Par Christine Vaufrey B  | redaction@cursus.edu

Comment apprend-on dans les communautés en ligne ?

Créé le lundi 30 août 2010  |  Mise à jour le vendredi 18 novembre 2011

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Comment apprend-on dans les communautés en ligne ?

L'institut pour les études de prospective technolgique (Institute for Prospective Technological Studies, IPTS), institut membre du Joint Research Centre (JRC) de la Commission européenne, a publié un rapport intitulé L'innovation pédagogique dans les nouvelles communautés d'apprentissage (Pedagogical Innovation in New Learning Communities, en anglais seulement), qui rend compte de l'étude approfondie de douze communautés d'apprentissage en ligne.

L'objectif de ce travail était de vérifier qu'il y avait bien apprentissage dans ces communautés, d'identifier les modalités de l'apprentissage, et d'émettre des recommandations pour le transfert des modalités spécifiques d'apprentissage à l'oeuvre dans ces communautés vers les secteurs formels de l'éducation et de la formation professionnelle.

On apprend...

Pour ce faire, les auteurs du rapport ont sélectionné douze communautés en ligne, dont trois seulement affichent l'apprentissage et l'acquisition de savoirs parmi leurs objectifs principaux. Néanmoins, les auteurs l'affirment d'entrée de jeu : on apprend effectivement dans toutes ces communautés, classées en quatre catégories :

- Communautés encadrées par une institution d'éducation ou de formation (ex : groupe Time after Time d'eTwinning),

- Communautés orientées vers de la production (ex : Il Cantiere, communauté animant un wiki  qui propose des tutoriels et documents divers permettant de réaliser des vidéos) ,

- Communautés rassemblant les membres autour d'un centre d'intérêt spécifique (ex : Muxlim, communauté assurant la promotion d'un style de vie propre aux Musulmans, loin des stéréotypes touchant à cette population),

- Communauté de type réseau social (ex : Experience Project, réseau social mettant en relation des personnes qui souhaitent partager certaines de leurs expériences de vie, pour que cela soit utile aux autres), sans centre d'intérêt particulier.

... Mais comment ?

La grande question, c'est : comment apprend-on ?

A ce niveau, le rapport fournit des éclairages très intéressants, notamment pour tous ceux qui souhaitent faire vivre une communauté d'apprentissage en ligne :

- Les membres de la communauté apprennent majoritairement de manière informelle, et de manière inattendue. Ceci est vrai même dans les communautés animée par un organisme d'éducation ou de formation, dont l'acquisition de savoirs et de savoirs faire constitue le but avoué.

- Les membres de la communauté apprennent au travers des interactions entre pairs, bien plus qu'en dialoguant avec un « expert » désigné comme tel. Il s'agit là d'apprentissage majoritairement collaboratif, construit sur une multitude d'interactions et non pas sur un système de question / réponse unique.

- L'apprentissage vient de la capacité des membres de la communauté à faire des liens, des connexions entre les sujets et à transférer les apports de l'expérience des autres sur les leurs.

- L'apprentissage est facilité par l'existence d'un intérêt commun aux membres de la communauté, que celui-ci soit personnel ou professionnel. A charge alors pour les animateurs de la communauté de savoir maintenir cet intérêt, ouvrir de nouvelles voies.

- L'apprentissage est également facilité par l'ouverture de chaque membre au changement, à l'innovation et à la création. L'effacement des barrières géographiques propre aux communautés virtuelles permet aux membres d'interagir avec des personnes très éloignées, culturellement et physiquement, d'eux-mêmes, et ainsi d'élargir son propre champ de références.

- L'apprentissage vient de l'engagement des membres dans la vie de leur communauté, engagement lui-même sous-tendu par le sentiment de progresser, de renforcer ses capacités (empowerment) et la prise de responsabilités.

- L'apprentissage intervient sur des champs spécifiques (qui vont, dans le cas des communautés analysées, du montage vidéo à la microbiologie en passant par l'administration publique), mais aussi et surtout sur des compétences transversales telles que l'ouverture et l'expression culturelles, la tolérance, le respect des autres, la capacité à animer un processus démocratique.

En conclusion, les auteurs du rapport soulignent que les modèles pédagogiques traditionnels ne sont pas radicalement remis en cause dans les communautés virtuelles d'apprentissage, mais que celles-ci créent de nouveaux équilibres entre enseignement et apprentissage d'une part, entre connaissances structurées pré-existantes et connaissances nouvelles créées collectivement d'autre part.

Pour une intégration des communautés dans les dispositifs traditionnels d'enseignement

Ils recommandent fortement l'intégration de communautés d'apprentissage aux dispositifs traditionnels d'éducation et de formation, soulignant la grande efficacité des modèles d'apprentissage qui y sont développés : « L'interaction entre pairs et le renforcement des capacités individuelles sont les clés de l'accroissement de l'apprentissage et du plaisir d'apprendre » (p. 8). De plus, la diversité des membres, de leurs systèmes de références, modes de pensée et styles de vie favorise la créativité et l'innovation et permet d'acquérir des compétences sociales transversales.

A charge pour l'institution de s'assurer de la capacité de chacun à tirer le meilleur parti des sources d'apprentissage au sein d'une communauté, tant au niveau cognitif (apprendre à apprendre, savoir faire des associations, liens, connexions, comparaisons...) qu'au niveau technique (habiletés TIC suffisantes pour utiliser tous les outils proposés).

Ce rapport a le grand mérite d'approfondir et de clarifier, en se basant sur une méthodologie d'analyse rigoureuse, ce que l'on ressent lorsque l'on est soi-même membre d'une communauté virtuelle d'apprentissage : on y apprend une foule de choses, souvent sans l'avoir vraiment cherché, ce qui nourrit l'envie de s'engager davantage et de progresser. Mais le potentiel d'apprentissage d'une communauté dépend avant tout de ses membres, de leur capacité à faire du sens à partir d'éléments disjoints et à proposer en permanence de nouveaux sujets maintenant l'intérêt du groupe, sous la supervision bienveillante et de plus en plus discrète, à mesure que la communauté se structure, d'animateurs soucieux de ne laisser personne au bord de la route.

Pedagogical Innovation in New Learning Communities (pdf) Stefania Aceto, Claudio Dondi, Paola Marzotto pour JRC – IPTS, 2010

Illustrations : capture d'écran du site eTwinning.net

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