Par Tété Enyon Guemadji-Gbedemah  | t.gbedemah@cursus.edu

Neurosciences et pédagogie

Créé le mardi 7 mai 2013  |  Mise à jour le mercredi 5 juin 2013

Neurosciences et pédagogie

Dans le monde de l'éducation, c'est une innovation : améliorer l'enseignement et l'apprentissage par ce qu'on connaît du fonctionnement du cerveau. Et cela s'appelle la neuropédagogie. Domaine de recherche relativement nouveau qui fait la jonction entre les neurosciences et les sciences de l'éducation, il s'intéresse aux processus biologiques en jeu dans l'apprentissage ainsi que les expériences sociales et émotionnelles.

La gymnastique du cerveau

D'une manière pratique, les applications de la neuropédagogie mènent vers des évolutions dans la manière d'enseigner et d'apprendre et vise in fine à "stimuler de nouvelles zones du cerveau, à créer de nouvelles connexions pour faciliter les apprentissages".

Dans un reportage de la chaîne Euronews sur le sujet, on se rend bien compte que cela n'a rien de sorcier. Si vous utilisez de temps à autre la vidéo en classe, si vous enseignez par associations d'idées ou de concepts, si vous faites faire des cartes mentales à vos apprenants, ... vous êtes probablement un praticien de la neuropédagogie qui s'ignore.

Mais la neuropédagogie ne s'arrête pas là. Elle tire tout son potentiel des résultats de recherche des neurosciences qui bien évidemment lui offre de nombreuses pistes d'intervention.

On sait par exemple que le cerveau retient sept fois plus d'informations si on les catégorise. Pour preuve, dans l'exemple connu "mais ou et donc or ni car", l'élève apprend sept (07) conjonctions de coordination dans une seule phrase. Pour le cerveau, il s'agit d'un seul élément appris et retenu alors que l'apprenant en retire sept à chaque fois comme d'un tiroir.

On sait aussi que le fonctionnement du cerveau est essentiellement associatif, que dans le cerveau la vérité n'efface pas l'erreur ... Toutes choses qui vont servir à renforcer les techniques d'apprentissage.

En toile de fond, l'apprentissage

Au Québec, un organisme sur la neuroéducation a vu le jour. Il mène des activités scientifiques (recherches, colloques, publications). En France, il existe un projet dénommé Neurosup qui a pour objectif de "rassembler et présenter la synthèse des dernières avancées en neurosciences, qui permettent de mieux réussir, plus facilement et avec plus de plaisir, tout apprentissage".

Dans sa conférence intitulée "Comment l'élève apprend", le chercheur Daniel Favre met à juste titre en relation le fonctionnement cérébral et les mécanismes d'apprentissage. On trouvera sur le site du CRDP de l'Académie de Versailles l'intégralité de cette conférence découpée en podcasts ainsi que le texte de la présentation. Le conférencier traite des motivations et des stress qui peuvent favoriser l'apprentissage ou s'y opposer.

Une journaliste américaine qui écrit régulièrement sur les neurosciences et l'éducation estime même que tous les enseignants devraient recevoir, au cours de leur formaiton initiale, une initiatiion aux neurosciences pour qu'ils comprennent à quel point ils peuvent influer, par les méthodes d'apprentissages proposées, au développement des capacités d'apprentissage des enfants. 

Enfin, Nick van Dam fait le point ce que l'on sait du fonctionnement du cerveau dans l'apprentissage et sur les perspectives pour l'apprentissage en entreprise et accessoirement en réseaux.

  • La motivation du cerveau est stimulée par l'émotion. D'où l'importance d'offrir aux apprenants l'opportunité de raconter leurs expériences.
  • Il n'y a pas d'apprentissage sans attention ce qui suggère de prévoir des sessions de formation courtes (pas plus de 20 minutes) avec des temps de répit pour le cerveau.
  • Le cerveau n'assimile de nouvelles connaissances que lorsque l'individu est dans une posture active. Ainsi l'écoute passive d'une conférence ou d'une présentation ne mène pas à l'apprentissage.

On comprend aisément pourquoi la question classique "avez-vous compris ?" posée par les enseignants après un cours magistral n'est malheureusement pas synonyme de "avez-vous mémorisé ?" 

Références

Euronews. "La neuropédagogie : la gym du cerveau pour apprendre plus facilement , science." Dernière mise à jour 30 avril 2013. http://fr.euronews.com/2013/04/30/la-neuropedagogie-la-gym-du-cerveau-pour-apprendre-plus-facilement/.

CRDP de l'académie de Versailles. "Conférence « Comment l'élève apprend »." Dernière mise à jour 27 novembre 2010. http://www.crdp.ac-versailles.fr/Ressources-numeriques/Podcasts-audios/Conference-Comment-l-eleve-apprend/.

Willis, Judy. "How The Memory Works In Learning." TeachThought. Dernière mise à jour 1er janvier 2013. http://www.teachthought.com/learning/how-the-memory-works-in-learning/.

van Dam, Nick. "Inside the Learning Brain." Dernière mise à jour 8 avril 2013. http://www.astd.org/Publications/Magazines/TD/TD-Archive/2013/04/Inside-the-Learning-Brain/.

Illustration : Aleksander1, Shutterstock.com

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Commentaires

1 commentaire

Icône - Visage inconnu
  • Reverdy
  • 23 juin 2014 à 04 h 04

Attention à la mode de la neuropédagogie

La plupart des "innovations" citées ici sont connues depuis longtemps en psychologie de l'éducation, la neuropédagogie n'apporte que peu d'avantages par rapport à tous les neuromythes qu'elle soulève : voir "Neurosciences et éducation : la bataille des cerveaux", dossier de veille de l'IFE de septembre 2013 (http://ife.ens-lyon.fr/vst/DA/detailsDossier.php?parent=accueil&dossier=86&lang=fr).

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