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Voir le monde comme un enfant et demeurer compétitif sur le marché de l’emploi.

Comment le fait de voir le monde comme un enfant permet de stimuler l’imagination et la créativité ?

Par Christian Élongué , le 16 juin 2019 | Dernière mise à jour de l'article le 18 juin 2019

La créativité, cette capacité à réaliser une production qui soit à la fois nouvelle et adaptée, est une faculté universelle qui n’est point l’apanage des artistes. C’est même devenu une denrée rare puisque de nombreuses études révèlent que les jeunes d’aujourd’hui sont moins créatifs que ceux des années 80-90. D’autres par contre indique que le système éducatif formel étouffe considérablement les facultés créatives des enfants.

Au regard de l’importance avérée de la créativité dans la performance professionnelle, quasiment toutes les entreprises cherchent à recruter des personnes créatives, capables d’innover et de contribuer à l’évolution de leur champ d’expertise. Et d’après Harvard Business Review, le futur du travail repose essentiellement sur les compétences en créativité, imagination et stratégie. Il s’agit de facultés inhérentes à la personne humaine qui ne peuvent être transférée à la machine, ni automatisées. Il s’agira donc d’un critère différenciateur et décisif sur le marché du travail dans les prochaines années. Car chaque lieu de travail, chaque profession repose en bonne partie sur la créativité, la résolution de problèmes et l'exploration d'idées.

Comme toute faculté, le niveau de créativité varie d’un individu à un autre, mais elle apparait toujours dès l’enfance avec un niveau assez élevé mais qui décroit statistiquement avec l'âge[1].  Un sondage récent mené au Canada par Crop montre que la palme des gens plus créatifs reviendrait aux moins de 35 ans selon les données, soit 35% pour les 18-24 ans et 28% pour les 25-34 ans. Les chiffres diminuent ensuite par tranche de 10 ans jusqu’à atteindre seulement 15% à 65 ans et plus[2].

Les enfants sont reconnus comme étant plus créatifs[3] et débordant d’imagination. Peu importe, les situations dans lesquelles ils se retrouvent, leur insouciance, leur naïveté et absence de crainte de l’échec, leur amène à trouver des solutions créatives à leurs problèmes quotidiens. Ils inventent des histoires de toutes pièces et leur donnent vie à l’aide d’accessoires qui se transforment en téléphone ou en monstre par la grâce de l’imagination.

Dans l’imaginaire et le vocabulaire d’un enfant, impossible n’existe pas.

Or l’imaginaire d’un adulte est très souvent limité par les barrières du raisonnement et de la peur de l’échec. Les adultes sont devenus trop rationnels, bardés d’idées reçues et de préjugés. Ils n’osent plus faire autrement ou différemment, trop soucieux du jugement des autres et des codes à respecter. 

À force de vouloir rentrer dans un moule pour appartenir au groupe et sans s’exercer, on finit par réprimer et limiter le potentiel créatif. Au-delà des multiples techniques existantes pour stimuler et développer le potentiel créatif des adultes, nous pensons qu’une astuce simple serait d’apprendre à penser et agir comme un enfant. Cette étude[4] prouve que selon leur degré d’imagination, leur capacité à raconter une histoire et à exprimer leurs émotions, les enfants sont plus doués pour la pensée critique et créative. Pablo Picasso déclarait : "Chaque enfant est un artiste. Le problème est de savoir comment demeurer un artiste une fois qu'on aura grandi."

Alors comment être aussi créatif qu’un enfant ? Est-il possible pour un adulte d’être plus créatif qu’un enfant ? Comment ?

JOUER !

LA réponse est toute simple et pourtant fondamentale. Pour stimuler la créativité, il faut développer l'inclination enfantine pour le jeu, nous conseille Einstein. Les enfants passent jusqu'aux deux tiers de leur temps dans des jeux imaginatifs, selon Stephanie Carlson, spécialiste du développement du cerveau chez les enfants à l'Université du Minnesota. C’est dans ses jeux que l’enfant est le plus créatif. Il crée pour le simple plaisir de créer, sans quête de résultat particulier, sans pression de réussir[5], de mieux faire que les autres. Il fait, c’est tout, comme il en a envie. C’est par le jeu qu’il apprend, qu’il tisse des liens et se construit.

