Par Denys Lamontagne  | direction@cursus.edu

Les convulsions de métamorphose des dictionnaires

Créé le samedi 20 février 2016  |  Mise à jour le lundi 29 février 2016

Les convulsions de métamorphose des dictionnaires

La signification d’un mot est nécessairement partagée pour qu’il puisse être utilisé, d’où la nécessité sociale du dictionnaire sur lequel on accepte de se baser. Les mots constituent la matière première de la communication et de l’apprentissage.

Face à un mot qu’on ne connaît pas, un mot comme «pruine» ou comme «flavescent», on a d’autre choix que de se référer à sa définition.

Définir 30 000 ou 80 000 mots et leurs particularités dans un seul ouvrage relève du tour de force. La nomenclature des dictionnaires est le fruit d’une longue expérience acquise parallèlement à celle de l’imprimerie, qui s’est diffusée en Europe à partir du XV ième siècle.

Outre la façon d’ordonner les mots et les abréviations nécessaires afin de réduire le volume du texte, on se bute à toutes sortes de problèmes : les variantes d’un même mot, les homophones, les polysémie (plusieurs sens pour un même mot), les noms étrangers, les mots issus de langues avec d'autres alphabets, l’étymologie, les usages, la prononciation, etc.

Tradition

Les dictionnaires classiques en arrivent sensiblement aux mêmes techniques.

Mot : Dictionnaire
Prononciation :  [diksjɔner]
Statut grammatical : n.m. (nom, masculin)
Premier usage reconnu : 1539 - Dictionnaire français-latin de R. Étienne
Étymologie : Du latin dictio, action de dire
Première définition : Recueil de mots rangés dans un ordre convenu
Exemple d’usage : Chercher un mot dans un dictionnaire
Référence à un autre mot : V. (voir) Nomenclature
Nuance : Dictionnaires spécialisés
Exemples : dictionnaire des synonymes, dictionnaire étymologique

Pour pouvoir trouver, lire et comprendre cette définition, on a besoin de se référer au répertoire des abréviations qui figure au début du dictionnaire et au code de prononciation utilisé. On se réfère aussi, sans même s’en rendre compte, à l’ordre alphabétique des lettres et aux règles grammaticales d’accord et de conjugaison.

Se référer à l’alphabet phonétique international est inutilement compliqué (107 lettres, 52 signes diacritiques et 4 caractères de prosodie (intonation qui module le sens.), on est mieux d’utiliser celui proposé au début de du dictionnaire. D’ailleurs plusieurs dictionnaires ont laissé tombé la prononciation, celle-ci étant trop sujette aux interprétations.

Mais tout ceci est en voie de changer

Un TAL de changements

Autant l’imprimerie et ses contraintes de coûts et de production ont déterminé la forme du dictionnaire, autant l’informatique la remet en question. Le TAL (Traitement automatique du langage naturel) est en train de tout redéfinir.

Se référer à l’immense somme de contenu d’Internet permet de livrer rapidement le sens le plus approprié des mots recherchés, en fonction du contexte et de leur usage et ce même quand ils sont mal orthographiés. On peut même entendre leur prononciation si on le désire, avec leurs variantes.

Fini les limitations d’espace, les abréviations incompréhensibles et les définitions insatisfaisantes; les recherches de définition et d’étymologie fournissent normalement plusieurs réponses, de quoi satisfaire l’essentiel des besoins.

Un simple clic droit sur n’importe quel mot de cet article permet de lancer une recherche dans internet et obtenir sa définition dans les premiers résultats.  Faire appel à Siri ou OK Google est encore plus impressionnant; on a qu’à dire «définition de….» et on reçoit une réponse.

L’avenir des dictionnaires

Loin de se laisser abattre, ceux qui construisent les dictionnaires ont compris leur rôle de référence et de normalisation. Nous avons besoin d’une autorité pour trancher, pour définir une position et faire en sorte que l’on puisse s’entendre.

Ils ont les ressources et le personnel pour se pencher professionnellement sur les questions de langage et actualiser leur produit aux possibilités actuelles : multimédia, multiples citations, mise à jour continue, services dynamiques.

En somme, si on voit le dictionnaire comme un service de référence et non comme un objet limité par les contraintes de l’imprimerie, on comprend vers où se dirigent les dictionnaires. Pour qu’on en vienne à toujours mieux se comprendre, ils sont plus que jamais nécessaires.

Illustration : MJgraphics - ShutterStock

Principaux dictionnaires francophones


Répertoires de dictionnaires


Analyse et traitement informatique de la langue française - ATILF


Phonétique


TAL - Traitement automatique du langage naturel


Dossier Dictionnaires et encyclopédies de Thot Cursus
http://cursus.edu/dossiers-articles/dossiers/66/encyclopedies-dictionnaires

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