Par Yasmine Kasbi  | y.kasbi@cursus.edu

Et si on apprenait la paix dans le monde à l’école en jouant ?

Créé le jeudi 25 février 2016  |  Mise à jour le lundi 7 mars 2016

Et si on apprenait la paix dans le monde à l’école en jouant ?

Au même titre que l’a fait Charlie Chaplin dans sa célèbre scène où il incarne Hitler qui joue avec un globe terrestre, si nous laissions jouer les enfants avec le monde en classe pour apprendre la vie, pour la rendre meilleure et ne pas reproduire les mêmes erreurs que leurs ancêtres. Qu’en serait-il ?

Et si nous donnions le champ libre aux enseignants, plutôt que de leur imposer un programme ? Après tout, n’apprenons-nous pas de nos propres expériences et qui de plus expérimenté qu’un enseignant qui est lui-même passé sur les bancs de l’école et qui sait mieux que quiconque, en tant que pédagogue, ce qu’il y a à faire et à ne pas (re)faire ?

Les programmes scolaires d’aujourd’hui ne sont-ils pas trop classiques et obsolètes ? Les cours ne sont-ils pas trop généralisés à former une multitude d’élèves identiques qui entrent dans un même moule ? Nos écoles ne freinent-t-elles pas la créativité et l’imagination de l’enfant qui empêche l’humanité d’évoluer ? Notre enseignement n’est-il pas responsable des perpétuels conflits mondiaux ?

Vous vous dites que voilà bien beaucoup de questions réunies en trois paragraphes dans un article où on est censé trouver des pistes et/ou des réponses.

Voici un exemple bien concret, une réalité qui a fait ses preuves avec l’expérience de John Hunter, un professeur dans une école publique située en Virginie. Il a eu cette chance de pouvoir avoir la liberté de choisir son programme pédagogique sans que rien ne lui soit imposé. Ni matière, ni manuel, ni programme n’était obligatoire.

Un jeu de plateau

C’est ainsi qu’en 1978, ce professeur, pour illustrer un cours sur l’Afrique, a créé un plateau de jeu en contreplaqué sur lequel étaient posés tous les problèmes du monde. Sans rien imposer, il a laissé libre cours à ses élèves pour tenter de les résoudre.
Rapidement transformé au grand plaisir des élèves, le jeu a évolué au fil des années dans un format 3D réparti sur quatre étages en plexiglas représentant respectivement l’espace, l’atmosphère, la terre et la mer et enfin, les fonds sous-marins. On y trouve des petits soldats en plastique pour l’armée, des pions pour les personnages, des petites voitures, des bateaux, des avions, et même de la ouate pour représenter les nuages.

Le jeu, intitulé World Peace Game (Le jeu de la paix dans le monde), contient quatre pays dont certains sont riches et d’autres pauvres. Chaque pays a un gouvernement constitué d’élites politiques et commerciales, chacun avec ses forces et ses faiblesses en matière commerciale et militaire. On y trouve également une banque mondiale, des marchands d’armes, l’ONU, sans oublier les faits naturels comme la météo. Bref, un jeu représentant la réalité de notre monde.

Chaque élève joue un rôle choisi en commun accord avec l’enseignant. Certains sont ministres, d’autres secrétaires, banquiers, etc… Les règles du jeu contiennent une cinquantaine de problèmes imbriqués l’un dans l’autre qu’il va falloir résoudre. Tout changement influence les autres problèmes et entraîne des problèmes divers d’ethnies, de minorités, des catastrophes chimiques et nucléaires, des marées noires, ou encore des perturbations écologiques, des altercations en matière de droits sur l’eau, des famines, des espèces en voie de disparition, ou un réchauffement climatique.

Parmi les joueurs l’un est désigné comme fauteur de trouble sans que les autres ne le sachent. Il lancera de fausses rumeurs, des propos ambigus et superflus, ceci dans le but précis d’amener les autres à réfléchir face à des situations sans doute inattendues. Les enfants y apprennent l’art de la guerre et comment faire du sabotage, non pas pour le plaisir de nuire gratuitement, mais bien apprendre à réfléchir et à réagir sur le long terme et autrement que sous l’impulsion. Le jeu est basé sur la négociation pour tenter de trouver des solutions pour prendre soin du monde et apporter la paix.

Lors des parties, John Hunter, médiateur, n’intervient que peu en faisant pleinement confiance à ses élèves pour les rendre plus responsables. Le jeu confronte les élèves entre eux aux réalités de la vie, parfois dures,  injustes et cruelles comme la mort. Le but principal du jeu consiste à négocier entre pays pour résoudre les divers problèmes et où chacun puisse y trouver son compte.

La tâche est ardue mais passionnante où les enfants y découvrent par eux-mêmes la justice, en somme innée en chacun d’eux. John Hunter souhaite, par ces séances, que les élèves acquièrent un esprit critique et créatif pour en tirer le meilleur et, semble-t-il, ils sont bien partis pour créer un monde meilleur.

La Fondation

Fort de son succès, John Hunter est devenu un bel exemple de ce que peut accomplir l’enseignement. Il a mis au point un programme d’apprentissage unique appelé du même nom que le jeu. En 2014, la Fondation Mondiale de la Paix a été créée pour partager son expérience et promouvoir le concept de la paix par le biais d’un site internet qui reprend une documentation et certaines ressources. Le jeu ne se vend pas, par contre, John Hunter voyage sur demande pour animer des classes et Masterclass, moyennant rémunération. Un film et un livre sont mis en vente sur le site de la Fondation dans lesquels on y découvre comment un professeur peut révéler le plein potentiel de ses élèves.

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