un pouvoir immense, avec des « rank » des hiérarchies se basant sur des robots passant et repassant sur des pages et les classant selon un ordre bien mystérieux parfois.

Cette « innovation » n'est en fait que le prolongement du « Memex », sorte d'organisation des documents sans hiérarchie basé sur un système d'associations et de liens. Il est alors question de la pertinence du « web horizontal » qui présuppose que la connaissance s'organise de manière logique ou aléatoire en fonction de concepts, de choix stratégiques, alors que ce sont souvent d'autres intérêts économiques (la publicité) ou d'influence qui prennent le dessus.

Quid de la présence du formateur et dans quels rôles ?

François Taddéi, il y a 5 années disait déjà que

« le rôle de l'enseignant est peut-être moins de transmettre des informations que d'apprendre à les appréhender, à les critiquer, à les valider. »

Au regard des formes de hiérarchisation des réponses à une recherche Google (sachant qu'il est prouvé que l'internaute ne dépasse guère les premières pages), quelles valeurs ajoutées peuvent apporter les pédagogues à des apprenants habitués à trouver ce qu'ils pensent être « le Savoir » sur Internet ? Pour répondre à cette question, Matthieu Petit, Colette Deaudelin, Louis Brouillette ont écrit un article sur la présence en formation à distance.

En s'appuyant sur de nombreux écrits et recherches, les auteurs repèrent des outils de communication mis à la disposition des pédagogues : forum électronique, courriel, vidéo asynchrone, visioconférence web… Pour chacun de ces moyens technologiques, la posture du tuteur va engendrer des pratiques d'apprentissages plus ou moins impliquant chez les apprenants. Ces résultats ne sont pas là sans rappeler le modèle de Zane Berge tel qu'il est décrit rapidement dans l'article de Learn-on-line.

Quatre rôles sont ainsi endossables par tout tuteur :

  • des rôles pédagogiques bien entendu,
  • des rôles sociaux (avec l'animation des nouvels espaces de communications en ligne),
  • des rôles managériaux ou de gestion des parcours de formation, et enfin
  • des rôles techniques (de soutien à l'utilisation des outils mis à disposition).
     

Les changements d'identité sont certains. Comme le souligne la présentation de Formadis, d'une posture de transmetteurs de connaissances, les enseignants/formateurs endossent une « charge tutorale » non négligeables avec quelques recommandations basiques à devoir respecter.

Vers la réalité augmentée et le retrait progressif du rôle des formateurs.

C'est Géraldine Dauvergne qui signe cet article sur le site de l'Etudiant. Intitulé « Quand la réalité virtuelle augmente l'enseignement », elle retrace quelques grandes innovations technologiques qui bouleversent les pratiques d'apprentissage.

Notamment il est question de lunettes connectées qui plongent les apprenants dans des environnements virtuels permettant des visites immersives dans des établissements, dans des structures, dans des paysages,… Mais aussi, la réalité augmentée où les lunettes sont couplées avec des matériels de simulation favorisant l'appréhension « pour de vrai » et sans risques de pratiques professionnelles. Au sein de lycées technologiques, l'enseignant endosse alors un nouveau rôle : « il est animateur, il organise la mise en situation de l'élève, observe ses réactions, répond à ses questions ».


Au-delà des outils numériques pour produire des ressources d'apprentissage, mais aussi des nouvelles technologies plus immersives, ces grandes innovations interrogent encore et toujours les postures des uns et des autres.

Un dispositif de formation intégrant du numérique est forcément pensé en amont par des pédagogues, il est ensuite animé pendant les temps d'apprentissages – pas forcément par les mêmes concepteurs. L'être humain pense et se projette sur les machines, il leur donne des places et rôles à jouer, tout en sachant que sa posture va évoluer vers de l'animation et de l'accompagnement des processus permettant au final d'apprendre (et donc de vérifier par des évaluations, l'atteinte d'objectifs d'apprentissage).

Illustration : Goodluz - ShutterStock

Références :

L’actualité de l’innovation pédagogique en dix tweets ! - Sydologie
http://sydologie.com/2015/02/lactualite-linnovation-pedagogique-en-dix-tweets-4/

La hiérarchie des connaissances est elle vraiment dépassée ? - Rémi Sussan - Internet Actu
http://www.internetactu.net/2015/02/23/la-hierarchie-des-connaissances-est-elle-vraiment-depassee/

La présence en formation à distance -  M. Petit, C. Deaudelin & L. Brouillette - Adjectif Analyses
http://www.adjectif.net/spip/spip.php?article338

Les rôles du tuteur en ligne - Formadis - Présentation captivate
http://www.formadis.be/media/essentiels/tutorat/tutorat.htm

Les rôles du formateur en ligne - Learn on line
http://www.learn-on-line.be/les-roles-du-formateur-en-ligne

Quand la réalité virtuelle augmente l'enseignement - Géraldine Dauvergne - EducPros
http://www.letudiant.fr/educpros/enquetes/quand-la-realite-virtuelle-augmente-l-enseignement.html

 

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Commentaires

1 commentaire

Icône - Visage inconnu
  • briand
  • 11 janvier 2016 à 01 h 01

donner à voir les innovations pédagogiques

il reste une difficulté : si les innovations sont très nombreuses (40 pour 150 enseignanats à Telecom Bretagne) il n'y a pas une culture du donner à voir qui facilite la diffusion, les échanges et la mutualisation dans l'enseignement supérieur Michel Briand co-animateur de http://www.innovation-pedagogique.fr/

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