Par Alexandre Roberge  | a.roberge@cursus.edu

Les apprenants de MOOC désirent-ils être libres ?

Créé le dimanche 15 octobre 2017  |  Mise à jour le mardi 24 octobre 2017

Les apprenants de MOOC désirent-ils être libres ?

Lorsqu’est apparue sur les radars la possibilité de s’autoformer avec Internet, beaucoup ont jubilé à la perspective d'une liberté pédagogique totale. Il était possible pour les adultes de continuer à apprendre sur les sujets qu’ils voulaient au moment qui leur semblait opportun. Désormais, tout était à la portée de la main des curieux. En plus sont arrivés des cours gratuits consultables en ligne et souvent donnés par de grandes institutions. De quoi faire rêver... en théorie.

Parce qu'en pratique, les partisans de la liberté pourraient affirmer que les MOOC sont un « recul ». En effet, ils ont beau offrir une flexibilité de consultation, ils sont plutôt dirigistes. Tout le cours est divisé en chapitres, les travaux sont prévus à des dates précises, etc. Un dirigisme qui va à l'encontre de l'idée d'apprentissage libre. Mais est-ce si mal ? Pas nécessairement, si on écoute les étudiants.

La liberté dans un cadre précis

Matthieu Cisel, spécialiste de ces cours massifs et cocréateur d'un MOOC sur la conception de MOOC, s’est d’ailleurs intéressé à la question de l’autodétermination des apprenants. Est-ce que ces contraintes et cette linéarité sont forcément un obstacle pour eux ? Et bien, d’après les retours qu’il a eus auprès de ceux ayant suivi son MOOC, pas vraiment. En fait, ce dirigisme a l’avantage de ne pas laisser la personne en apprentissage s’éparpiller. Au lieu de chercher les bonnes références ou la vidéo pertinente avec l’objectif pédagogique, le MOOC lui offre ce dont elle a besoin.

Il faut dire toutefois que le MOOC de Cisel et de ses acolytes n’était pas entièrement dirigiste. C’est-à-dire que dans les travaux, les apprenants avaient la possibilité de choisir le sujet qui leur plaisait. Par contre, la structure de ce qui devait être remis comme travail était définie et ne laissait pas beaucoup de place à la fantaisie. Or, pour bien des apprenants, cette approche est bonne dans la mesure où elle donne une semi-liberté, mais les empêche de déposer des travaux qui, au bout du compte, ne répondent pas aux attentes des concepteurs de cours. De toute façon, un cadre aussi rigide dans la structure était essentiel puisque la correction était faite entre pairs.

En fait, Cisel notera dans un autre billet que cet encadrement, quand même plus relâché qu’en classe traditionnelle, peut même causer de l'inconfort chez certains. En effet, beaucoup aimeraient davantage de suivi d’un personnel enseignant ou d’un tuteur. Dans certains cas, ils souhaitent plus de rétroactions sur leur travail afin de savoir s’ils avancent bien et pour éliminer le sentiment de solitude. D’autres voudraient aussi que cela s’accompagne d’information sur les échéances, les lieux où déposer les travaux, etc. Or, cela ne peut se faire dans un contexte de cours gratuit, généralement peu ou pas rentable, qui exigerait de payer des tuteurs.

Apprendre à apprendre

Cette professeure australienne explique très bien l'attitude de ces gens qui exigent de l’encadrement dans les MOOC. Elle s’est concentrée sur toutes les activités (documents consultés, mots écrits dans les forums et exercices, clics effectués, etc.) de plus de 100 000 apprenants sur les différents MOOC de l’Université de Melbourne. Une tâche colossale qui lui a permis de comprendre que ces cours étaient suivis par deux types d’étudiants. Ceux ayant de plus bas niveaux d’expertise d’apprentissage ont tendance à être passifs. Ils ne regardent que le contenu offert par l’enseignant et ne s’entretiennent que peu ou pas avec les autres. Pour eux, la formation est raisonnablement statique et simplement le transfert de savoirs d’un livre ou d’un cours magistral à eux.

Les gens plus experts de l’apprentissage, au contraire, regardent davantage de sources d’informations. Ils voient le savoir comme volatil, dépendant du contexte et en discutent beaucoup avec les autres. Ils leur demandent leur avis, débattent, collaborent et même font du mentorat auprès d’autres étudiants. La spécialiste a ainsi divisé en cinq niveaux d’apprenants de MOOC :

  1. Lecteur — voit le MOOC comme un manuel
  2. Consommateur d’instruction — le MOOC est un tuteur
  3. Producteur d’apprentissage auto-régulé — le MOOC est un tuteur avec un groupe de soutien d’usagers
  4. Apprenant collaborateur — le MOOC se veut un environnement d’apprentissage collaboratif
  5. Enseignant réciproque — le MOOC comme un environnement d’apprentissage réciproque et redistribué
     

Ce travail de recherche pourrait permettre, selon elle, de proposer du « feeback » à chaque étudiant qui pourrait connaître son niveau dans le MOOC et lui offrir des conseils, des références, des suggestions et des encouragements à monter d’un échelon. Une façon d’apprendre à apprendre à toutes ces personnes.

À l’heure où plusieurs se demandent comment sera le MOOC de demain, il y a de quoi réfléchir. Et si les MOOC pouvaient aussi donner plus de compétences d’apprentissage en général?

Les développeurs ne devraient pas songer à offrir nécessairement beaucoup plus de liberté ou à sortir d’une linéarité, mais plutôt proposer des cours permettant d’intégrer les différents types d’apprenants. Le but étant qu’ils s’améliorent après chaque cours afin d'obtenir davantage de compétences d'apprentissage. Les concepteurs de cours prendront-ils cette tangente? Cela reste à voir.

Illustration : pxlline via Foter.com / CC BY-NC-SA

Références

Cisel, Matthieu. "Points De Vue D'apprenants Sur Le Dirigisme Dans Les MOOC (2/2)." Blog De Matthieu Cisel. Dernière mise à jour : 21 février 2017. http://www.matthieucisel.fr/points-de-vue-dapprenants-sur-le-dirigisme-dans-les-mooc-22/.

Cisel, Matthieu. "Points De Vue D'apprenants Sur Le Dirigisme Dans Les MOOC." Blog De Matthieu Cisel. Dernière mise à jour : 21 février 2017. http://www.matthieucisel.fr/points-de-vue-dapprenants-sur-le-dirigisme-dans-les-mooc/.

Milligan, Sandra. "Learning to Learn Could Be Built into Online Courses." University World News. Dernière mise à jour : 25 août 2017. http://www.universityworldnews.com/article.php?story=20170822101005642.

Quora. "The Future Of Massively Open Online Courses (MOOCs)." Forbes. Dernière mise à jour : 23 mars 2017. https://www.forbes.com/sites/quora/2017/03/23/the-future-of-massively-open-online-courses-moocs/#2bfae59f6b83.

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