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Une mobilité intergénérationnelle qui stagne (Rapport)

Un rapport de la Banque mondiale sur l'amplitude de la mobilité sociale dans le monde

Par Federica Minichiello , le 17 juin 2018 | Dernière mise à jour de l'article le 19 juin 2018

Le dernier rapport de la Banque mondiale « Progrès satisfaisants ? La mobilité économique d’une génération à l’autre à travers le monde » fait état de l’amplitude de la mobilité sociale dans le monde et de son évolution.

La cible étudiée est la génération des années 80 ( personnes étant nées entre 1980 et 1989) ; les données proviennent d’une base dédiée et à la couverture impressionnante : 148 pays, 96 % de la population mondiale ! - et sont croisées avec des études sur la mobilité intergénérationnelle, réalisées dans environ 75 pays.

Un regard géographique très étendu sur une problématique résolumment mondiale.

Les concepts

Le concept de mobilité réunit fondamentalement deux facettes complémentaires :

  1. La mobilité absolue, qui indique « l’amplitude de l’élévation du niveau de vie des enfants par rapport à celui de leurs parents » : on peut en faire une lecture purement économique, comme l’accroissement des revenus ou une plus grande « prospérité », y introduire un regard plus éducatif : l’augmentation du nombre d’années d’études, ou s’appuyer sur des critères plus arbitraires : « vivre mieux » que ses parents.

    En l’absence d’une mobilité absolue, le niveau de vie ne s’élève pas, ce qui peut susciter des tensions sociales importantes.
     
  2. La mobilité relative indique « le degré d’indépendance de la situation d’un individu, sur l’échelle économique, par rapport à ses parents » : c’est une mesure de l’influence du contexte de naissance, le niveau d’instruction et le revenu des parents, l’origine raciale, le sexe, le lieu de naissance etc.

    Des facteurs à la naissance qui ne devraient pas affecter les perspectives d’un individu, mais qui peuvent perpétuer des inégalités d’une génération à l’autre.  

La situation mondiale

Sans surprise, le rapport constate un écart important entre pays à hauts revenus et pays en développement, avec une certaine stagnation de la mobilité absolue entre les années 60-80.

« Les fils et les filles ont en moyenne suivi une scolarité plus longue que leurs parents presque partout. Mais le monde en développement d’aujourd’hui en est à peu près au stade qu’avait atteint le monde à revenu élevé il y a 40 ans ».

Toutefois, la situation globale cache des disparités importantes selon les régions du monde :

« 12 % des personnes nées dans les années 1980 en République centrafricaine, en Guinée et au Soudan du Sud ont atteint un niveau d’éducation supérieur à celui de leurs parents, contre 89 % en Corée du Sud et 85 % en Thaïlande ».  

Avec un taux de scolarisation dans le primaire qui se rapproche de 100%, on devrait cependant constater des nettes améliorations dès la génération « années 90 » - on estime que l’Asie du Sud pourrait avoir atteint la moyenne des économies en développement – pendant que le curseur se déplace progressivement sur l’accessibilité et l’amélioration de l’enseignement secondaire, priorité éducative actuelle du développement mondial.

Les théories économiques ont identifié plusieurs corrélations, entre niveau d’éducation et revenus, entre mobilité absolue et relative, mais la réalité terrain met à l’épreuve ces convictions, en raison des faiblesses du marché de travail et de l’incidence des parents sur les opportunités économiques de leur progéniture. Le degré d’influence parentale serait d'ailleurs prépondérant, entre 2 et 3 fois supérieur à celui des grand-parents !

Les leviers d'action

L’enjeu au niveau mondial est d’agir au plus tôt de la vie d’un enfant : par une alimentation adaptée et des soins maternels et de la petite enfance, par un système éducatif accessible, par une meilleure organisation du marché de l’emploi et de la distribution de la propriété.  

Les programmes de la petite enfance semblent un élément clé de politique de mobilité sociale, même si la majorité des études d’impact disponibles concernent des pays à revenu élevé ; parmi quelques exemples, le Head Start Program aux Etats-Unis, « l’un des plus anciens et plus importants programmes préscolaires au monde » ou une réforme en Norvège dans les années 70, élargissant la couverture des garderies d’enfants âgés de 3 à 6 ans à presque un tiers de la population. Des programmes à large échelle qui auraient fait leurs preuves, en termes d’efficacité sur le long-terme, notamment en termes de développement non cognitif de l’enfant.
Par ailleurs, d’autres études indiqueraient que toutes les réformes qui limitent (ou retardent) l’orientation des élèves favorisent la mobilité intergénérationnelle.

Si le regard de ce rapport est volontairement mondial et s’inscrit de facto dans une logique « pays en développement / pays développés », les problématiques de mobilité touchent nombreuses sociétés développées, comme l’indique une publication récente de l’OCDE dont est extrait le graphique ci-dessous

… Des pays où la question « vivre mieux que ses parents » outrepasse des critères quantitatifs comme les revenus ou les années d’études (avec un effet "plafond")  et ouvre matière à réflexion sur l'évolution des valeurs et des attentes, dans un monde qui change.

Références

Banque mondiale. "Fair Progress? Economic Mobility Across Generations Around the World" (2018). http://www.banquemondiale.org/fr/topic/poverty/publication/fair-progress-economic-mobility-across-generations-around-the-world (abrégé en français, version complète en anglais)
 
OCDE. "L’ascenseur social en panne ? Comment promouvoir la mobilité sociale. Où en est la France ?" (2018) http://www.oecd.org/fr/france/social-mobility-2018-FRA-FR.pdf

(Dernière consultation : juin 2018)

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