Le jeu est une évasion dans un monde fictif, qui stimule la curiosité, la découverte et la prise de risque. De ce fait, mettons-nous dans la tête d’un enfant quand on aborde une situation nouvelle : dans quel état d’esprit serait-il ? Qu’est-ce que ça ferait de ne pas avoir d’idées préconçues, de préjugés, et de simplement suivre son instinct et son envie ? Tout comme les enfants, les adultes pourraient donc réapprendre à lâcher prise pour rouvrir les vannes de l’imagination, à se libérer des barrières, à se détacher du jugement des autres, à renouveler son regard sur le monde, à s’émerveiller de tout, à s’interroger sur la façon dont il fonctionne et à remettre en question l’ordre établi.

Apprendre à perdre le contrôle et à « faire semblant »

Les personnes très créatives sont moins disciplinées (plus enfantines), et les personnes très disciplinées sont moins créatives. Les créatifs sont souvent spontanés, indisciplinés et des rêvasseurs. En outre, il a été démontré que « faire semblant » aide à trouver d'autres façons d'être -, de voir  et résoudre un problème. Par exemple, si vous prétendez qu'une cuillère est une voiture, vous devez vous rappeler que la cuillère est une voiture et résister à l'envie de la mettre dans votre bouche.

Une expérience intéressante (en anglais) mérite d’être mentionnée. Darya Zabelina et Michael Robinson de la North Dakota State University ont donné la même instruction à deux groupes d'étudiants adultes diplômés, à une différence près. Les deux groupes ont été informés : "L'école est fermée car c’est un jour férié. Tu as toute la journée pour toi. Qu'est-ce que tu ferais ? Où irais-tu ?"   

Cependant, pour un groupe, l'instruction a été précédée par "Vous avez 7 ans". Les deux groupes ont eu 10 minutes pour écrire leurs réponses, et les deux ont ensuite passé plusieurs tests de créativité. Les personnes qui étaient "prêtes" à faire semblant d'avoir 7 ans ont montré des niveaux d'originalité et de créativité nettement plus élevés.

En définitive, la créativité est une caractéristique que de nombreux employeurs recherchent. Ils veulent des penseurs créatifs, des challengers et des preneurs de risques dans leur équipe. C’est pourquoi le World Economic Forum la place au cœur des 4 compétences-clés de notre époque ; ou le Saint Graal du XXIe siècle, comme le disait Socialter.

Même si la créativité est l’apanage principal des plus jeunes, nous sommes cependant tous responsables de la nourrir et ce gratuitement, sans exigences précises. Il suffit d’observer le monde à travers le regard d’un enfant, de sortir de la routine pour aller à la rencontre de nouvelles personnes, paysages, et cultures. C’est comme ça qu’on pourra demeurer compétitif sur le marché de l’emploi en proposant des idées et des solutions originales.

 

[1] Toutefois, il existe des contre-exemples. On n’a qu’à penser à la vie de Steve Jobs, de Pablo Picasso et d'Andy Warhol, qui ont tous les trois atteint des sommets créatifs plus élevés après leurs 35 ans.
 

[2] L’école est un autre facteur qui affecte ou étouffe la créativité des enfants. À cinq ans, l'on aurait 80% de notre potentiel créatif tandis que celui-ci passerait à 2% à 12 ans, la période qui marque l’entrée à l’école où on conditionne l’enfant à être efficace et fonctionnel plutôt que créatif. Une autre étude portant sur 350 enfants a montré que leur tendance naturelle à rêvasser et à s'émerveiller diminue fortement selon leur évolution dans le système éducatif.
 

[3] A ce propos, Sir Ken Robinson, promoteur de la créativité dans l'éducation, parle de la nécessité pour tous les enfants d'avoir un exutoire créatif. Il estime que la créativité est aussi importante que l'alphabétisation et que nous devrions la traiter avec la même importance.
 

[4] « Comment stimuler la créativité de vos enfants », consulté le 06 juillet 2018.
https://theconversation.com/comment-stimuler-la-creativite-de-vos-enfants-64277
 

[5] De plus en plus d'enfants sont éduqués sans prendre de risques et ils deviennent engourdis à essayer et à échouer avant de réussir. Nous devons leur apprendre à se préparer à se tromper et à être originaux. Le monde devient de plus en plus dynamique et la capacité d'adaptation est aujourd'hui un bien précieux.

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