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École et apprentissages, des réseaux et des liens - Rencontre du Refer 2018 (2/2)

Qu'est-ce qu'une organisation apprenante dans un contexte scolaire ?

Par Frédéric Duriez , le 02 avril 2018

Le rendez-vous des écoles francophones en réseau a organisé une rencontre les 22 et 23 mars autour du thème « des réseaux et des liens ». Pour la deuxième journée, ils ont tenté de définir les conditions d'une organisation scolaire apprenante. La question se pose pour les élèves, mais également pour les équipes enseignantes, administratives et l'encadrement. De nombreux intervenants au Canada et en France ont fourni des réponses et des exemples à cette question.

Jacques Cool à Montréal et Nicolas Le Luherne en France ont animé deux tables rondes qui ont apporté des éclairages très pertinents à cette question.

lable ronde : organisation apprenante - éducation

Organisation et management

Frédérique Alexandre-Bailly est rectrice de l'académie de Dijon (France). Elle imet l'accent sur le cadre. Les élèves qui ont gagné le prix organisé par les bâtisseurs de possibles sur le thème « inventons l'école de demain » travaillent dans une école pensée par la designer Matali Crasset. Elle insiste surtout sur le rôle du management, qui doit « structurer sans étouffer », souffler sur l'innovation pour que les étincelles allument le feu, protéger et défendre le « droit à l'erreur ». Dans une jolie formule, Joël Sirüg, directeur académique en Eure-et-Loire, nous dit qu'il faut « impulser puis s'effacer ». De ce climat de confiance doit émerger l'envie de tester et d'innover.

L'encadrement doit aussi favoriser la réflexion et les activités avec les collègues. Myriam Nejmi est directrice adjointe de l'Envol, une école où les enseignants participent à des communautés d'apprentissage professionnel. Marc-André Smith insiste quant à lui sur la « subsidiarité ». Les problèmes doivent être réglés au plus près de l'apprenant. Ce sont les personnes au contact avec les élèves qui sont le plus à même de proposer des solutions adaptées. Pour aider les enseignants, des personnes ressources ont été identifiées et peuvent être sollicitées.

Anne Oud, principale du collège Marcel Pagnol de Vernouillet insiste à son tour sur le droit à l'erreur nécessaire à toute organisation apprenante et innovante. Les enseignants doivent eux-mêmes se placer dans une perspective de réflexivité collective et de résolution de problèmes. Sur le thème de l'oral, les collégiens travaillent en réseau, pratiquent le tutorat entre pairs et communiquent avec des étudiants. Les échanges peuvent s'appuyer sur une plateforme numérique ou des rencontres.

Les principes qui rendent possible le travail en réseau des enseignants se retrouvent dans les activités des collégiens : droit à l'erreur, encadrement bienveillant, réflexivité, travail en équipe et interventions mesurées.

table ronde : qu'est-ce qu'une organisation apprenante - 2

Des attitudes vis-à-vis des élèves et des équipes

Une mentalité de croissance

Marius Bourgeoys est conférencier et consultant en éducation. Il apporte deux pistes, qui sont des attitudes. Une organisation apprenante est une organisation où les participants répondent « oui » aux deux questions suivantes :

  • Est-ce que je peux encore apprendre quelque chose ?
  • Est-ce que les personnes autour de moi, collègues, clients, usagers, élèves, parents... peuvent m'y aider ?

Il pose deux attitudes contraires liées à ces questions. La « mentalité fixe » correspond au sentiment que l'on ne peut rien faire ni apprendre, que tout doit venir d'en haut ou de l'extérieur. La mentalité de croissance, au contraire, est rattachée à l'idée que je peux quelque chose, et que les autres peuvent m'y aider. Il expose cette différence sur son blogue. Cette mentalité de croissance peut être mise en lien avec la confiance, souvent évoquée par les intervenants.

Une attention à l'autre, à tous niveaux

Pierre Gagnon insiste sur deux points. Pour que les élèves apprennent, il faut prendre soin d'eux, repérer ceux qui entrent en classe avec une préoccupation qui les empêchera d'apprendre et sinon les aider, au moins les encourager et leur témoigner de l'attention.

