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La classe inversée 4.0 - Partie 1 : Est-ce un phénomène de mode ?

Le temps du cours magistral fait place aux classes inversées

Par Virginie Guignard Legros , le 12 novembre 2018 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2018

Image Pixabay

Depuis quelques années, on voit fleurir le concept de la classe inversée, promue en France, entre autres, par Marcel Lebrun, professeur en sciences de l'éducation et conseiller au Louvain Learning Lab de l'Université catholique de Louvain.

Pour ma part c’est sur le MOOC connectiviste ITyPA vers 2013/14 que j’ai découvert cette nouvelle forme d’apprentissage. C’était dans la très longue vidéo (plus d’une heure) qui était une captation d'une intervention universitaire de M. Lebrun, que j’avais regardé à l’époque avec beaucoup d’intérêt. D'ailleurs ITypa était en quelque sorte une forme de classe inversée, puisque le contenu des savoirs était en grande partie créé par les apprenants.

Qu’est-ce qu’une classe inversée ?

En 2015,  on pouvait lire dans Thot Cursus la définition suivante :

«Méthode pédagogique qui se décline autour d’activités d’apprentissage réalisées en groupe et en classe favorisant la co-construction (ou co-élaboration) des apprentissages entre pairs et qui s’appuie sur l’acquisition individuelle des connaissances de cours grâce aux TICE (Technologies de l’Information et de la Communication)».

Source : La classe inversée. Episode 1 – pourquoi faut-il s’y intéresser ?
par Elodie Lestonat - 2015 - Thot Cursus - https://cursus.edu/articles/33676

En 2018, ce n’est plus une méthode parmis d’autres, mais une configuration pédagogique qui remet en question les cours magistraux. Il n’y a plus de différences pour beaucoup d’étudiants d’université entre se retrouver dans un amphithéâtre équipé d'un écran ou un professeur inaccessible et entre apprendre à la maison devant son écran individuel. La différence majeure est le choix des horaires d’apprentissages. D’un côté, l’étudiant est prisonnier d’un espace temporel et géographique, de l’autre, il peut moduler son temps et sa localisation à loisir.

Cette configuration pédagogique remet radicalement en question la posture professorale traditionnelle. Là, où hier le professeur dispensait le savoir, aujourd’hui, il perd de son pouvoir d’action, car l’étudiant peut lui tenir un discours contradictoire, voir décrédibiliser son professeur en s’informant à la source d’internet. Avec la classe inversée, le professeur ne sera plus maître du savoir, mais accompagnant de l’étudiant dans le savoir et en particulier le savoir appliqué. L’étudiant apprend à la maison ou à l'extérieur de la classe et va pratiquer à l’école.

“La transmission du savoir ne peut se satisfaire du seul enseignement traditionnel de masse mais évolue vers un mode hybride qui permet une assimilation des savoirs grâce aux interactions entre pairs et avec l’enseignant. L’assimilation s’opère davantage lorsque la transmission se fait en petits groupes”.

Source : La classe inversée. Episode 2 -
La réorganisation de l’espace temps et le positionnement de l’enseignant
par Elodie Lestonat - 2015 - Thot Cursus -
https://cursus.edu/articles/33676

En 2015, Elodie Lestonat nous parle d’un mode hybride, mais en 2018, on voit apparaître des classes dont la pédagogie est strictement inversée. Il y a l’exemple précurseur depuis plusieures années du MOOC GdP de Rémi Bachelet qui a déployé sa formation en ligne dans des structures pédagogiques universitaires ou de hautes écoles à travers la France et l’Afrique. Le professeur dispose d’une formation clef en main des savoirs théoriques dans laquelle il n’intervient pas.

Et, il va accompagner des classes appliquées sur les thématiques enseignées par le cours formaté de Rémi Bachelet. Le métier de l’enseignant évolue vers celui de diffuseur de contenus. Un cours standardisé est diffusé à plusieurs classes et qui a des applications créées pour plusieurs professeurs en même temps. Dans des pays où les professeurs se font rares, c’est une bénédiction pour beaucoup d’étudiants qui n’avaient pas accès logistiquement à la formation.

Qu’est-ce qui caractérise une classe inversée ?

