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Par Denys Lamontagne | direction@cursus.edu
Les presses universitaires à l'ère du numérique : qui prend le virage ?
Créé le lundi 5 mars 2012 | Mise à jour le vendredi 9 mars 2012
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En faisant la tournée des presses universitaires les plus actives, un constat nous frappe : à l’ère du numérique on publie encore et surtout sur support papier.
Pourtant les universités sont toutes branchées, leurs professeurs également et encore plus leurs étudiants : les compétences numériques font pratiquement partie des critères de sélection. Pourquoi si peu de presses universitaires ont-elles pris le virage numérique ?
Une question de technologie ?
L’édition de livres est depuis longtemps numérique et les fichiers peuvent être transformés en .pdf, .epub ou même en .mobi d’un simple clic. Le problème n’est sûrement pas de ce coté.
Un problème de mise en marché ?
Sans doute en partie. Vous le constaterez en faisant le tour des éditeurs universitaires : les sites qui proposent des livres numériques sont en général plus attrayants que ceux qui n'en proposent pas. Un investissement de départ non négligeable est nécessaire pour se hisser à la hauteur du marché numérique.
Une question de politique institutionnelle ?
Il apparaît évident que les institutions qui ont pris le virage numérique ont inclus les presses universitaires dans leur stratégie et les soutiennent. Les autres pensent équipements, budgets, priorités alors qu'il s'agit essentiellement de donner une direction aux responsables des presses universitaires et ensuite de les laisser proposer; ce ne sont pas les possibilités stimulantes qui manquent : édition multimédia, édition en collaboration, mise à jour continue, chaîne pédagogique intégrée, etc.
Des considérations au niveau de la gestion des droits d’auteur ?
On peut en discuter longtemps, mais le fait que des livres grand public soient offerts en format électronique devrait nous donner une indication sur le fait que l’argument ne tient plus vraiment. Un certain volume de copies déverrouillées circulera toujours, mais de façon marginale par rapport aux livres achetés.
L’argument de la protection des droits tient encore moins quand on sait que même des titres offerts gratuitement en format électronique vendent finalement plus de copies imprimées que ceux offerts sous format papier uniquement. Pourquoi ? Parce que ceux qui les ont parcourus sur des supports électroniques fixes préfèrent finalement pouvoir les lire sur papier pour peu qu’ils les trouvent intéressants. Ils ne les auraient pas achetés autrement.
Ce dernier comportement se transforme graduellement avec la venue de liseuses de plus en plus abordables et agréables. Un titre non disponible au format électronique, ne serait-ce que partiellement, ne sera tout simplement pas considéré par ces grands lecteurs déjà sollicités et comblés par une offre substantielle.
Enfin, devant le faible nombre d'exemplaires vendus pour la plupart des livres universitaires, l’édition électronique semble d’autant mieux indiquée. 150 titres écoulés d’un ouvrage hyper spécialisé seraient sans doute écoulés à plus de 250 en format électronique, ce qui soulagerait radicalement les budgets d’impression des presses universitaires.
Et l’interaction académique ?
Un point majeur à considérer pour l’édition électronique universitaire est celui de la mise à jour des ouvrages et de l’interaction avec les lecteurs-étudiants. Il s’agit d’un des aspects les plus révolutionnaires qui bouleverse le rapport avec les ouvrages écrits, spécialement dans les domaines techniques. On n’achète plus seulement un ouvrage, on s’y abonne ! Les presses universitaires ont un marché étudiant à portée de main et ont intérêt à développer leurs capacités à profiter de cette source de revenus réguliers.
Oui le livre papier existera toujours, mais le livre électronique fait partie d’une autre dynamique et les PU ont intérêt à prendre le virage rapidement au risque de se faire damer le pion par d'autres éditeurs privés.
Assurément, il y aura une consolidation, les frais de départ sont trop importants pour les petites universités. D’ailleurs, cette consolidation a déjà commencé.
Palmarès des presses universitaires offrant des livres électroniques.