Il nous indique aussi qu'il faut accepter de ne pas savoir, ne pas jouer les enseignants omniscients. Si je ne sais pas comment fonctionne le logiciel que je leur ai demandé d'utiliser, ils seront obligés de s'entraider. Et l'aide ne viendra peut-être pas directement du groupe d'amis de l'élève, mais d'autres enfants avec lesquels il apprendra à travailler.

Les exemples qu'il donne montrent un enseignant toujours en discussion et en réflexivité avec ses élèves. Des questions ouvertes après les activités permettent de réfléchir ensemble à ce qui a rendu possible la réussite d'une tâche.

Une ambition

Julie Caron est directrice de TFO éducation qui propose notamment la plateforme Idello, destinée aux élèves et étudiants, aux parents, aux enseignants et aux établissements. Elle part d'une ambition. Il ne s'agit pas simplement de former les jeunes pour qu'ils soient « adaptés » à la société numérique. Ils doivent participer à la création de cette société. Un exemple : les jeunes intéressés par le phénomène des youtubers se sont emparés des outils pour produire eux-mêmes des vidéos. Pourquoi ne pas utiliser ces savoir-faire et cet appétit pour l'image et les mobiliser dans des activités en équipe ?

table ronde du refer - 2

Quand apprendre en réseau est une nécessité

Se rencontrer

Des témoignages ont montré que l'innovation en réseau est parfois une nécessité. José Desmeules travaille au Conseil scolaire francosud (Alberta, Canada). Les établissements sont éloignés et comptent seulement un peu plus de 200 élèves en moyenne. Les enseignants peuvent se sentir isolés. Ils ont organisé des échanges par Skype, mais également des journées de rencontre.

Pierre Cauty est délégué académique au numérique éducatif à l'académie d'Orléans-Tours. Il a réunit de nombreux enseignants autour d'une problématique, pour qu'ils puissent échanger, trouver des solutions, élaborer ou partager des solutions et diffuser ensuite auprès de leurs collègues. À titre d'exemple, il nous explique que ces réunions ont permis la diffusion de la grille d'analyse SAMR, qui classe les usages du numérique en fonction de leur impact sur les pratiques, de la simple substitution à la redéfinition des activités.

Tous émetteurs, tous récepteurs

Thierry Beley directeur territorial du réseau Canopé Centre-Val-de-Loire rappelle que dans un réseau, chacun est à la fois récepteur et émetteur. Myriam Nejmi l'illustre très bien en expliquant que si elle va à une réunion ou un colloque, elle en fait une synthèse à son équipe, et pourquoi pas une animation comme certains logiciels du type Powtoon le permettent.

Poursuivant cette idée d'un partage nécessaire au sein des équipes, Julie Higounet de la mission laïque française nous explique le rôle des enseignants évolue. Ils doivent également devenir chercheurs et formateurs. Les 109 écoles du réseau MLF se répartissent dans 38 pays. Dans des environnements souvent non francophones, les professeurs sont amenés à inventer des solutions adaptées aux contextes, à tester et à expérimenter. Ils sont constamment en recherche. Mais ils doivent aussi partager, échanger avec leurs pairs, et se faire formateurs à l'occasion pour transmettre...

Pour cela, une plateforme numérique est nécessaire. Les réunions régulières sont exclues en raison de l'éloignement géographique. Ils peuvent produire des capsules vidéo pour faire partager leurs expériences et former leurs collègues. La plateforme en compte déjà 120, et l'objectif de 200 devrait être atteint au cours de l'année 2018.

Cette plateforme favorise également le travail sur des projets, et de façon plus informelle, des échanges sur les pratiques.

des exemples

Sans grande théorie ni conceptualisation, les intervenants de cette demi-journée ont fourni de nombreux repères pour une organisation apprenante. L'encadrement apporte une structure, il donne les impulsions, mais n'organise pas tout.

Il crée les conditions pour que les innovations puissent émerger, mais ne les porte pas. Un lien de confiance, de bienveillance rend possibles les actions collectives, où chacun se conçoit en « apprentissage » et développe une image positive de soi et des autres. Un échec est perçu comme une occasion d'avancer et de progresser. Il faudrait bien entendu ajouter, comme l'ont fait certains intervenants, des espaces et du temps dédiés pour travailler ensemble.

 

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