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Par charles brisson | brisson.charles@gmail.com
Dassault Systèmes rachète Netvibes. Pourquoi ?
Créé le dimanche 19 février 2012 | Mise à jour le mardi 21 février 2012
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Tel que rapporté par Le Monde, Dassault Systèmes a annoncé il y a quelques jours - le 9 février dernier - son acquisition de Netvibes, société française fondée en 2005 par Tariq Krim, connue du grand public pour son portail web personnalisable, un tableau de bord agrégeant les fils RSS et les widgets choisis par l'utilisateur.
Cette annonce de rachat a fait du bruit, notamment parmi les utilisateurs appartenant au monde enseignant. On connait l'attachement du monde enseignant, français en particulier, aux applications libres ou du moins, alternatives à celles qui sont développées par les grands groupes. Dans ce contexte, Dassault Systèmes ne pouvait apparaître comme un racheteur "aimable".
Mais, au-delà de l'irritation provoquée par ce rachat, une question s'impose : pourquoi diable Dassault Systèmes s'intéresse t-il à Netvibes ?
Netvibes, une application B to B qui vaut de l'or
Dassault Systèmes est une filiale du Groupe Dassault, connu surtout pour son importante branche aéronautique. Dassault Systèmes développe des solutions logicielles de conception assistée par ordinateur (3D) et de gestion du cycle de vie de produit (PLM - Product Life Management). Dassault Systèmes avec ses quelque 9 000 employés a réalisé un chiffre d'affaires de près de 1,6 milliards d'euros en 2010.
Netvibes, fleuron des start-ups informatiques françaises, propose non seulement le portail personnalisable connu du grand public, mais aussi une plateforme d'analyse du web en temps réel, un système de surveillance du flux d'information concernant une entreprise, à l'intérieur comme à l'extérieur de celle-ci. Netvibes compte des clients comme Coca-Cola, le Département américain de l'Énergie (DoE) ou encore des agences publicitaires comme Digitas et Universal McCann. La compagnie avait par ailleurs atteint le seuil de rentabilité en mars 2010.
Cette activité de B to B (business to business, autrement dit tournée vers les entreprises) a certainement pesé un grand poids dans la décision du rachat de Netvibes par Dassault Systèmes, tout comme la bonne santé financière de l'entreprise.
Pour Dassault Systèmes, cette acquisition permettra d'intégrer la technologie de Netvibes à sa plateforme de virtualisation 3D Experience.
Freddy Mini, chef de la direction de Netvibes, a ainsi commenté la transaction :
En association avec la plate-forme 3D Experience de Dassault Systèmes, nous fournirons aux clients des informations en temps réel indispensables à leur processus d’innovation. Le délai entre la réaction des consommateurs et l’action des entreprises est la clé d’une expérience optimale.
Ce qui mène à une seconde question, celle que nous avons tous sur les lèvres : Dassault Système va t-il continuer à améliorer le portail Netvibes grand public ? Ne va t-il pas tout simplement le fermer à plus ou moins brève échéance, dans la mesure où il s'agit d'une application gratuite qui ne touche pas le coeur de cible de l'entreprise industrielle ?
La survie difficile des applications gratuites grand public
C'est bien le problème avec ces applications innovantes et gratuites : elles risquent toutes d'être rachetées par des groupes qui ne s'intéressent pas en priorité à la liberté et au confort des utilisateurs non commerciaux. Si un modèle économique siffisamment rentable (c'est à dire, très rentable) n'est pas trouvé, ces applications finissent par être fermées, à moins qu'elles ne soient basées sur un code source ouvert et libre, qui permet à la communauté des développeurs de les entretenir.
Yahoo avait déjà donné des sueurs froides aux utilisateurs de Delicious, en rachetant cette application également populaire puis en décidant de la fermer (décision annulée précisément à cause de l'émoi provoqué). Les rumeurs concernant une possible fermeture de Flickr, site qui fut racheté lui aussi par Yahoo voici quelques années, agitent le monde relativement large des photographes amateurs qui s'inquiètent de voir la compagnie partir avec la caisse en cas de fermeture, autrement dit avec toutes les photos qu'ils y ont déposées. Les rumeurs de fermeture sont pour le moment démenties, mais jusqu'à quand ?
