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Ateliers de conversation : action de première ligne en intégration sociale

Le film-documentaire humaniste

Par Sandrine Benard , le 16 avril 2018

On dit que le meilleur moyen de progresser rapidement en langues, c’est de pratiquer, pratiquer, pratiquer et pratiquer encore. Mais pas facile de le faire quand on est un nouveau venu et qu’on ne connait ni le pays, ni les gens, ni la langue, ni la culture. On a toujours peur du faux pas, qu’il soit d’origine linguistique, culturelle ou personnelle. On veut mieux s’intégrer, mais on ne sait pas comment faire...

C’est ici qu’interviennent des organismes tierces qui se proposent d’aider les nouveaux arrivants dans la pratique de la langue de leur nouveau pays d’accueil. Parmi ces interventions, on en retiendra plus particulièrement une, très populaire d’un bout à l’autre de la planète, quelle que soit la langue apprise : celle des ateliers de conversation. Oui, oui, il s’agit bien de ces petits moments qu’on partage avec de parfaits inconnus qui se retrouvent comme soi, seuls et perdus en terres inconnues, mais c’est avec ces inconnus justement qu’on apprend à discuter, à parler de soi, à découvrir, à nouer des relations et tout cela, dans la langue d’accueil.

Si les ateliers de conversation fleurissent un peu partout sur la planète, outre leur aspect pédagogique, c’est surtout pour leur important aspect social que les apprenants les utilisent de plus en plus, et un jour, c’est carrément un réalisateur qui a eu l’idée de se pencher sur un de ces ateliers en nous offrant ainsi un long-métrage intitulé « Atelier de conversation »… Présentation de ce film documentaire !

Le contexte

Bibliothèque publique d’informations du Centre Pompidou, Paris. Un vendredi soir comme un autre.

Regroupés dans une salle, des hommes d’affaires, des étudiants, des réfugiés, des migrants… tout ce petit monde (une quinzaine de participants) ne se connait pas, du moins pas encore. Leur point commun ? Ils sont étrangers, le français n’est pas leur langue.

Ils sont réunis ici dans le même but : participer à un atelier de conversation. Pendant une heure et quart, ils vont discuter ensemble, parler de sujets tant généraux que personnels. C’est une activité brise-glace, ils ne sont pas débutants, ils ont tous des bases en français et sont capables de débrouiller plus ou moins, ce ne sont pas des cours de langue, mais bien d’échanges et de pratique de la langue. C’est là que débarque un jour Bernhard Braunstein, autrichien exilé à Paris, qui, après deux ans de participation -et d’utilisation- de cet atelier de conversation, se décide à prendre sa caméra et à réaliser son premier film documentaire sur cette expérience qu’il vit, en compagnie de tant d’autres, en France.

La raison d’être

Pourquoi avoir décidé de filmer, et présenter ainsi au grand public, un « banal » atelier de conversation, comme il y en a des centaines en France, des milliers dans le monde ? Le réalisateur-participant le résume en deux adjectifs : « parce que c’est utile et positif ».

En effet, à une ère où tout va très vite et où l’individualisme bat son plein, le regroupement de plusieurs personnes issues de pays différents, avec des histoires différentes et des langues différentes se veut fédérateur. Ici, il n’y a plus de cadre d’entreprise, de réfugié ou d’étudiant : ici, il y a juste une personne qui vit en France et qui veut s’intégrer à son nouveau pays d’accueil et pour cela, elle doit améliorer sa pratique de la langue. Voici le premier choc (positif) : il n’y a plus de statut, plus de classe sociale.

Les sujets se suivent et s’enchainent, certains plus délicats que d’autres. Le téléspectateur suit, un à un, les différents participants, participe lui aussi à ce tour de table, sent les émotions de chacun, réagit aux opinions et se sent, comme eux, membre de cette société dans laquelle, finalement, il n’est pas tout à fait maître de son destin.

oici le deuxième point, toucher à la sensibilité du public en le projetant comme témoin mais aussi acteur : on partage la peine, on rit, on comprend l’autre. La barrière de la langue n’existe plus, on est un homme, une femme, avec ses sentiments, ses états d’âme, ses moments de joie et de tristesse, on veut vivre et c’est tout.

Finalement

Si ce film-documentaire, sorti en janvier 2018, a été réalisé en collaboration avec l’agence de promotion du FLE, c’est surtout pour l’originalité de son concept.

Authentique et unificateur, il suscite une réflexion sur l’intégration sociale et linguistique des étrangers dans leur pays d’accueil. Le réalisateur cherche à changer la perception de l’immigration en la présentant comme un acte de regroupement plutôt que de division.

Sa façon même de filmer, très personnelle et basée davantage sur la photographie que sur le film lui-même confère un aspect esthétique et une dimension poétique où les non-dits sont encore plus lourds de sens que les moments de paroles. Au bout de ces 72 minutes de pur humanisme, on ressort avec un sentiment de bien-être et une impression d’unité.

Liberté, égalité, fraternité, les valeurs de la France sembleraient se profiler…

Sources et illustrations

Le dossier de presse : https://www.fle.fr/IMG/pdf/atelierdeconversation-dossier.pdf

ASC Distribution : http://ascdistribution.com

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