“La classe inversée (ou « renversée », en anglais : « flipped classroom ») est une approche pédagogique qui inverse la nature des activités d'apprentissage en classe et à la maison, ce qui amène une modification des rôles traditionnels d'apprentissage.

Autrement dit, les élèves doivent impérativement étudier leurs cours chez eux, pour que les activités en classe deviennent plus concrètes pour eux. Durant les heures d' « apprentissages », ces derniers feront des exercices d’applications et de découvertes. Ce n'est plus l'enseignant qui apporte des connaissances d’un nouveau chapitre, mais il aidera l’élève pour la compréhension des notions importantes et aura plus de temps pour suivre l’élève au cas par cas. L'enseignant jouera donc le rôle de guide dans les apprentissages de l'élève”.

Source : Wikipedia - https://fr.wikipedia.org

On sort de l’école théoricienne pour aller vers l’école appliquée. Le numérique n’en est qu’un facilitateur, mais n’en est pas le point fondamental comme on l’a souvent lu ces dernières années. De la même façon que c’est le chauffeur qui conduit la voiture et non l’essence, c’est le professeur qui accompagne les élèves dans une classe inversée et non le numérique. Le numérique est un médium, un carburant nécessaire, mais il ne doit pas être assimilé à la configuration pédagogique elle-même.

On sort aussi du schéma enseignant/enseignés. En 2014, Richard Elmore en parlait déjà dans ses 4 classifications de typologies de management des classes.

Avec en première ligne, la classe traditionnelle compétitive de typologie hiérarchique qui glisse vers une seconde axée sur plus de collectivité.

Et, en deuxième ligne, la classe décentralisée, axée sur l’étudiant individuel avec le support de la technologie numérique qui glisse elle aussi vers une configuration collective où les apprentissages sont aussi itératifs et enrichis par le groupe d’apprenants lui-même.


 

Source : Le don et le contre don : mouvement de civilisation au Japon, façon de vivre, façon d'enseigner
par Virginie Guignard Legros - 2017 -
https://cursus.edu/articles/37345

 

Le monde est en train de se diviser avec d’un côté les classes traditionnelles de typologies hiérarchiques et de l’autre les classes décentralisées où le professeur n’est plus le centre unique de l’attention et de l’information. C’est le même processus que l’on peut suivre avec le management des organisations qui a déjà pris ce virage il y a quelques années avec l’apparition de nouvelles typologies d’organisations comme celle de l’Holacratie.

“L'holacratie (holacracy en anglais) est un système d'organisation de la gouvernance, fondé sur la mise en œuvre formalisée de l’intelligence collective. Opérationnellement, elle permet de disséminer les mécanismes de prise de décision au travers d'une organisation fractale d'équipes auto-organisées. Elle se distingue donc nettement des modèles pyramidaux top-down1. L'holacratie a été adoptée par plusieurs organisations (aux États-Unis, en France, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Nouvelle-Zélande)”.

Source : définition Wikipédia Holacratie
https://fr.wikipedia.org/wiki/Holacratie

Ce que ce n'est pas, ce que c'est... mise au point

Si le texte suivant commence par parler de ce qui n’est pas, avant ce qui est, c’est qu’il y a des légendes urbaines qui voyagent autour de ces nouvelles postures éducatives. Il est important de communiquer sur ce qui est et de balayer ce qui n’est pas. Les outils numériques ont facilité leur apparition. Ce qui n’était pas possible hier, l’est aujourd’hui. Mais, ce n’est pas la technique qui fait le contenu d’un cours. Le professeur est toujours essentiel, ainsi que son empathie et la qualité de son enseignement.

