Par Christine Vaufrey  | redaction@cursus.edu

Introduire les réseaux sociaux en classe : oui !

Créé le mardi 24 janvier 2012  |  Mise à jour le mardi 24 janvier 2012

Introduire les réseaux sociaux en classe : oui !

La direction des systèmes d'information et service école-médias du Département de l'insruction publique, de la culture et des sports de la République et du Canton de Genève publie un guide intitulé "Comprendre les réseaux sociaux numériques - Un enjeu pour l'enseignement". Ce guide de 17 pages, téléchargeable librement au format .pdf, fournit des points de repère sur les réseaux sociaux en ligne et encourage les enseignants à les utiliser comme support pédagogique en classe.

 

Amitiés, communautés et activisme dans les réseaux sociaux

 

Le guide s'ouvre sur une présentation de ce que sont les réseaux sociaux (terme apparu bien avant les réseaux sociaux numériques), des enjeux d'appartenance et d'identité qu'ils révèlent. Il s'attarde ensuite sur la notion "d'amis" popularisée par Facebook et de l'émergence de relations plus modulées sur d'autres réseaux, en particulier sur Google +.

Le guide insiste sur la réalité des relations engagées sur les réseaux numériques par les jeunes : "Si elles ne sont pas en «face à face», les relations nouées sur les réseaux numériques sont tout à fait réelles. C’est avec d’autres jeunes qu’ils chatent et qu’ils sont en contact sur Facebook ou sur les blogs, le plus souvent d’ailleurs avec leurs camarades d'école ou de collège. Sauf exception, les inconnus ne rentrent pas dans leur cercle d'«amis» : si un jeune sur trois entame des relations avec des inconnus, celles-ci restent généralement éphémères ou peu approfondies". Il n'est donc pas question de nier les potentiels dangers qui peuvent naître d'une utilisation inadéquate des réseaux sociaux, mais d'en estimer la juste importance. Car tout espace public comporte des dangers, lit-on dans ce guide. 

Il est ensuite question de la dimension politique de l'usage des réseaux sociaux et de la formation de communautés. Là encore, le guide joue la modération et relativise l'importance des mouvements citoyens qui se cantonnent à l'espace virtuel : "Médiatiquement, Internet fonctionne comme un «ailleurs» d’où proviennent de nombreuses informations. Celles-ci ne peuvent être lestées d’un poids et d’une efficacité politique que si elles transitent dans un espace public traditionnel, focalisé et structuré par des rapports de force".

 

La relation entre les réseaux sociaux et l'école

 

Arrive ensuite la question centrale du guide, à savoir celle de la relation des réseaux sociaux et de l'école. Les dérapages existent, mais ne justifient pas l'interdiction pure et simple qui est faite aux élèves de nombreux établissements d'utiliser ces espaces. En réalité estiment les auteurs, l'interdiction des réseaux sociaux dans l'enceinte scolaire est surtout due à deux causes : la crainte de voir les jeunes se détourner des enseignements scolaires d'une part; la crainte qu'ont les enseignants des compétences acquises par les élèves dans ces espaces, d'autre part. 

Et c'est à ce niveau que le guide est le plus intéressant : il encourage les enseignants et chefs d'établissements à se réapproprier ces compétences. Il est en effet illusoire de peser qu'en ignorant purement et simplement ce qui intéresse les jeunes, on les intéressera à autre chose. les auteurs citent Nicholas Bramble et John Dewey pour étayer leur propos : "Il y a 100 ans déjà, John Dewey avait prévenu que quand les enseignants supprimaient les sujets naturels d'intérêt des enfants dans la salle de classe, ils «remplaçaient l'enfant par l'adulte, et ainsi affaiblissaient la curiosité et la vivacité intellectuelles, supprimant l'initiative et tuant l'intérêt». En interdisant les réseaux sociaux à l'école, les enseignants et les directeurs font exactement la même erreur. Ils devraient plutôt s'attacher à rencontrer les jeunes là où ils vivent : sur le Web".

 

La mission éducative de l'enseignant, aussi à propos des réseaux sociaux

 

Le guide s'achève sur des "propositions pédagogiques" d'exploitation des réseaux sociaux en classe, sans crainte ni enthousiasme excessifs. Il prône la méthode du questionnement pour inviter les jeunes à maîtriser leurs usages et à adopter des codes de bonne conduite. "13 conseils pour les enseignant-e-s" sont enfin fournis, à appliquer dans leur propre usage des réseaux sociaux, dans les activités en classe et face aux risques d'abus.