Pour oublier leur chagrin après le rachat de leur tableau de bord préféré par Dassault Systèmes, les utilisateurs de Netvibes peuvent tester Posh (application libre), qui est néanmoins beaucoup moins facile à utiliser que Netvibes, dans la mesure où cette application doit être instalée sur un serveur. Espérons qu'une version "dans les nuages" soient rapidement développée par la communauté qui est en charge de son devenir.
Quelques portails Netvibes (parmi beaucoup d'autres tout aussi intéressants) qu'on aimerait bien ne pas voir disparaître :
CDI - Collège Bigot, portail généraliste du CDI d'un collège
Gemtice, sur la géographie et les Tice
CDI 2.0, le portail d'une professeure documentlaliste en lycée
Education aux médias, le portail du Clemi (également en illustration de cet article)
- Mots-clés : Tableau De Bord , Portail , Utilisation Des Plates-Formes , Netvibes , logiques industrielles , open source
- Sujets : Production - Qualité , Outils d'organisation , Techniques de veille , Design industriel , Espace - Aéronautique , Gestion de l’info - Biblio , Logiciels - Applications - Bureautique
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7 commentaires
- Freddy Mini
- 22 février 2012 à 02 h 02
Netvibes.com fait partie de notre strategie
Bonjour et merci pour votre article. Netvibes Basic (netvibes.com) fait partie integrante de notre strategie. Il nous permet, depuis toujours, d'ouvrir Netvibes a tous pour qu'ensuite certains passent a Netvibes Premium, puis Premium for Teams et enfin Netvibes for Enterprise. Nous avons toujours ete transparents sur notre vision, la Dashboard Intelligence qui permet de tout ecouter, comprendre de tous et aider a prendre les decisions le plus rapidement et le plus efficacement est basee sur notre politique commerciale simple: Dans Dashboard Intelligence, le Dashboard restera gratuit pour l'individu et l'Intelligence et le travail en groupe seront payant. J'espere vous avoir rassure? Nous avons essaye de repondre a toutes vos questions sur la faq de Netvibes.
Sincerement, Freddy Mini CEO, Netvibes
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- ocarbone
- 22 février 2012 à 04 h 04
Netvibes.com restera gratuit !!
Lorsqu'une entreprise donne un accès libre à un de ces produits ou un de ces services, ce n'est généralement pas un simple cadeau. Ces produits/services gratuits sont partie intégrante des stratégies d'adoption et ne disparaissent pas sans raison :) C'est vrai qu'il faut se méfier des outils/services gratuits car certains sont éphémères, il s'agit de prototype d'idées qui sont testés sur le grand public. D'autres sont aussi de simples arnaques. Pour juger de la pérennité d'une solution, il faut analyser le Business Model est comprendre les enjeux qui se cachent derrière la gratuité. Lorsqu'un doute existe, et bien il est toujours possible de contacter l'éditeur du service avant de crier partout que vous avez peur :) Enfin, le fait qu'un produit/service gratuit soit complété par une offre financièrement rentable ne fait qu'assurer la pérennité d'ensemble ! Les services/produits gratuits qui ont disparus sont ceux qui n'ont pas rencontré de succès ou de modèle financier permettant d'en assurer la pérennité. Autrement dit, si Netvibes n'était pas rentré en bourse, si Netvibes n'avait pas été utilisé sous sa forme payante, si Netvibes n'avait pas dégagé de bénéfices ... et bien Netvibes aurait déjà disparu !! D'ailleurs on n'oserai pas imaginer la disparition du moteur de recherche Google ou de gmail, alors qu'il s'agit aussi de 2 services gratuits. Un peu déçu donc de voir Thot indiquer la disparition du mode gratuit de Netvibes sans avoir chercher à vérifier cette crainte (et à la réponse de Freddy Mini, on voit bien que Netvibes est accessible et cherche à dialoguer sur les conséquences de ce rachat). Les modèles basés sur le gratuit sont nombreux sur la toile et il serai bon de nous y éduquer plutôt que de chercher à nous effrayer :) Pour ma part, je rencontre surtout des enseignants qui boudent Dassault pour ces activités dans l'armement. Je n'en n'ai pas rencontré qui parlait de la gratuité ... peut-être le bruit fait par les enseignants est-il plutôt à mettre en rapport avec le fait qu'il est difficile de chercher des outils pédagogique au même endroit que l'on peut chercher des armes ? Peut-être y-a-t-il un vrai sujet de discussion, un sujet éthique et non économique.
