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Et si vous mettiez un noyau «temps réel» dans votre agenda ?

Analyser son organisation personnelle et sa gestion du temps en s'appuyant sur les mécanismes des noyaux «temps réel»

Par Jacques Dubois , le 17 septembre 2018

Dans le monde de l’informatique, la notion de temps réel n’est pas forcément liée à la notion d’immédiateté. En effet, un noyau «temps réel» a pour fonction de base stricte de pouvoir garantir les temps d’exécution des tâches.

L’aspect décalé de ce point de vue peut être intéressant pour analyser nos pratiques quotidienne et revoir notre organisation, par exemple pour trouver du temps pour se former. Voyons quelques stratégies pour retrouver le temps de se former dans son activité professionnelle ...

La gestion des priorités

Cette notion de temps d’exécution de tâches garanti est très en phase avec notre quotidien professionnel où nous sommes continuellement sollicités sur différents dossiers en urgence. Comment relativiser l’urgence de chaque activité ou dossier au regard de son importance ? La matrice Eisenhower est un outil simple pour définir les premiers niveaux de priorité et la façon de gérer les différentes sollicitations auxquelles nous sommes soumis.

Cet outil est très efficace pour tailler «à la hache» et faire le tri dans nos priorités. Cependant, il reste le risque que certaines tâches se trouvent bloquées dans la case «planifier» et ne deviennent jamais urgentes. Je pense en particulier à tout ce qui touche à la formation et au développement professionnel. Comment faire en sorte de rendre ces temps prioritaires ?

On peut reprendre les mécanismes des noyaux temps réels qui font évoluer les priorités des tâches au fil du temps. Ainsi, on peut se bloquer un créneau hebdomadaire pour «apprendre’» avec une priorité relativement faible. Le choix du jour et de l’heure de cette activité est important. J’ai personnellement choisi le vendredi, de 16h à 18h : c’est un temps où il y a moins de risque de réunion dans mon institution. Cependant, il est quand même fort probable que ce temps d’apprentissage entre en conflit avec des dossiers urgents et importants et que je sois obligé de le sacrifier sur l’autel du «C’est pour tout de suite»…

Qu’à cela ne tienne, je vais le décaler dans la semaine (si je peux) ou le reporter à la semaine prochaine mais avec une priorité beaucoup plus forte. De proche en proche, je suis assuré de ne pas me libérer tous les créneaux d’apprentissage mais j’ai, par contre, de grandes chances de m’en libérer un ou deux par mois : ça n’est pas beaucoup, mais c’est déjà ça !

Le changement de contexte

Si les noyaux temps réels modernes peuvent commuter d’une tâche à l’autre instantanément (en 0 cycle d’horloge), il en va différemment de notre attention et notre concentration : la moindre distraction se paye très cher en temps pour se focaliser à nouveau sur le dossier.

Ayant conscience de ce coût en attention, il peut être intéressant d’exploiter certains changements de contextes «subis». Par exemple, les temps de transport en commun peuvent être utilisés pour faire le point sur sa veille. Ainsi, je profite de nombreux trajets pour voir ce qui se dit sur les réseaux sociaux, lire un ou deux articles ou visionner une vidéo dont le titre m’interpelle. Ces temps me permettent de me nourrir de ce que produit et/ou partage ma communauté.

Le travail en multi-contexte

Cette dernière solution dépasse le fonctionnement des noyaux temps réels mais paraît particulièrement intéressante. Elle s’appuie sur la démarche du «Working out loud’» que l’on peut traduire par travailler à haute voix et propose de raconter son travail à sa communauté. Cette démarche permet simultanément de faire avancer son travail, d’entretenir des liens avec sa communauté et de formaiser ses conceptions et apprentissages.

Dans l’article « Travailler à haute voix sur Twitter : raconter son travail pour l’organiser ? » C. Bonneau et V. Sergi ont analysé les traces de personnes qui racontent ainsi leur travail. Elles ont ainsi catégorisé les écrits en 6 formes de contributions qui sont toutes enrichissantes pour leur auteur ou sa communauté. Passons en revue ces différentes modalités d’exposition de son travail :

  1. Exposer son travail en publiant une version préliminaire, des notes, un croquis ou en relatant une difficulté rencontrée permet de capitaliser et diffuser des traces du processus ;
  2. Contextualiser son travail en partageant sa position ou son cadre de travail renforce les liens entre personnes et facilite les interactions en cas de besoin ;
  3. Documenter son travail aide à s’organiser et planifier les actions à venir ;
  4. Enseigner, en partageant les leçons apprises ou un exemple qui nous semble parlant, transforme l’expérience en connaissance réutilisable ;
  5. Partager ses émotions permet de se créer un espace cathartique ;
  6. Poser un regard réflexif offre la possibilité de conscientiser et analyser une situation ou un conflit interne. Cela facilite la mise en perspective.

Une telle mise en visibilité de son travail s’avère «organisante» et donne du sens au travail. Elle développe le pouvoir d’agir de l’auteur en rendant le travail réellement apprenant. Cette démarche donne donc à la fois l’occasion de faire avancer son travail de façon structurée, de se former et de renforcer les liens avec sa communauté, en temps presque masqué.

Maintenant, libre à vous d'adapter la démarche, de mobiliser les formes d'exposition de votre travail qui vous conviennent le plus pour commencer; la plus value proposée mérite d'essayer.

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