Par Sandrine Benard  | phenix974@me.com

L'anglais a-t-il encore la cote en Europe ?

Créé le dimanche 18 juin 2017  |  Mise à jour le lundi 3 juillet 2017

L'anglais a-t-il encore la cote en Europe ?

En 2017, où Erasmus fête ses 30 bougies, l’heure est plus que jamais à la mobilité. Celle des demandeurs d’emploi, certes, mais aussi celle des étudiants. Or, ce programme d’échanges d’étudiants et d’enseignants entre les universités et les grandes écoles européennes a déjà séduit 5 millions de personnes et espère bien en attirer 2 millions de plus d’ici à 2020.

Les étudiants voyagent pour apprendre, pour découvrir d’autres pays, d’autres cultures, d’autres systèmes économiques et sociaux, mais aussi et surtout pour développer leurs compétences et aptitudes linguistiques.

Or, depuis peu on note un léger revirement qui semble prendre de l'ampleur dans les universités au niveau des langues, justement.

L’anglais a toujours été au cœur des échanges universitaires de par l'hégémonie quasi-mondiale qu’elle peut offrir sur le marché de l’emploi par la suite. Cependant, avec les tendances historico-politiques dues au Brexit, le vent tourne et plusieurs choses sont remises en question… Pourquoi et comment ?

Petit tour d’horizon du contexte universitaire en situation d’insécurité linguistique…

Le Brexit, la fin de l’Anglais en Europe ? 

La décision du retrait du Royaume-Uni de l’Europe en 2016 n’a pas eu qu’un impact politique et économique. Outre les différentes retombées, on ne peut oublier celle de la langue.

En effet, la langue anglaise qui était toujours au cœur des échanges linguistiques européens serait susceptible de perdre sa place et donc, son importance linguistique. C’est pourquoi les Anglais commencent à sérieusement remettre en question l’importance de l’enseignement et de l’apprentissage des langues car ils savent bien que si leurs jeunes ont des lacunes sur ce point, cela aura de l’impact sur leurs études, puis sur leur avenir professionnel et sur leur vie en général.

La solution ? Apprendre d’autres langues européennes (pour les échanges géographiques proches), voire étrangères (pour le commerce international, le russe et le mandarin auraient particulièrement la côte en 2017). Cela est devenu une priorité et peut se voir en particulier au niveau de la hausse phénoménale des inscriptions sur les sites ou applications d’apprentissage de langues : le site Lingvist annonce 94% de plus d’inscriptions chez les Anglais depuis le Brexit, avec un choix d’apprentissage de langues pour l’espagnol et le français, celles-ci ayant respectivement progressé de 427% et 342% de popularité.

Le gouvernement anglais est conscient que la trop grande confiance en leur langue rend ses citoyens peu flexibles dans le reste du monde non-anglophone et qu’il faut absolument y remédier si on veut espérer un haut niveau d’employabilité des actuels étudiants.

L’avenir des universités anglaises

Concrètement, le Brexit a également un impact négatif sur la vie de ses universités car autrefois attirantes et renommées, celles-ci deviennent maintenant inabordables (financièrement parlant) : l’étudiant européen devra dorénavant payer les mêmes frais que l’étudiant international, soit plus du double que prévu. Premier ralentissement.

Deuxième ralentissement, à l’inverse cette fois, perdre son appartenance à l’Union Européenne signifie ne plus pouvoir profiter des programmes d’échanges de celle-ci… en l’occurrence le fameux Erasmus dont on parlait un peu plus tôt… Impossible donc pour les jeunes Britanniques d’aller se former à l’étranger dans des conditions économiques profitables !

Troisième ralentissement : ce qui s’applique aux études risque de s’appliquer aussi au travail. En effet, il sera maintenant plus difficile aux sujets de Sa Majesté de travailler en Europe, sinon avec l’obtention d’un permis de travail, jusqu’alors inutile, surtout quand on sait l’énorme attrait suscité par les différents pays européens pour recruter des anglophones, bien utiles pour l’industrie touristique ! Dommage pour les petits boulots d’été si chers au cœur des étudiants…

Et pourtant, aux Pays-Bas…

Certes, la langue anglaise a perdu de sa superbe en Europe et ses locuteurs doivent absolument connaître d’autres langues dans leur objectif emploi, cependant, aux Pays-Bas, on observe une autre tendance, directement à contre-courant de tout ce que nous venons de voir : l’enseignement en anglais dans les universités hollandaises.

Mais pourquoi ? Pour attirer les étudiants étrangers, tout en faisant rentrer de l’argent dans les caisses.

En mai 2017, aux Pays-Bas, près de 60% des cours universitaires sont donnés uniquement en anglais, voire 70% au niveau des Masters. Et le néerlandais dans tout ça, on l’oublie ? En fait, selon leurs lois, si un professeur est étranger, celui-ci a le droit d’enseigner en anglais et en fait, les universités usent –et abusent- de ce droit allègrement, au détriment de la langue nationale, pourtant contrôlée par un collectif (Better Education Netherlands) visant à garantir des cours enseignés en langue néerlandaise.

Impossible de ne pas y voir des raisons financières et pourtant, ça marche ! La preuve, en 2016, les Pays-Bas étaient le premier pays de l’Union Européenne à offrir le plus de cours universitaires en langue anglaise, dans des disciplines comme l’économie, le marketing, les sciences humaines et sociales et l’ingénierie… de quoi rayonner professionnellement partout dans le monde à tous les niveaux ! Avec près de 18% d’étudiants internationaux, les Pays-Bas sont classés premiers à l’échelle internationale quant à leur niveau de compétence en anglais (en dehors des pays anglophones).

L’aspect restreint de la pratique de la langue néerlandaise dans le monde (28 millions de locuteurs dans le monde, principalement aux Pays-Bas, en Belgique, en Afrique du Sud et au Surinam) n’est donc plus un frein pour ce petit pays qui a su s’ouvrir linguistiquement et garantir l’avenir professionnel de ses futurs diplômés !

Finalement…

En conclusion, même si l’anglais a beaucoup perdu les grâces de l’Europe, on ne peut pas dire que la langue de Shakespeare soit en danger non plus. Certes, les échanges scolaires et professionnels connaissent des difficultés et il faut prendre conscience de la nécessité d’apprendre une autre langue si les Britanniques veulent mieux s’intégrer à leur espace géographique proche et donc, à développer leur carrière.

Cependant, la langue anglaise a encore de beaux jours devant elle et continue d’attirer et de rayonner dans le monde. Ce que le Brexit nous apprend, finalement ? C’est qu’il ne faut pas dormir sur ses lauriers et toujours avoir une langue de secours !

 

Références

Pour attirer les étudiants étrangers, les Pays-Bas vont-ils abandonner leur propre langue ?http://www.slate.fr/story/146211/etudiant-pays-bas-anglais

Les conséquences du Brexit pour les étudiants, http://www.lemonde.fr/campus/article/2016/06/23/quelles-seraient-les-consequences-d-un-brexit-pour-les-etudiants_4956885_4401467.html

Prepare British children for life after Brexit – teach them another language, https://theconversation.com/prepare-british-children-for-life-after-brexit-teach-them-another-language-74941

Brexit impact sees huge increase in Britons learning new languages, http://www.sharecast.com/news/brexit-impact-sees-huge-increase-in-britons-learning-new-languages/25911436.html

Article Wikipedia sur la langue néerlandaise, https://fr.wikipedia.org/wiki/Néerlandais

Illustrations : Étudiants en anglais,
Rupture du Brexit
L’anglais et les autres langues européennes

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