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L'aventure déconnection

Se déconnecter des réseaux sociaux pour vivre pleinement l’instant présent ?

Par Christian Élongué , le 08 juillet 2018 | Dernière mise à jour de l'article le 10 juillet 2018

Présent mais ailleurs

Décider de ne plus utiliser les réseaux sociaux, internet ou son téléphone portable peut avoir des conséquences sur la vie sociale et professionnelle. En effet, il devient rare de communiquer ou de donner des nouvelles sans utiliser les réseaux sociaux ou Internet. En se déconnectant, il est difficile d’être informé et rares sont les opportunités qui ne requièrent pas l’utilisation de courriels ou d’informations disponibles uniquement en ligne.

Vu sous cet angle, on est tenté à penser que cela semble impossible : se déconnecter serait synonyme d’isolement. Mais c’est oublier que les réseaux sociaux isolent souvent autant qu’ils rassemblent ; les gens deviennent de plus en plus asociaux, déconnectés de l’instant présent et moins porté vers de véritables relations sociales, humaines et humanisantes. 81 % des Français avouent utiliser leur smartphone pendant un repas de famille ou un café entre amis.

La frontière entre vie privée et vie professionnelle est devenue plus floue voire poreuse : en laissant allumé son portable ou en consultant ses courriels à distance, un professionnel ou un salarié risque travailler le week­end ou durant ses vacances. 65% des personnes publient jusqu'à trois fois par jour pendant leurs vacances des photos ou des statuts sur les médias sociaux et 42% préfèrent d'abord partager ces moments sur internet qu'avec leur conjoint, selon une enquête menée par la marque de préservatifs Durex.

Il est de plus en plus courant de voir des personnes présentes dans le même espace mais préférant « whastapper » au lieu de dialoguer. L’envie de se connecter à Facebook est même devenue largement plus forte que l’envie de faire l’amour ou de fumer, explique Wilhem Hofmann, chercheur de l’Université de Chicago, dans le Los Angeles Times. Dans une autre enquête d'opinion américaine, une majorité de participants affirmaient préférer ne pas faire l'amour pendant trois mois plutôt que de ne pas utiliser leur smartphone pendant une semaine.

Une exitation continue et renforcée

Au-delà de ces effets sur la vie sociale, les réseaux sociaux affectent également notre santé[1]. Ceux qui consultent régulièrement internet ont une plus grande probabilité d’être malade ou de développer des troubles alimentaires comme la boulimie ou l’anorexie[2] selon une étude réalisée par l’Université d’Exeter en Angleterre.

Le stress immunitaire généré par les périodes de connexion et de déconnexion fait varier le taux de cortisol, une hormone qui lutte contre les infections. L’addiction aux réseaux sociaux tard la nuit affecte la qualité du sommeil en retardant la mise en place d’un environnement calme, propice à l’endormissement. Or le sommeil est capital pour l’épanouissement de l’humain

Les effets des réseaux sociaux sur la santé sont légion, de nouvelles pathologies se développent, au gré des usages et de l'évolution des pratiques technologique. Se connecter, c’est donc accepter s’exposer dans une mesure ou une autre, à ces fléaux. Se déconnecter, c’est également accepter de s’en priver, de s’en passer, afin de pouvoir jouir de l’instant présent, de vivre plus pleinement ou d’être plus productif. La vie est parfois plus belle au ralenti.

Un pari audacieux mais astucieux et judicieux pour vivre pleinement.

Ce saut périlleux vers une vie « déconnectée » a été pris par quelques personnes sur des périodes variant de quelques jour à quelques années. Certains, comme le professeur américain d’informatique, Cal Newport, n’ont même jamais possédé de profil sur les réseaux sociaux. À travers son expérience personnelle, il nous invite dans cette vidéo TED, à quitter les réseaux sociaux afin d’être plus productif et épanoui qu’on ne l’aurait imaginé. Son bestseller, « Deep Work », présente des techniques pour atteindre un degré de concentration maximal en s’abstenant des réseaux sociaux.

