Par Frédéric Duriez  | f.duriez@cursus.edu

Un projet e-learning ? Quelques conseils issus du iLearning Forum 2017

Créé le mardi 31 janvier 2017  |  Mise à jour le samedi 25 février 2017

Un projet e-learning ? Quelques conseils issus du iLearning Forum 2017

Les 24 et 25 janvier 2017 a eu lieu le iLearning Forum, organisé par Sally Ann Moore, porte de Champerret, à Paris. L'occasion de découvrir la vision des principaux acteurs sur le e-learning. Parmi les tendances : la référence aux neurosciences, les learning analytics, l'ouverture du e-learning sur son environnement et l'accompagnement.

Guillaume Coppin de XOS : oublier les neuromythes, mais prendre en compte les enseignements des neurosciences

Guillaume Coppin balaie assez rapidement trois "neuromythes". La séparation entre cerveau gauche et cerveau droit amène à supposer que certains auraient une pensée plus analytique, tandis que d'autres seraient plus à l'aise avec une pensée par analogie. La distinction entre visuels et auditifs, qui conduit à décrire des styles d'apprentissage différents n'est pas retenue non plus.

En vingt minutes d'intervention, il n'a pas été possible de présenter les éléments du débat ni de recherche précis sur ces deux points. Ce n'est pas non plus le but du iLearning Forum. Une recherche avec le mot clé "neuromythe" donne quelques sources documentées. Elles affirment qu'aucune expérience probante n'a démontré ces hypothèses. Mais aucune ne les a invalidées non plus.

Enfin, Guillaume Coppin nous confirme que nous ne sommes pas multitâches. Jean-Philippe Lachaux nous en a apporté quelques preuves dans ses ouvrages et conférences consacrées à l'attention.

 En revanche, Guillaume Coppin nous sensibilise aux limites de notre attention. Elle diminue très rapidement avec le temps, tandis que notre mémoire de travail n'a qu'un empan de 4 ou 5 éléments. Il nous propose quelques conséquences très concrètes pour un projet de e-learning.

XOS dénonce les neuromythmes

Parce que l'attention décroît rapidement, les formations doivent s'appuyer sur des séquences courtes, et utiliser la répétition pour renforcer la "trace mnésique". Le responsable de XOS nous encourage à éviter le gavage, à sélectionner ce qui est important...

Si la distinction "visuels" et "auditif" n'est pas retenue, Guillaume Coppin nous confirme qu'une image, un symbole et un pictogramme se comprennent plus rapidement qu'un texte. Les panneaux de signalisation sont plus efficaces qu'une inscription. Il nous encourage à utiliser ces éléments, et à retirer tout ce qui parasite l'attention. Filmer quelqu'un dans un environnement réel peut par exemple détourner l'intérêt de l'apprenant, tout comme les musiques, les jingles, les logos que l'on voit sur chaque page-écran...

En revanche, les images, la variation de l'intensité de la voix, le mouvement, le rapprochement d'images et de mots clés sont des outils qui vont renforcer l'attention et la mémorisation.

 

Enfin, une émotion positive a un impact sur la trace neuronale, que nous évoquions à l'instant et qui se creuse avec la répétition. Une anecdote, l'humour et surtout les techniques du storytelling peuvent apporter cette émotion, et favoriser l'apprentissage.

Nicolas Bougerie, de Very UP : le e-learning seul n'est pas efficace.

Nicolas Bougerie insiste sur le fait que la formation est un processus qui se construit sur un temps long. Elle ne se limite pas aux quelques heures spécifiquement consacrées à la formation. Il nous précise que le e-learning a peu d'impact sur le développement des compétences, lorsqu'il est isolé. Il nous propose quelques idées très pertinentes pour ancrer la foad (Formation ouverte et à distance) dans l'expérience des apprenants.

Sa première recommandation est de sortir du e-learning. Il propose une activité assez intéressante : le "défi sur le lieu de travail". La personne qui se forme voit dans son parcours une activité qu'elle doit faire en sortant de son poste de travail, en allant rencontrer des collègues, observer des actions... Elle revient et formalise ce qu'elle a pu remarquer, et l'envoie sur la plateforme.