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- Christine Vaufrey
- 22 février 2012 à 07 h 07
Netvibes Basic
Bonjour Freddy Mini, Un grand merci pour votre commentaire, qui montre que l'équipe de Netvibes est très attentive à la question qui agite les utilisateurs de Netvibes basic. Votre propos est effectivement rassurant, tant que Netvibes basic reste nécessaire pour acclimater les usagers au produit avant qu'ils ne migrent vers les produits payants. Cela sera t-il toujours le cas ? Mais les craintes sont levées à courte échéance, c'est important.
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- Christine Vaufrey
- 22 février 2012 à 07 h 07
Est-ce vraiement un problème de gratuit / payant ?
Bonjour ocarbone, Merci de votre commentaire, même s'il n'est pas tout à fait exact. Mon collègue n'a pas "peur", il transmet plutôt la préoccupation des usagers de Netvibes basic devant le rachat de l'une de leurs applications préférées par Dassault Systèmes, que l'on n'avait pas vraiment l'habitude de voir sur le terrain des applis grand public. Ensuite, il rapporte les questions que soulèvent ce rachat à des cas similaires, dans lesquels on a constaté que la partie la moins rentable d'un package d'applications (même quand elle sert de produit d'appel pour des usagers susceptibles d'évoluer vers des applications payantes, ce qui n'est pas vraiment le cas des utilisateurs appartenant au monde éducatif) pouvait faire les frais d'une nouvelle stratégie économique. Force est de constater que les produits open source les plus populaires risquent moins que les produits à code fermé de disparaître, car ils sont soutenus par toute une communauté. C'est cette problématique qui est fort bien posée dans l'article de mon collègue, pas celle du gratuit / payant.
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- ocarbone
- 22 février 2012 à 10 h 10
Tout est question d\'interprétation :)
Tout est une question d'interprétation, nous regardons peut-être la problématique différemment ? J'adhère bien au fait que les solutions open-source offre plus de pérennité que des solutions propriétaires, et je pense que c'est acquis pour beaucoup d'enseignant : ils n'ont pas été les derniers à promouvoir et populariser l'open source :) Mais je pense néanmoins que la réflexion aurai gagnée à dépasser la confrontation open-source/propriétaire et prendre en considération les autres nouveaux modèles économiques. Les produits et services gratuits ne sont plus réservé au monde de l'open source, ce sont des leviers d'adoption utilisés aussi dans le monde propriétaire et ne deviennent pas toujours payant. Si on considère Google, on image mal le moteur de recherche devenir payant ... C'est sur ce point que l'on pouvait aussi axer la discussion et en profiter pour informer/instruire sur ce Business Model si mal connu/compris :)
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- Aurelien Blaha
- 27 février 2012 à 19 h 07
On ne fait pas que du B2B :)
Bonjour, merci pour cet article. Je ne vais rien ajouter à ce que Freddy a déjà très bien décrit, mais juste quelques exemples supplémentaires qui viennent confirmer ce qui a été dit. Effectivement comme vous l'avez noté, nous sommes un éditeur essentiellement B2B, mais ceci ne nous empêche pas de proposer des applications B2C (gratuites ou non). Par exemple, notre marque 3DVIA (3dvia.com) propose notamment des applications pour la démocratisation de la 3D pour le grand public (en particulier les "3D enthusiasts"), comme 3DVIA Shape qui est totalement gratuite ou des applications mobiles. Nous avons également des applications avec des modèles similaires à Netvibes, comme DraftSight (orientée professionels cependant) qui est gratuite mais dispose également d'une version Premium avec plus de services, notamment de support. Aurelien Blaha, Dassault Systèmes
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- Christine Vaufrey
- 28 février 2012 à 06 h 06
Des découvertes en perspective !
@Aurélien Blaha : merci pour ces précisions. Pas mal de choses à explorer en perspectives, les amateurs de 3D apprécieront :-)
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