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Jouer avec la réalité : nomenclature des simulations

Le monde de la simulation en trois critères.

Par Denys Lamontagne , le 12 mars 2015 | Dernière mise à jour de l'article le 26 avril 2019

Du mirage à la simulation, il est question de réalisme. On peut qualifier la réalité à trois niveaux :

  • le monde réel, objectif, indépendant du point de vue;
  • ce qui en est perçu, subjectif au point de vue;
  • l’idée que l’on s’en fait, subjectif à la personne, avec ses émotions et ses pensées.

Il existe toujours un fossé plus ou moins profond sentre les trois, selon le sujet et l’expérience que l’on en possède ou son absence, que l’on compense comme on peut.

La simulation cherche à réduire ce fossé en procurant une expérience précédant le contact direct avec la réalité objective, celle qui n’a aucun d’état d’âme à écrabouiller le travailleur, à disperser les millions de €$ ou à empoisonner l’atmosphère. Toutes choses que l’on cherche normalement à éviter, ne serait-ce que pour préserver sa réputation.

Ainsi d’un coté nous avons la réalité et de l’autre la subjectivité de l’expérience personnelle. Les deux combinées forment ce qui est vécu. D’une certaine façon, la simulation constitue en elle même une réalité qu’il faut d’abord expérimenter et avec laquelle il faut se familiariser avant d’entrer réellement dans la simulation et pouvoir en profiter. La simulation possède ses codes et ses limites. On peut jouer à faire semblant et, une fois ceci accepté, on pourra s'y immerger pleinement.

On trouve des milliers de simulateurs pouvant pratiquement reproduire tout genre de situations et d’environnements. Comment s'y retrouver ?

Symboles vs réel

Des simulateurs proposent des niveaux de réalisme allant du totalement conceptuel (des chiffres et des formes simples représentant des entités), en passant par le totalement virtuel, jusqu’au entièrement physique comme ces salles de contrôle d’usines ou de machines qui reproduisent le plus fidèlement possible les sensations physiques et résistances matérielles. 

Le niveau de «symbolique» utilisé dans la simulation est l'un des éléments qui en détermine la force. Moins on utilise de symboles, plus elle est réaliste.

On peut dire «Voici le poste de pilotage», mais si le siège ressemble à un vrai siège et non à une chaise de classe, la symbolique est d’autant réduite. Si on entend le son d’un moteur par dessus la vue du compte-tour, voilà autant de réalisme ajouté. Si en plus les commandes réagissent à la pression et que la pièce bouge, on s’y croirait presque.

Scénarisation : le contexte des émotions

L’aspect émotif constitue la clé des simulations réalistes et réellement formatives.   Opérer une usine en situation d’urgence, faire face à un client récalcitrant, traiter un patient en arrêt respiratoire, opérer une entreprise au travers d’imprévus, faire atterrir un avion dans un ciel encombré et dans une confusion de contre-ordres, toutes ces situations sont stressantes et la simulation peut aider à y faire face, à élaborer ses stratégies, à définir une séquence de priorités, etc. sans conséquences désastreuses. 

Mais réaliser de tels scénarios demande de s’appuyer sur des données fiables, des mesures, des analyses de cas, des consultations, des enregistrements. Plus les données sont nombreuses et intégrées, meilleure est la simulation.

Des scénarios émotivement crédibles font partie des bonnes simulations.

Rapport  coût du simulateur x nb de personnes à former / coût du risque x probabilité du risque

Concrètement, une simulation de cuisine est quasi aussi accessible qu’une véritable cuisine; le risque de gâcher une recette est grand mais le coût de la conséquence est minime. On trouve des millions de personnes à former, alors une entreprise peut éventuellement y trouver son profit : les simulations de cuisine sous forme de jeux sont pléthoriques mais peu coûteuses.

Par rapport à un simulateur d’avion ou de pétrolier, où les appareils réels libres sont rares et les risques immenses, on est prêt à payer des dizaines de millions pour des simulateurs et des scénarios réalistes, car les risques sont élevés. Même si le nombre de personnes à former est faible, une entreprise peut quand même y trouver son profit dans la mesure où sa simulation permet d’éviter des catastrophes.

Un accident de travail peut coûter des millions à l’employeur; former 500 travailleurs sur un simulateur de 50 000 $ lui coûtera en tout de 150 000 à 200 000 $. Rapport favorable.

Une vente perdue peut coûter directement quelques centaines de dollars à une entreprise, mais aussi plusieurs dizaines de milliers indirectement. Une simulation de relations de vente peut coûter aussi peu que 50 $. Former son équipe, 500 $ par employé. Rapport favorable.

En somme, indépendamment du nombre de personnes à former, le rapport coût du simulateur / coût du risque détermine l’essentiel de la pertinence d’un simulateur.  On pourrait traduire la notion de «risque» par «impératif de comprendre». Le simulateur permet de comprendre les interactions complexes, les importances relatives, les séquences d'actions et les effets de nombreux paramètres intereliés.

Trois échelles

Ainsi, on définit trois échelles pour classifier les simulateurs

  1. Le réalisme :  du symbolique au réel. 
    Plus un simulateur s’approche des caractéristiques physiques de ce qu’il cherche à reproduire, meilleur il est.
     
  2. La scénarisation : de l’irréalisme au réel
    Plus les scénarios se rapprochent des données réelles, meilleur ils sont.
     
  3. Le rapport coût du simulateur / coût du risque
    Plus le rapport est bas, plus l’utilisation d’un simulateur paraît pertinente.  


Plus on est proche de la réalité et plus son coût / risque est bas, mieux c'est.

Quant aux mirages, ils ont l’air vrais, sont émotivement troublants, ne coûtent rien, mais y accorder crédit peut mener à la catastrophe. Rapport très défavorable.

Illustration : Kongsberg Maritime's ship's bridge simulator

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