Ce guide rompt avec la vision négative qui sous-tend la majorité des discours et produits destinés aux jeunes pour maîtriser leur identité numérique. Il prône le réalisme et la confiance. Il valorise surtout la mission éducatrice des enseignants, qui ne doivent pas craindre les comportements des jeunes mais plutôt chercher à les comprendre et à les accompagner.

On retrouvera dans ce guide des références à nombre de chercheurs, pour une bonne part francophones, qui réfléchissent sur le phénomène des réseaux sociaux. Stefana Broadbent, Antonio Casilli, Serge Tisseron, Dominique Cardon..., mais aussi Danah Boyd pour le monde anglo-saxon, sont ainsi mis à contribution. Le guide genevois a l'immense mérite de souligner leur apport à la réflexion générale, permettant à ceux qui ne passent pas leur vie sur le net d'en tirer les meilleurs bénéfices, dans une visée pédagogique.

Comprendre les réseaux sociaux numériques - Un enjeu pour l'enseignement. François Filietaz, Marco Gregori. Direction des systèmes d'information et service écoles-médias (DSI-SEM) Version 1.0 - Septembre 2011.

le guide est mis à disposition sous licence Creative Commons BY-NC-ND

 

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Commentaires

4 commentaires

Icône - Visage inconnu
  • Pinte Jean-Paul
  • 25 janvier 2012 à 02 h 02

Maître de conférences, spécialiste en identité numérique

Bonjour

Tout à fait d'accord pour le contenu de ce dossier car j'utilise moi même les réseaux sociaux dans mes enseignements mais j'insiste sur le fait que nos étudiants ont besoin de connaître l'envers du décor de ces réseaux comme les enseignants avant de les pratiquer. Nous en sommes loin quand je vois le premier module dédié à cette culture des réseaux que je fais en découverte avec mes étudiants ....

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Icône - Visage inconnu
  • Sylvain
  • 22 mars 2012 à 06 h 06

Oui mais non

Avant de commenter, je vous invite à découvrir cet excellent article d'un prof qui a pourri le web : http://www.laviemoderne.net/lames-de-fond/009-comment-j-ai-pourri-le-web.html ! Tout dépend de ce que l'on appelle "introduire" les réseaux sociaux en classe. Expliquer leur fonctionnement, et pourquoi pas monter un réseau propre à l'école (via identi.ca par exemple) pourquoi pas. Mais a mon humble avis, il ne faut pas que ça aille plus loin, il faut qu'on en reste la (et la je rejoins l'avis du professeur). Amicalement, Sylvain 

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Icône - Visage inconnu
  • sylvain popov
  • 22 mars 2012 à 06 h 06

Réseau sociaux

Je dois reconnaître que mon dernier commentaire fait un peu réac, L'école est une formidable banque de données non informatisées mais vérifiées et pour reprendre les propos du prof en question : je ne crois pas du tout à une moralisation possible du numérique à l'école : on ne profite vraiment du numérique que quand on a formé son esprit sans lui. Amicalement, Sylvain

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Icône - christinava
  • Christine Vaufrey
  • 22 mars 2012 à 12 h 12

mettre les élèves sous cloche ?

@Sylvain L'article que vous citez a eu un grand succès. "Former l'esprit des élèves sans le numérique pour qu'ils en découvre l'intérêt" est plutôt illusoire : les dits élèves n'ont besoin de personne pour découvrir les réseaux, ils les utilisent massivement. le seul vrai problème, c'est que leur culture numérique se réduit malheureusement souvent à ce seul usage des réseaux et même à un usage spécifique des réseaux sociaux. Ne pas aborder le sujet à l'école (et dans les autres lieux éducatifs) revient donc à les laisser seuls devant cet objet. C'est un peu comme si les livres avaient été interdits de cité dans les espaces éducatifs, sous prétexte qu'ils affaiblissaient la compétence de mémorisation et le dialogue avec l'enseignant. C'était le point de vue défendu par les enseignants à l'époque où la montée en puissance de l'imprimerie a autorisé la diffusion de livres d'études. A t-on perdu, en introduisant le livre dans les espaces éducatifs ? A t-on perdu, en publiant des livres d'étude, plutôt que de laisser ce médium à tous ceux qui voulaient faire de l'argent en publiant des ouvrages qui ne méritaient pas de passer à la postérité et n'étaient pas faits pour apprendre ? Mettre les élèves sous cloche en les tenant éloignés des usages éducatifs (dans le meilleur sens du terme) des réseaux sociaux ne sert à rien. Et si FB est aujourd'hui le réseau social ultra-dominant, souvenez-vous que les choses vont très vite et qu'il existe dès maintenant des alternatives...

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