Par Alexandre Roberge  | a.roberge@cursus.edu

La croisade pour la twittérature

Créé le dimanche 6 novembre 2011  |  Mise à jour le mercredi 7 décembre 2011

La croisade pour la twittérature

Lorsqu’on dit littérature, on pense aux œuvres romanesques des Flaubert et Zola ou aux vers de Nelligan et Baudelaire. Il ne nous viendrait jamais à l’esprit d’y inclure Twitter, un outil qu’on associe aux SMS avec des abréviations douteuses et des syntaxes épouvantables justifiées par la limite de 140 caractères. Et pourtant, au Québec, un homme a entrepris une croisade pour que s’amorcent des projets-pilotes de twittérature dans les écoles secondaires.

L’histoire commence avec l’initiative d’une enseignante de français, Annie Côté, de l’école secondaire Les Sentiers de Charlesbourg en banlieue de la ville de Québec. Pour ses élèves de 16-17 ans, elle décide d’inclure Twitter comme plateforme de devoirs. Ainsi, comme l’explique cet article du Café pédagogique, le site de microblogging est devenu un lieu pour rendre de courts hommages, présenter une nouvelle ou un fait divers, créer une petite annonce ou même décrire un rêve. Ces contraintes obligeaient les apprenants à stimuler leur imagination et, surtout, à bien écrire malgré la limite de 140 caractères.

Intéressé par cette expérimentation, le cofondateur de l’Institut de twittérature comparée et poète Jean-Yves Fréchette est allé à la rencontre du ministère québécois de l’Éducation pour les convaincre de financer des projets-pilotes dans des écoles secondaires de la province. Ainsi, à la fin du mois de mai 2011, il leur a exposé son argumentaire.

Pour M. Fréchette, la twittérature pourrait améliorer les compétences en rédaction française et dans les dictées. Mais comment cela pourrait-il se produire avec un outil de 140 caractères alphanumériques? Par le plaisir que procure cette technologie, en premier lieu, et par la contrainte qu’elle offre également. En effet, pour celui qui gazouille sous le pseudonyme de Pierre-Paul Pleau, obliger les élèves à rédiger une pensée en 140 caractères peut être comparé à ses hommes et femmes qui se sont donné des défis littéraires : quatrains, alexandrins, haïkus, etc.

Sujet de débat, mais déjà employé

 

En 2010, d’ailleurs, Jean-Yves Fréchette avait participé à un débat sur la littérature Twitter dans le cadre du Festival Metropolis Bleu à Montréal (que l’on peut visionner sur cette page). Car évidemment, un art d'écrire aussi récent est sujet à polémique. Par exemple, plusieurs se questionnent sur le risque d’habituer les adolescents à un style littéraire si court: seront-ils en mesure de tolérer des lectures plus longues? M. Fréchette réfute cet argument en affirmant qu'ils peuvent très bien lire les deux. D'autant plus que plusieurs romans sont désormais disponibles dans un format électronique qui les rejoint davantage.

Qui plus est, il peut trouver des alliés dans des expériences déjà établis dans des classes en France également. On peut citer ce projet de Delphine Regnard du Lycée Saint-Exupéry: citations, haïkus et communications entre élèves étaient au programme. Du côté de Web Pédagogique, Claire de la Rochefoucauld propose deux exercices littéraires sur Twitter : un sur les vers et un autre de cadavres exquis.

La croisade de twittérature de Jean-Yves Fréchette n’est donc pas une lubie. Il y a un réel intérêt pédagogique pour la matière comme le souligne ce dossier de Café pédagogique. Pour l’instant, le ministère québécois de l’Éducation n’a pas donné de réponse claire à son exposé. Néanmoins, celui-ci soutient que les premières réactions de la ministre Beauchamp à ses arguments ont été assez positives. Maintenant, la question est de savoir si la twittérature sera adoptée à plus grande échelle au Québec et dans le reste de la francophonie.

Compte Twitter de Pierre-Paul Pleau alias Jean-Yves Fréchette

« La twittérature, outil pédagogique », Lisa-Marie Gervais, Le Devoir, 16 juin 2011.

 

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