L’inventrice canadienne Ann Makosinski, quant à elle, bien qu’étant présente sur les réseaux sociaux, n’utilise point de smartphone. Un acte qui semble impossible surtout lorsqu’on apprend qu’elle est une «digital native» de 18 ans. Elle partage son expérience et motivation dans cette vidéo.

Enfin, Lior Frenkel, fondateur de Undigitize.me, une entreprise qui travaille sur l’addiction aux smartphones, recommande de revoir nos pratiques et usages sur les réseaux sociaux afin d’éviter le piège de l’intoxication ou d’être des «zombies numériques».

Ces quelques exemples n’ont qu’une finalité : montrer qu’il est possible de se déconnecter et vivre sans les réseaux sociaux. Certes, c’est difficile mais pas impossible. On ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs. Il suffit de vouloir pour pouvoir mais aussi de savoir pourquoi.

Les bienfaits d’une vie déconnectée.

Dans cette intéressante étude[3], Panayiota Tsatsou, essaie de comprendre pourquoi certains usagers grecs n’adoptent pas l’internet dans leur vie quotidienne et développent une culture de la résistance à l’égard de l’usage des réseaux sociaux. Le souci d’amélioration des rapports humains, comme la raison de l’absence d’usage, prédominent dans le discours des non-usagers. Antonia, une des interrogées, âgée de 33 ans, déclare qu’elle « préfère passer [son] temps libre avec sa famille ».

En effet, se déconnecter des réseaux sociaux nous permet de mieux apprécier l’instant présent, d’avoir du temps pour se consacrer entièrement à des activités sociales, familiales ou ludique comme le tourisme, ou visiter des centres d'activités. Durant les vacances, voyager en étant déconnecté permet de vivre une expérience sensorielle plus importante, d’être plus attentif à son environnement, aux échanges face-à-face, en dehors de toute perturbation numérique.

Se déconnecter peut-être une opportunité de s’adonner à la méditation, cette quête vers l’équilibre et la paix intérieure. « Faire le vide dans sa tête pour revenir physiquement et émotionnellement dans l’instant va à l’encontre de ce qui est valorisé dans notre culture : performance, productivité, compétition… », explique[4] le psychothérapeute Frédéric Fanget.

Dans le cadre professionnel, se déconnecter partiellement des nouvelles technologies équivaut à « reprendre souffle et distance » pour ne pas se laisser envahir par un trop-plein d’information, échapper à l’urgence, à la pression managériale, explique Francis Jauréguiberry. Pour ce sociologue, se déconnecter permet d’ « éviter de rentrer dans la zone rouge du burn out et de subir des situations de surcharge informationnelle insupportables. »

Et si jamais vous pensez toujours que les réseaux sociaux sont incontournables, vous devez savoir que certains dirigeants de Google, Yahoo!, Apple ou encore eBay mettent leurs enfants à l’écart des nouvelles technologies, en les envoyant dans des écoles sans ordinateurs et tablettes. Celles-ci nuiraient à la créativité et à la concentration…Sans pour autant être technophobe, les plaisirs du vivre ensemble valent bien de s'éviter les problèmes liés à l’usage excessif des réseaux sociaux.

Références

[1] « Addiction aux réseaux sociaux : les effets sur notre santé - Top Santé », consulté le 9 juillet 2018,
https://www.topsante.com/medecine/addictions/ecrans/reseaux-sociaux-sante-613155.
 

[2] L'anorexie touche en majeure partie des jeunes filles de 14 à 17 ans. Ce trouble du comportement entraîne une privation alimentaire stricte et volontaire pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. En France 230 000 femmes seraient concernées.
 

[3] Panayiota Tsatsou, « Pourquoi certains n’adoptent-ils pas l’internet ? L’influence de la vie quotidienne et de la culture de résistance en Grèce », Questions de communication, no 18 (1 décembre 2010): 63‑88,
https://doi.org/10.4000/questionsdecommunication.412.
 

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