“La classe inversée n’est pas

  • Un synonyme de vidéos en ligne
  • Remplacer l’enseignant par des vidéos
  • Un cours en ligne
  • Des étudiants travaillant sans structure
  • Des étudiants passant toute la classe à regarder des écrans
  • Des étudiants travaillant seuls

La classe inversée est

  • Un moyen pour augmenter les interactions en classe et du contact personnalisé entre étudiants et enseignants
  • Une approche qui pousse l’étudiant à se responsabiliser vis-à-vis de ses apprentissages
  • Une classe où l’enseignant accompagne les apprentissages plus qu’il ne les transmet
  • Un enseignement où les étudiants absents pour de justes motifs, ne sont pas en rade
  • Un environnement où tous les contenus sont archivés et consultables à tout moment
  • Une classe où les étudiants sont engagés dans leurs apprentissages
  • Un lieu où chaque étudiant peut obtenir de l’aide ciblée et personnalisée”

Source : La classe inversée : mode d’emploi - Université de Genève - 2018 http://www.unige.ch

Un peu d'histoire

“Bien que l’on puisse remonter au début du 20ème siècle et faire le lien avec les théories d’apprentissage constructivistes et socio-constructivistes utilisant les travaux de Piaget (1967) et de Vygotsky (1985), on peut accorder l’émergence d’une réflexion sur la classe inversée à deux enseignants du Colorado, Aaron Sams et Jonathan Bergmann qui en 2007, qui se sont interrogés devant l’absentéisme accru de leurs élèves.

Afin de ne pas pénaliser leurs apprentissages en raison de leurs absences, ces deux enseignants de physique expérimentent la mise à disposition de leurs cours sous la forme d’enregistrements. Le succès dépasse leur cible initiale puisque ce sont les élèves studieux de la classe ainsi que ceux d’autres classes qui s’y intéressent aussi.

Le concept de classe inversée dépasse alors largement ces enseignants puisque qu’un réseau de réflexion et des forums d’échange entre enseignants qui expérimentent de nouvelles modalités d’enseignement calqués sur ce concept se multiplient”.

CF : La classe inversée. Episode 1 – pourquoi faut-il s’y intéresser ?

Là, où l’outils numérique était au coeur du processus, il en est devenu rapidement une branche, voir un moyen.

“Même si le phénomène des classes inversées est relativement récent, on peut tracer un continuum entre des pratiques plutôt « centrées sur l’enseignant » (des cours virtualisés par le truchement de vidéos) et d’autres davantage « centrés sur l’apprenant ». On trouve ainsi aux extrémités de ce continuum l’usage de la vidéo, un média emblématique mais non rédhibitoire, à regarder avant la classe pour pouvoir consacrer plus de temps et développer davantage d’activités et d’interactivités pendant celle-ci (la classe inversée proprement dite)...

On trouve également, à l’autre bout de ce continuum, des dispositifs construits par les élèves eux-mêmes dans lesquels ils deviennent à la fois « didacticiens » des savoirs récoltés sur Internet et ingénieurs pédagogiques des interactivités qu’ils ont préparées à l’intention de leurs collègues, une pratique appelée « classes renversées » par notre collègue Jean-Charles Cailliez.”

Source : Classes inversées, retour sur un phénomène précurseur (1)
par Marcel Lebrun - 2016 -
https://theconversation.com/classes-inversees-retour-sur-un-phenomene-precurseur-1-66062

Le changement du paradigme de l’enseignement en 3 phases.

La première, la situation d’avant, celle qui est restée statique depuis des décennies du professeur centre de l’enseignement, puis avec les TICs, des tests, des prémices, des expérimentations, de nouvelles méthodes ont été déployées plus ou moins timidement, pour arriver dans une troisième phase plus construite, où l’expérimentation  a laissé la place à des configurations pédagogiques complètes.

“La FOAD (formation à distance) se prête donc bien aux formes les plus innovantes de classe inversée. En effet, l’apprentissage se fait en toute autonomie par l’apprenant qui utilise massivement les TICE pour accéder aux ressources, et peut être accompagné d’un formateur qui lui assure, selon une fréquence variable, des interactions visant à lui confirmer le degré des habiletés développées ou le guider vers des moyens de remédiation”.

Source : La classe inversée. Episode 4 - La FOAD s'en empare par Elodie Lestonat - 2017
https://cursus.edu/articles/33808

 

La classe inversée est un phénomène qui est fait pour durer et qui le prouve en devenant de plus en plus structurée et présente dans les dispositifs éducatifs. Là, où elle était alternative hier, elle est en train de devenir un modèle unique dans certains dispositifs FOAD actuels et à venir.  Les raisons en sont variées ce qui confirme le fait qu'il s'agit d'un phénomène de société et non un accident de l’histoire de la pédagogie.

Source image : Pixabay pravny

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