Ce type d'action nécessite un engagement des responsables hiérarchiques ou des ressources humaines, mais cela apporte un ancrage dans le réel, et cela permet aussi de mettre l'apprenant en activité.

Autre proposition : installer des briques collaboratives dans le parcours de formation. Ce deuxième point est partagé par tous les exposants ou presque du salon de cette année, et notamment les éditeurs de LMS qui ont donné un look "réseau social" à leurs plateformes.

Le troisième point concerne la mesure. Nicolas Bougerie nous encourage à mesurer les interactions avec les apprenants, ainsi que les indicateurs qui vont permettre de nous inscrire dans un processus d'amélioration continu. Les plateformes où il faut cliquer une dizaine de fois pour évaluer un participant semblent condamnées !

very up - un projet e-learning en 5 points

 Le responsable de Very Up nous invite également à partir du terrain, à utiliser des documents de l'entreprise elle-même, à filmer ou à faire les prises de vue dans l'entreprise. Tout ce qui paraîtra familier au participant l'aidera à faire le lien avec son vécu professionnel...

Certains stands proposent d'ailleurs des outils pour que les apprenants puissent aussi devenir auteurs de supports de formation.

Le sujet des learning analytics revient régulièrement. Les intervenants semblent y voir la prochaine révolution. Tout comprendre sur les interactions au moment ou la personne se forme, collecter et mettre en lien ces informations, en s'aidant au besoin d'une bonne dose d'intelligence artificielle, c'est séduisant ! 

Cela doit permettre d'améliorer les formations en ligne, et surtout d'adapter à chaque apprenant ce qui convient à sa façon d'apprendre. Nicolas Bougerie parle de "sur mesure de masse". Reste à partager des exemples et des bonnes pratiques sur la conception des contenus et des parcours dans cette perspective.

Noria Larose a édité avec Jean-Luc Peuvrier une synthèse de l'offre des learning management system (LMS). Rencontrée sur son stand, elle donne un éclairage plus nuancé. Tout le monde en parle, tout le monde l'exige dans son cahier des charges, mais peu se représentent ce que c'est ! Il y a encore du travail avant que l'adaptive learning soit largement adopté.

 

Comment louper son projet e-learning ?

 Stéphane Molinaro, CEO de LearnPerfect prend le contrepied des présentations classiques, et nous explique ce qui peut faire louper un projet de "digitalisation".

  1. Mener son projet seul
  2. Ne pas écouter le client
  3. Ne rien changer, et donc recycler telles quelles les ressources utilisées en présentiel.
  4. Commencer par le LMS, investir dans des outils chers.
  5. Tout miser sur le contenu... et négliger l'accompagnement
  6. Tout faire soi-même, et en particulier sous-estimer les besoins en compétences pour médiatiser les contenus
  7. Rester discret, ne pas faire de communication en interne autour de la formation...

louper son projet de formation à distance

.LearnPerfect2

 

Il n'est pas possible de prétendre à une vision complète des innovations ou des conseils qui ont été présentés. Le iLearning Forum présente en continu quatre interventions, auxquelles on peut ajouter les démonstrations planifiées sur les stands... Un rapide calcul nous donne le chiffre d'une soixantaine d'interventions et animations, au minimum !

Néanmoins, les approches semblent converger vers plusieurs idées :

  • Un accompagnement humain et de qualité;
  • Une mesure plus fine des interactions de l'apprenant avec les supports qui lui sont proposés;
  • Des contenus toujours plus réduits;
  • Une prise en compte des apports des neurosciences;
  • Un marketing interne des projets e-learning.
     

Et quelques mots clés comme "adaptive" et "digitalisation" que l'on entend toutes les trois phrases, comme on pouvait entendre "uberisation" ou "mooc" l'année dernière... Alors, rendez-vous l'année prochaine, et merci à l'énergique Sally Ann Moore pour l'organisation !

 Illustrations : Frédéric Duriez

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