Par Christine Vaufrey B  | redaction@cursus.edu

Oser l'utilisation des téléphones mobiles en classe

Créé le mardi 22 mars 2011  |  Mise à jour le mardi 6 septembre 2011

A quel âge avez-vous disposé de votre propre téléphone mobile : 15, 18, 25 ans ? Plus tard ? Aujourd'hui, dès les premières années d'école secondaire, on voit de nombreux élèves équipés de téléphones personnels et parfois même de smartphones, ces téléphones qui permettent de se connecter à Internet.

Les téléphones mobiles apparaissent comme des objets encombrants dans les classes, qui viennent en perturber le bon déroulement et favorisent la dispersion de la concentration des élèves. Aussi existe t-il des chartes, des réglements intérieurs, qui mentionnent explicitement l'interdiction d'apporter son téléphone dans l'enceinte de l'établissement scolaire, ce qui dans les usages effectifs se traduit par une utilisation en-dehors des cours, ou même par une utilisation discrète pendant les cours.

Un enseignant suisse a décidé de prendre le problème par l'autre bout : plutôt que de lutter, souvent en vain, contre la présence des téléphones mobiles en classe, utilisons-les : "Les projets d'utilisation des mobiles permettent au mobile d'acquérir une nouvelle fonction dans l'école. En effet, d'agent perturbateur, il passe au rôle d'instrument du savoir et d'apprentissage. Il est alors également très important de fixer des règles claires et de convenir de certains principes". Le dossier qu'il présente sur Educa.Education (section du site educa.ch dédiée aux ressources pour la préparation des cours) fournit tous les éléments nécessaires aux enseignants qui souhaitent lui emboîter le pas.

Selon l'auteur du dossier, le principal intérêt de l'utilisation des smartphones en classe est que cela permet de soulager la salle informatique, dans la mesure où la plupart des usages courants d'Internet dans le cadre scolaire sont désormais possibles sur un appareil mobile. Autre intérêt majeur, l'intégration des téléphones mobiles à la panoplie habituelle de supports des apprentissages permet de réaliser de l'éducation aux médias de façon continue, sur les apareils réellement utilisés par les jeunes. En ce sens, il n'y a pas de contradiction entre l'utilisation des téléphones mobiles en classe et les plans d'études (ou programmes) qui prévoient précisément cette éducation aux médias.

Les conditions pratiques de mise en place

Mais évidemment, cette utilisation est soumise à un certain nombre de conditions. La première est selon l'auteur du dossier que les enseignants soient convaincus de leur utilité. Une évidence, dira t-on, mais qui exclut d'emblée toute utilisation prescrite et obligatoire.

La deuxième est que les élèves aient effectivement des smartphones à leur disposition. Il n'est évidemment pas question d'obliger les familles à acheter un appareil relativement cher à leurs enfants. Mais il existe en Suisse un dispositif qui permet d'équiper gratuitement des classes entières de smartphones pour une durée de deux semaines, afin de tester l'usage que l'on peut en faire. Ensuite, il faudra que chaque établissement puisse contribuer à l'équipement des élèves qui ne possèdent pas eux-mêmes cet apareil. L'auteur du dossier fait remarquer que les économies de photocopies et de certains manuels permettent rapidement de rentabiliser l'investissement.

La troisième condition est d'adopter une approche préventive quant aux utilisations de l'appareil et de mettre en évidence toutes les applications pédagogiques qui existent, voire d'en créer soi-même, ce que n'a pas manqué de faire l'auteur du dossier.

La quatrième est de s'assurer de la présence d'une assistance technique permanente, soit en interne à l'établissement soit en passant ocntrat avec une société externe de services. L'auteur précise qu'un PC demande environ 6 heures de maintenance par an, alors qu'un téléphone ou une tablette en demande rarement plus d'une.

Manifestement, il n'y a pas d'obstacle technologique à l'utilisation des smartphones par les élèves, même quand ces derniers doivent utiliser un appareil qu'ils ne connaissent pas. Le succès des smartphones vient précisément de leur ergonomie, et on ne voit pas pourquoi les jeunes éprouveraient plus de difficultés que les adultes à manipuler ces objets.

Une école suisse a engagé une expérimentation de deux ans centrée sur l'utilisation des téléphones mobiles par des élèves de cinquième année (fin de l'école primaire). Les élèves ont reçu des iPhones qu'ils utilisent donc en classe mais qu'ils peuvent aussi emporter chez eux. Un site rend compte de cette expérimentation. Il est en allemand, mais on peut demander une traduction automatique dans la langue de son choix, dont le français. La qualité de la traduction laisse largement à désirer, mais permet néanmoins de se faire une première idée des activités menées avec ces apareils.

Qu'est-ce qui pourrait encore freiner l'enthousiasme des enseignants et établissements souhaitant se lancer dans l'aventure ? Le budget. Le dossier donne ici des indications précises, incluant les coûts d'achat des appareils, de maitenance, et d'équipement de l'enseignant.

Le choix des appareils fait l'objet de plusieurs pages dans ce dossier, et présente notamment les avantages comparés des smartphones (ou iPod touch, sans fonction téléphonique) et des tablettes. On regrettera que l'auteur n'évoque que les produits Apple, compte-tenu de l'actuel élargissement de l'offre. 

Ce dossier fait bien le tour de la question de l'utilisation pédagogique des smartphones et autres petits équipements mobiles permettant d'utiliser à tout moment les ressources en ligne ou téléchargées. Il préfigure probablement l'évolution de l'équipement numérique des établissements scolaires, avec des postes informatiques fixes en nombre limité qui restent indispensables pour les travaus sur traitement de texte et tableur par exemple, et des équipements mobiles en grand nombre qui signent l'intégration de plus en plus évidente des resosurces en ligne dans les supports d'apprentissage. 

Des téléphones mobiles à l'école ? Educa.Enseignement, sur educa.ch

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