- Montréal - PUM - Titres format e - Tous titres récents
- Laval - PUL - Titres format e - 364 - Tous titres récents
- Bordeaux - PUB - Titres format e - 32
- Franche-Comté - PUFC - Titres format e
- Grenoble - PUG - Titres format e -105
- Sport - PUS - Certains titres format e
- Limoges - PULIM - Certains titres format e
- Louvain - PUL - Certains titres format e
Autres éditeurs universitaires, mais n’offrant pas explicitement de titres sous format électronique
- Aix-Marseille - PUAM
- Blaise Pascal - PUBP
- Caen - PUC
- Liège - PULG
- Lyon- PUL
- Méditerranée - PULM
- Mirail-Toulouse - PUM
- Namur - FUNDP
- Nancy - PUN
- Pau - PUP
- Paris Ouest - PPO
- Paris-Sorbonne - PUPS
- Perpignan - PUP
- Polytechniques Romandes - PPUR
- Rennes - PUR
- Rouen - PURH
- Strasbourg - PUS
- St-Boniface - PUSB
- St-Étienne - PUSE
- Vincennes - PUV
Si une presse universitaire publiant des livres électroniques ne figure pas dans cette liste, aviser info@cursus.edu
- Mots-clés : Édition Électronique , Presses universitaires , Rentabilité , Diffusion Électronique
- Sujets : Marketing , Distribution - Stocks , Technologies en éducation , Administration de l'enseignement - Gestion de l'éducation , Gestion de l’info - Biblio , Édition - Imprimerie - Typographie - Médias écrits
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5 commentaires
- yv_pic
- 9 mars 2012 à 16 h 04
Merci, mais pas d'accord
Monsieur, je constate moi aussi une demande croissante du monde universitaire pour le livre électronique et je vous remercie de vous intéresser aux PU. Mais je ne suis pas d'accord avec vos hypothèses, tout au moins aux réponses que vous y faites. J'ai peur que pour vous, un livre électronique universitaire soit un simple fichier mis simplement sur un site, et magiquement trouvé sur Internet, et de plus très payant. Je m'inscris en faux là-dessus, et vous aussi : mais vos recherches ont dû être insuffisantes sur plusieurs points. D'abord vous oubliez les revues, emblématiques de l'édition universitaire. Cela fait longtemps que des PU ou équivalents proposent leurs numéros à des conditions très favorables. Je m'étonne que vous ne citiez pas dans votre billet l'acteur incontournable qu'est Revues.org (bientôt OpenEdition)(ou ne seraient-ce que les PUC de Caen qui défrichent depuis longtemps dans un des axes que vous esquissez – mais déniez en fait). Une question de technologie ? Non bien sûr, il ne suffit pas d'appuyer sur un bouton pour avoir un livre électronique. Les fichiers usuels de l'édition sont destinés au papier et leur simple conversion est désastreuse. Il faut donc changer le process, ce qui est plus compliqué et plus long. Donc le problème est bien principalement ici. Je vous passe les détails. Mais ne confondez pas facilement le « numérique » avec « l'électronique » dont je crois doit relever le livre universitaire. Un problème de mise en marché ? Oui, en partie, mais l'investissement n'est pas que dans la partie visible d'un site (formation, métadonnées, automatisations et surtout partenariats). Là encore, je vous passe les détails. Une question de politique institutionnelle ? Vous m'étonnez un peu en pensant qu'une institution (que vous devez connaitre) peut avoir une telle stratégie, incluant des entités (les PU) qui ne sont rien (c'est-à-dire soit du pouvoir symbolique, soit de l'argent, soit de l'aide à la recherche). Nous n'émargeons hélas à aucune ligne de crédit stratégique. Des considérations au niveau de la gestion des droits d’auteur ? Là, vous m'étonnez encore. Voyez tous les débats actuels. Et ensuite, pensez que les PU en sont loin et que ce ne seront pas elles qui ont intérêt à bloquer quoi que ce soit (dans les limites du droit). Et l’interaction académique ? Ce que vous évoquez ne s'appelle plus un livre mais un site Internet. J'y suis pour ma part favorable. N'oubliez pas cependant que le public étudiant, commercialement, n'est absolument pas le même que les enseignants : ce que vous proposez ne serait qu'escroquerie pour eux. Sauf à gérer des droits fins, je crains en fait que vous ne soyez plus requin que moi ! Sachez tout de même que les recettes commerciales sont, dans notre monde, une garantie de survie (de l'ordre de 50%), il est difficile d'ignorer cela. Et puis, là encore je vous passe les détails, mais le livre papier n'est pas mort non plus (voyez les vidéos de l'université d'été du Cléo et lisez MM Sarzana et Pierrot.) En conclusion : les PU que je connais vont prendre le virage électronique, mais pas à fond dans le décor.
