Par Denis Cristol  | 4cristol@free.fr

L’immatériel scolaire remplacera-t-il le matériel d’enseignement ?

Créé le mercredi 23 août 2017  |  Mise à jour le mercredi 25 octobre 2017

L’immatériel scolaire remplacera-t-il le matériel d’enseignement ?

Introduction

Dès la plus haute antiquité des écoles sont associées aux sanctuaires religieux. Dans les temps anciens, du matériel d’enseignement est utilisé pour transmettre des croyances religieuses ou comprendre le monde. Les premiers textes, manuels, et ensuite bibles remontent d’époques plus avancées.

Dans sa  thèse de sciences de l’information et de la communication Jacques Perriault avait déjà exhumé l’ancêtre du « power point ». La lanterne magique inventée au XVII siècle permettait de projeter des surfaces de verre peintes. Les premiers usages de ces images, qui fascinaient le public, furent l’organisation de fantasmagories, de spectacles itinérants ou les débuts de formes d’enseignement. La lanterne donnait alors aux enseignants une aura et un prestige inégalés. Ces maîtres de la lumière pouvaient démontrer bien plus simplement, et à un large auditoire, des idées complexes, des scènes et des narrations.  Que de chemin parcouru !

Les nostalgiques feront le voyage de la lanterne magique à nos jours en consultant le fonds incroyable du Musée National de l’Enseignement français basé à Rouen, en se déplaçant sur place ou en interrogeant les documentalistes à distance. Les 20 dernières années sont particulièrement riches en renouvellement de tableaux noirs, ardoises, pupitres, et diverses formes d’écriture et matériel associé (plume, encre, papier buvard, gomme, colle, règle, équerre, cahier, classeurs, agendas etc.). Le traitement des informations jusqu’alors travaillé à l’aide d’outils bien matériels tend à faire une place plus grande à des ressources immatérielles.  Un triptyque se met en place entre :

  • écran individuel (smartphone, tablette, ordinateur),
  • surface de projection (via vidéoprojecteur ou tableau numérique interactif),
  • et interface informatique (base de données, logiciels, widgets, environnement personnel d’apprentissage), tout cela en observant que le câblage encore présent tende à prendre moins de place.
     

Jamais sans mon smartphone

Les smartphones mobilisent deux réseaux : un réseau électrique pour se recharger et un réseau informationnel.

  • La prise électrique incrustée sur les bureaux remplacera-t-elle l’encrier ? Le geste de raccorder son smartphone à un réseau succède au remplacement d’une cartouche d’encre  dans son stylo, ou au trempage d’une plume dans un flacon.
  • Le raccordement au réseau informationnel donnerait presque aux utilisateurs  le sentiment de se connecter à un cerveau commun tant l’accès à des données, à des personnes, à des événements, à des lieux vient compléter sa propre carte mentale informationnelle. Le sentiment de manque est si fort en cas d’impossibilité de relier son cerveau aux données en externalité que c’est presque comme si les cartes étaient interpénétrées.
     

La question demeure celle de l’usage du moyen d’expression. Ce n’est pas parce que près d’un humain sur deux possède un téléphone qu’il en maîtrise toute la puissance d’usage. Par ailleurs, face aux capacités de stockage d’un tel outil, nombre d’entre nous ne faisons plus l’effort de mémoriser puisqu’une mémoire externe est à notre disposition à presque tout instant. La part des informations que nous gérons en extériorité de nos cerveaux (mémoire électronique partagée) finit par supplanter la part que nous conservons dans le réseau de nos synapses et de nos cellules (mémoire organique singulière).

Comment les équilibres vont-ils se mettre en place entre ces deux formes de mémoire? Quelle sera la part et la nature dévolue aux informations à conserver dans nos cerveaux et celle dont nous nous délesterons dans des puces électroniques? Comment les pédagogues aideront à jongler et à naviguer entre ces mémoires?

Quelles surfaces de projection choisir ?

Toutes les surfaces peuvent potentiellement jouer un rôle éducatif. : packaging d’objets, cartes à jouer, panneau d'affichage, carte murale, affiches,  photographies, livres, carnets, feuilles , écrans TBI, VPI ,Écran Numérique Interactif, tablette numérique,  téléphone , tableau noir ou Velléda, ardoise, mur écritoire paper-board, flip chart, mur de classe, toile tendue,  grille etc. Mais, pourquoi ne pas projeter des informations dans la fumée, l’eau ou l’air, ou bien encore dans des matières vivantes du bois, des végétaux ou encore des fibres ou des tissus, des matières minérales (statues, hiéroglyphes etc.), de la matière biologique ou des corps (tatouage).

Tout ce qui est transformable ou inscriptible peut porter l’intelligence humaine. Alors, faut-il vraiment choisir ? Le numérique gagne à se combiner avec toutes les surfaces disponibles et certainement pas à les exclure. Chaque surface dispose de ses propriétés et de ses avantages. Là encore le pédagogue devra se poser des questions sur le choix de la meilleure surface de projection pour le meilleur effet? Comment s'y prendra t-il? Fera t-il des tests? Laissera t-il une liberté de choix?

