Par Alexandre Roberge  | a.roberge@cursus.edu

Les jeux de survie, le côté masochiste du jeu vidéo

Créé le dimanche 18 janvier 2015  |  Mise à jour le mercredi 18 février 2015

Les jeux de survie, le côté masochiste du jeu vidéo

Le jeu vidéo est de plus en plus perçu comme un art, n'en déplaise à ses détracteurs. Comme toutes les formes d'expression artistique, il mûrit avec le temps. Comme pour le cinéma, autant la technique que les thèmes ont changé.

En effet, la première moitié de l'histoire des jeux mettait souvent en vedette des héros et héroïnes qui parvenaient toujours à leurs fins. Les jeux de guerre glorifiaient les soldats, héros quasi invincibles, et les personnages principaux de jeux d'action n'avaient pas le temps de s'arrêter à des préoccupations mineures comme se nourrir. Hormis dans des simulations de vie (Les Sims) ou des jeux d'horreur, la précarité d'un protagoniste de jeu tenait plus aux capacités du joueur qu'à son environnement.

Se mettre volontairement en péril

Or, dans les dernières années, le jeu a mûri et aborde de plus en plus le thème de la survie. Minecraft en est un bon exemple puisque le mode survie du jeu place le joueur dans un environnement hostile où il peut être attaqué toutes les nuits par des créatures. Depuis 2013, toutefois, le genre a explosé, particulièrement sur la scène indépendante. Que ce soit dans une apocalypse zombie à la Walking Dead ou simplement dans la peau de survivants dans un monde ravagé, les joueurs se plongent volontiers dans des situations de précarité où seule la survie compte. Même les jeux abordant la guerre la traite avec beaucoup plus de réalisme comme la réalisation polonaise This War of Mine sorti à la fin 2014 où les joueurs ne sont pas des soldats invincibles à la Call of Duty, mais des survivants durant un siège militaire d'une ville fictive.

Comme si le jeu vidéo revenait aux bases de la pyramide des besoins de Maslow; au lieu de reconnaissance et de gloire, le joueur moderne «s'amuse» à comber ses besoins physiologiques en cherchant de l'eau potable, de quoi manger, etc. Dans certains cas, il recherchera des munitions pour se défendre contre les dangers naturels (animaux sauvages ou morts-vivants), mais aussi contre les autres survivants que sont les joueurs.

Un terrain d'étude sociologique insoupçonné

Avec la facilité, désormais, d'établir des réseaux et de créer des titres multijoueurs, les jeux de survie deviennent des laboratoires du genre humain. Étudiants en sociologie, ne cherchez plus : c'est dans le jeu vidéo que se révèlent beaucoup la vision sociétale des joueurs. Les alliances entre eux se font et se défont. Il se développe souvent un sentiment de territorialité et les égoïstes peuvent autant être punis sauvagement que mieux s'en sortir que les autres, selon les opinions des joueurs. 

Ces titres ont du succès. Mais qu'est-ce qui peut autant intéresser les gens dans la survie ? Le site Jeuxvidéo.com a, en 2014, interrogé des joueurs sur ce phénomène grandissant. Pour résumer leurs propos, ils y trouvent un grand frisson qui n'existe pas dans d'autres genres vidéoludiques. En effet, il est plus exaltant, pour eux, de jouer en sachant que la mort est définitive et signifie recommencer à zéro.

Et puis, il y a des notions d'apprentissage. Habitué à un certain confort, le joueur doit saisir comment survivre et se défendre dans un potentiel monde hostile. Il doit s'adapter à des situations diverses qui leur en apprennent plus sur les règles de cette simulation. D'ailleurs, les jeux de survie les plus populaires ont des parts importantes d'aléatoires dans chaque partie. Certes, l'autodéfense dans ces jeux se fait surtout à la pointe d'un fusil, mais certains jeux comme Rust proposent aux joueurs d'user de micros pour négocier et éviter les bains de sang. Il est rare que le tout ne se termine pas de façon brutale, mais c'est du moins possible.

Et ces titres commerciaux sont non seulement de potentiels laboratoires sociologiques, mais aussi des plateformes idéales pour aborder avec les jeunes (surtout les adolescents) les thématiques de la survivance ou même des philosophes comme Hobbs. L'homme est-il réellement condamné à être un loup pour l'homme ? Y a-t-il moyen de s'associer dans un monde où les ressources sont rares ? Des concepts philosophiques qui sont donc abordés inconsciemment par les joueurs et qui sont une mine d'or pour toute personne intéressée par le genre humain.

Illustration : Community Mag via photopin cc

Références :

Lemoine, Titouan. "Jeu Vidéo Et Politique, L'éclosion Du Dixième Art." Géopolis. Dernière mise à jour : 28 novembre 2014. http://geopolis.francetvinfo.fr/jeu-video-et-politique-leclosion-du-dixieme-art-47528.

Massé, Kevin. "Jeux Vidéo: Une Nouvelle Vie Pour Le Genre Survie." La Presse. Dernière mise à jour : 19 février 2014. http://techno.lapresse.ca/jeux-video/201402/19/01-4740458-jeux-video-une-nouvelle-vie-pour-le-genre-survie.php.

MrDeriv. "Le Phénomène Survie : Les Joueurs En Parlent." Jeuxvideo.com. Dernière mise à jour : 20 février 2014. http://www.jeuxvideo.com/news/2014/00070505-le-phenomene-survie-les-joueurs-en-parlent.htm.

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