@yv_pic , édition universitaire électronique, Rennes.
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- Denys Lamontagne
- 10 mars 2012 à 11 h 11
Mais si
Je ne tiendrai pas compte des présomptions que vous m'attribuez. Je ne parle effectivement pas des revues, il s'agit un volet très actif des PU et qui devrait faire l'objet d'un article en soi. Dans le cadre d'un article d'une page, on ne peut pas tout couvrir. «D'un simple clic» signifie qu'une fois les gabarits XML prêts, l'opération peut-être très rapide et le livre être présenté sur tous supports. Ça ne dit pas tout le travail qu'il y a derrière la charte graphique. Désolé de n'avoir pas précisé. De façon concrète, un éditeur universitaire me faisait part qu'il n'attendait que le feu vert pour lancer plus de 900 titres sous tous formats électronique et que l'endroit où ça résistait était justement au niveau politique et des mentalités. Il n'a qu'un clic à faire ! Il y a probablement autant de contextes différents qu'il y a d'éditeurs, il se peut que votre cas soit différent, mais le portrait général ressemble indéniablement à ça. L'édition électronique est encore loin d'être stabilisée et connaîtra encore de nombreux changements. Ce qui est sûr est que si les PU ne s'y frottent pas rapidement elles se feront dépasser et perdront une occasion de prendre leur place. Plus je vous relis, plus je me rend compte que nous disons la même chose, dans le même sens et que, faute d'un développement suffisant, j'ai dû généraliser un peu abruptement. Pour le reste, le champ est ouvert et plusieurs PU ont pris le virage, les autres, j'espère, s'y activent. Le dossier est à suivre.
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- everd
- 10 mars 2012 à 15 h 03
un virage, ou une série de pas incertains?
Je pense qu'en effet vous êtes sur des positions proches. Pour ma part, en tant qu'observateur (impliqué dans la fabrication d'une revue sur Revues.org), et comme auteur, je constate que la mutation est lente. Elle se fera d'abord pour certains types d'ouvrages comme les collectifs, actes de colloque etc. Surtout, il me semble qu'il y a des avancées et des reculs, qui tiennent à la fois à des politiques d'établissements ou de site, ainsi qu'à des personnes. A Lyon, les PUL ont semblé prendre le virage que vous évoquez. Un nouveau directeur arrive, à priori un pro de l'édition (papier en tout cas) et plus une seule publication électronique. Le peu qu'il y a eu, sous forme de PDF, affreux et très mauvaise visibilité. Il ne suffit pas de trouver les rails. Au début on déraille facilement! Les questions de process évoquées par yv_pic sont très importantes mais l'ignorance des universitaires pour ce qui n'est pas le livre papier est un facteur de freinage. Peut être que l'arrivée du Kindle en France, le nouveau lancement de la FNAC vont aider aussi les choses à changer cet état de fait...
http://rumor.hypotheses.org/category/edition-electronique
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- everd
- 10 mars 2012 à 15 h 03
PS
Vous pouvez aussi inclure les Presses de l'IFPO dans votre recension, même si il s'agit des presses d'un centre de recherche plus que d'une université... http://ifpo.revues.org
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- sylvain popov
- 22 mars 2012 à 06 h 06
Papier
C'est vrai que c'est dommage, alors que la technologie nous l'autorise, de gaspiller encore du papier. En amoureux du bois ( http://www.madrier.fr ), qui est une ressource rare, je suis convaincu que l'on doit s'en servir principalement pour la construction (des propriétés isolantes au top) et pas pour en faire du papier. On a mieux à faire de recycler des torchons de magazine people.
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