Avez-vous gardé les informations contenues dans votre premier ordinateur ? J’ai tout perdu des données des disquettes souples de mon Amstrad 3086, car contrairement à une idée reçue les données numériques ne sont pas éternelles et dépendent encore de supports bien physiques. Faites le test regardez vos photographies, vos CD ou vos cours d'il y a 20 ans...

Où sont mes widgets ?

Les logiciels éducatifs font déjà partie de la trousse à outils des enseignants. Cette liste de 625 logiciels éducatifs atteste de l'intelligence humaine à aborder tous les sujets en apportant une vraie richesse numérique. Ils favorisent la présentation et la manipulation d’une grande variété de connaissances pour une variété de disciplines.

Les widgets les rejoignent en force et les complètent. Ils sont définis par EduTech Wiki (soutenu par l'université de Genève comme « de petits composants informationnels et thématiques, et qui s’intègrent à la demande par les utilisateurs dans des interfaces et autres dispositifs technologiques. »

Edutech.wiki recense les widgets éducatifs  qu’il sera possible d’utiliser pour favoriser l’apprentissage. Dans des environnements d’apprentissage conçus comme de véritables cockpits, ces widgets sont de véritables boussoles soutenant les différentes fonctions de l’apprendre (mémoriser, se motiver, se diriger dans les savoir).  Pour que ces widgets jouent leur rôle d’aide à l’apprentissage et au repérage dans l’action, cela nécessite qu’ils soient suffisamment bien conçus pour attirer l’attention sans l’accaparer entièrement, un peu comme le compteur de vitesse d’une voiture, une horloge qui donne l'heure ou l’état de la météo placée sur l’écran de son ordinateur.

Ces appuis attentionnels vont soutenir l’apprentissage en orientant l’attention vers des points ou des tendances  clés du processus d’apprentissage. Les widgets éducatifs vont permettre de « conserver, traiter et exposer l’information » en continu. Cela suppose qu’ils devront être connectés à des sources d’informations régulièrement mises à jour, être intégrables dans différentes plateformes et disposer d’une qualité d’affichage pour enrichir plutôt qu’encombrer la situation d’apprentissage.

Qui a encore emmêlé mes câbles ?

Qui ne se souvient pas des débuts de l’informatique éducative et des problèmes de connectique ? L’enseignant valeureux empêtré dans des mètres de câbles allant du serveur à l’ordinateur, de l’ordinateur au clavier, à la souris, à l’enceinte, au micro, à l’imprimante, etc. et finissant par perdre un temps précieux pour que l’ensemble forme un système cohérent et fluide au service de sa classe. L’avenir ne serait-il pas au wifi ? L’étape où les utilisateurs vont pouvoir se débarrasser de cet encombrement est certainement très proche, tellement le progrès du wifi est palpable. Mais il serait bien possible que le LIFI fasse encore des progrès et que chaque onde lumineuse soit porteuse de données. On se voit déjà les cueillir avec des gants électroniques ou les voir avec de nouvelles générations de lunettes.

Quel que soit le potentiel de ce nouvel « immatériel scolaire », avoir une tête bien faite plutôt que bien pleine demeure un objectif éducatif valable. Il s’agit toujours  pour les élèves et les apprenants de tout âge de faire vibrer leur pouvoir d’imagination, de rêve, de se projeter dans le monde pour réaliser des projets que l’on souhaite porteurs de concorde et d’un meilleur vivre ensemble.

Les enseignants, formateurs, facilitateurs ou pédagogues de toutes espèces seront toujours bienvenus pour poser de bonnes questions et donner de bonnes indications dans cet immatériel pour apprendre. Leur rôle reste toujours d'aider chacun à se réaliser par soi-même et donner par soi-même un sens à sa vie. 

Sources :

PERRIAULT. J (1985). Machines à communiquer : logique des fonctions, logique des usages. Université de Bordeaux III: Thèse d'État en Sciences de la communication, sous la direction d'Anne-Marie Laulan, 260 p.

Wikipédia – Jacques Perriault - https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Perriault

Wikipédia - Lanterne magique https://fr.wikipedia.org/wiki/Lanterne_magique

Musée National de l’Enseignement ( Rouen) https://www.reseau-canope.fr/musee/

Histoire de l’école http://iletaitunefoislecole.fr/L-histoire-de-l-ecole.html

Edutech.wiki http://edutechwiki.unige.ch/fr/Vers_des_interfaces_%C3%A9ducatives_collaboratives_reposant_sur_des_widgets_labellis%C3%A9s_selon_les_principes_d%E2%80%99Awareness.

625 Logiciels éducatifs http://fr.downloadastro.com/windows-logiciels_dapprentissage-logiciels_%C3%A9ducatifs/

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