Apprendre une langue étrangère quand on est dyslexique... | Thot Cursus

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Apprendre une langue étrangère quand on est dyslexique...

... et qu'on a déjà du mal avec sa langue maternelle ?

Par Sandrine Benard , le 05 mars 2018 | Dernière mise à jour de l'article le 06 mars 2018

Selon l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), « la dyslexie est un trouble spécifique de la lecture. Il s’agit également d’un trouble persistant de l’acquisition du langage écrit caractérisé par de grandes difficultés dans l’acquisition et dans l’automatisation des mécanismes nécessaires à la maîtrise de l’écrit (lecture, écriture, orthographe…). »

Après la lecture d’une telle définition, nous sommes en droit de nous interroger sur la possibilité d’apprendre une langue étrangère dans une telle situation.

Peut-on s’initier à une autre langue quand on a déjà des problèmes avec notre langue maternelle ? La dyslexie est-elle un obstacle infranchissable dans cette quête ? C’est la question à laquelle nous tentons de répondre.

Cerveau et apprentissage

Tout apprentissage d’une langue, qu’elle soit maternelle ou étrangère, nécessite un important travail cérébral stimulant et sollicitant toutes nos capacités d’écoute, de concentration et de réflexion. Deux aires de notre cerveau sont principalement en activité : celle de Wernicke, qui permet de comprendre les langues, et celle de Broca qui les compartimente et permet de les distinguer les unes des autres.

Soyons clairs : on n’apprend pas une langue comme on apprend une poésie ou un cours d’histoire. « L’activation » du cerveau pour apprendre une langue doit se faire sur une base de stimuli comme des interactions orales, des mises en situation ou des jeux avec les mots, ce qui se fait rarement dans le cadre d'un apprentissage scolaire traditionnel.

Le défi du système phonologique

Connaître le système phonologique français (qui « est composé de 36 phonèmes : 17 sont dits consonantiques ; ils mettent en jeu les 20 consonnes de l'alphabet; 16 sont dits vocaliques ; ils mettent en jeu les 6 voyelles de l'alphabet; 3 sont intermédiaires et appelés semi-consonantiques ou semi-vocaliques ») est déjà un véritable défi pour l’apprenant atteint de dyslexie, alors qu’en est-il quand il essaye d’apprendre une autre langue ? Un double défi…Pourquoi ? Ce n’est pas la langue elle-même qui est en cause, mais plutôt l’organisation de son cerveau, qui peinera à activer sa zone d’activité d’apprentissage linguistique. C’est encore d’autant plus difficile selon la distance phonologique de l’autre langue par rapport à la sienne, ainsi sera-t-il extrêmement difficile à un français d’apprendre le mandarin, par exemple, ne serait-ce que pour les sons L et R.

Le défi de l’image lexicale

Outre ce problème phonologique, l’apprenant dyslexique sera également confronté au problème d’image lexicale, plus exactement à sa mémoire visuelle et auditive. C’est déjà difficile pour lui de retenir et d’associer une image et un son à un objet dans sa propre langue, alors imaginez qu’il doive le faire cette fois dans une autre langue, identifier par deux mots différents la même chose et s’en souvenir… l’effort est considérable, mais ne s’arrête malheureusement pas là, quand il devra alors procéder à la production écrite en associant graphème et phonème dans le processus d’identification dudit objet.

Le défi conceptuel

Un troisième défi, en plus des deux précédents (un système phonologique et une image lexicale différents), apparaît enfin de manière plus discrète, mais néanmoins importante, celui du concept de la nouvelle langue. J’entends par là des spécificités propres à chaque langue, que ce soit par sa grammaire, sa conjugaison ou sa syntaxe. L’exemple le plus probant serait celui de plusieurs langues qui, pour marquer le passé, le présent ou le futur ont recours à un simple mot, près du verbe, qui indique à quel temps on parle (contrairement au français où toutes les conjugaisons sont différentes selon les temps). Là encore l’apprenant doit faire face aux « déficiences » qu’il a, à savoir :

  • Ne pas pouvoir traiter rapidement les informations opérantes ;
  • Ne pas pouvoir maitriser un double système linguistique conceptuel ;
  • Ne pas pouvoir adapter ses mouvements articulatoires aux besoins de la nouvelle langue ;
  • Ne pas pouvoir faire la différence entre deux messages distincts.

Bien sûr, tout dépend du degré de dyslexie de l’apprenant, mais on constate en général qu’au moins 2 de ces 4 inaptitudes sont rencontrées chez ces personnes, et cela, dans leur propre langue maternelle.

Et donc, c’est possible ou pas ?

On peut s’interroger quant à la possibilité réelle d’apprendre une deuxième langue pour un apprenant dyslexique… ce sera difficile, certes, mais pas impossible. Oui, ce sera long et fastidieux, plus que pour les apprenants « lambda », mais si deux conditions sont particulièrement soignées, chacun pourra accéder à cet apprentissage linguistique.

Le retard d’acquisition étant fort possible, mais que ce soit dans une situation d’apprentissage en submersion (l’apprentissage de la langue se fait dans un établissement où la langue cible est également langue officielle) ou en immersion (l’apprentissage se fait dans l’établissement propre de l’élève, il pourra donc parler sa langue maternelle en dehors de sa langue d’apprentissage le reste du temps), l’environnement jouera un rôle crucial. Il faut donc bien établir celui qui lui correspondra le mieux. C’est la première condition.

La deuxième condition est de choisir une langue dite plutôt « régulière », c’est-à-dire que chaque son s’écrit comme il s’entend, simplement, sans être complexe ou équivoque. En ce sens, l’anglais est particulièrement à proscrire aux francophones dyslexiques car elle comprend 1120 graphèmes pour seulement 40 phonèmes, un cauchemar pour ceux qui ont des difficultés de ce côté…

Finalement…

En conclusion, oui, on peut parfaitement apprendre une langue étrangère si on est dyslexique. Et oui, ce sera difficile, mais pas impossible. La bonne idée est de se tourner vers une langue comme l’italien, qui est même recommandée aux dyslexiques de par sa « facilité » (33 graphèmes pour 25 phonèmes), voire l’espagnol ou l’allemand qui demandent malgré tout un effort plus important du point de vue grammatical, habileté moins maitrisée chez le dyslexique.

Quoiqu’il en soit, tout apprentissage linguistique est possible, quelle que soit sa situation. Le tout, c’est de réunir les bonnes conditions et de ne pas avoir peur des difficultés qui devront être surmontées car, après tout, comme pour toute chose, vouloir c’est pouvoir et réussir à apprendre une autre langue dans une telle situation, c’est aussi aller au-delà de ses limites et se prouver qu’on peut améliorer ses compétences et les développer…

Illustrations : Bulle de la dyslexie, Double présentation, Le chat,

Sources

Le système phonologique du français, Académie de Caen

Comment le cerveau fonctionne-t-il ?http://fr.assimil.com/blog/apprentissage-d-une-langue-comment-le-cerveau-fonctionne-t-il

Possible ou impossible ? https://www.dys-positif.fr/enfant-dyslexique-et-langues-etrangeres-possible-ou-impossible/

La dyslexie, qu'est-ce que c'est ? http://www.dysmoi.fr/troubles-dapprentissage/dyslexie-dysorthographie/la-dyslexie-qu-est-ce-que-c-est/

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