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Cet homme est devenu célèbre parce qu’il enseignait l’informatique, avec presque rien…

Il n y a presque rien d’impossible à celui qui est créatif, résilient et motivé.

Par Christian Élongué , le 21 janvier 2019 | Dernière mise à jour de l'article le 22 janvier 2019

Source: Owura Kwadwo Sur Facebook

La créativité repousse les frontières et dépasse les barrières de l’impossible

Si vous observez des secteurs comme les arts, la musique, la danse, le théâtre, la comédie, le cinéma, la peinture, le sport etc., vous constaterez qu’ils se retrouvent tous sous un dénominateur commun en Afrique : la créativité. En Afrique, la créativité n’a plus de limite, ni de secret. Les africains, de tous âges, repoussent chaque jour les frontières de l’imaginable, dépassent les barrières de l’impossible, pour trouver des solutions innovantes et efficaces aux problèmes qu’ils rencontrent au quotidien.

Le secteur de l’éducation et de la formation n’échappe pas à la règle. Être enseignant en Afrique subsaharienne demande bien plus que de la compétence pédagogique, bien plus que de la motivation ou de la passion pour son métier. Être enseignant en Afrique nécessite de l’endurance, de la résilience et surtout être porté par une vision personnelle plus grande que soi, individuelle mais universelle. C’est lorsque la vision de l’enseignant est plus grande que lui, qu’il est prêt à se donner corps et âme, pour accomplir sa mission de « passeur », de relayeur et d’artisan qui permet à la jeune génération de découvrir graduellement leur potentiel…

C’est évidemment dans cette catégorie que je range l’enseignant Owura Kwadwo, également connu sous le nom de Richard Appiah Akoto. Qui est-il ? Qu’a-t-il fait ? me demanderiez-vous certainement. Ce nom apparemment vous est anodin. Les journaux du monde ont répandu son histoire (insolite) comme une trainée de poudre et je me doute bien que vous l’avez écoutée, à un moment ou un autre. Mais son nom n’est peut-être pas resté graver dans votre mémoire. Mais son action, elle, est restée gravée dans les mémoires, attirant les acclamations de la communauté internationale du secteur éducatif et technologique.

Pourquoi ?

Parce qu’il a osé faire quelque chose d’apparemment inimaginable dans l’exercice de son métier. Avec presque rien, il est parvenu à affecter durablement la communauté enseignante et apprenante. Comment ?

Laissez moi vous permettre de l’imaginer. Fermez les yeux puis :

  1. Imaginez vous entrain d’enseigner un cours d’initiation à l’informatique. Vous voulez permettre à vos élèves d’acquérir les compétences de base dans le maniement de la Suite Microsoft Office.
  2. Imaginez le nombre d’élèves présent dans votre salle de classe ? Combien d’heures vous faudra-t-il pour cette leçon d’informatique ?
  3. Maintenant, imaginez le lieu dans lequel se déroule ce cours pratique d’informatique ? Est-ce une salle climatisée, connectée et équipée d’ordinateur portable ? De laptop ? D’une imprimante ?
  4. Visualisez-vous ! Comment êtes-vous vêtu ? Vous vous imaginez surement tiré à quatre épingles, propre et parfumé comme un(e) prince(sse) ? Après tout, l’informatique est une discipline qui ne requiert pas vraiment l’usage de matériaux salissant ? Après Tout ne se déroule-t-il pas sur l’ordinateur ? Cet outil qui a considérablement facilité/révolutionné le métier d’enseignant.
  5. Maintenant, visualisez la scène mentale au complet : vous, entrain d’enseigner l’usage de Microsoft Word ou Excel dans cette salle avec vos élèves. Que voyez-vous ? Prière de garder toujours cette photo mentale à l’esprit.

Pourquoi toute cette gymnastique visuelle ?

Tout simplement pour vous permettre de vous mettre dans la peau d’enseignant (si vous ne l’êtes pas) et ainsi de voir le contraste avec les conditions de travail de Owura Kwadwo. En effet, cet homme de 33 ans a été  filmé dans sa salle de classe, dans un village au Ghana, où la chaleur est torride et le climat aride. Il a été filmé en train de dessiner, avec enthousiasme, l’interface graphique du logiciel MS Word afin d’en faciliter la visualisation par ses élèves, qui pour la majorité sont issus de familles très pauvres.

Bien qu’étant un professeur d’informatique sans ordinateur portable, cet enseignant n’a point baissé les bras[1].

Avec presque rien, c’est-à-dire armé seulement d’une barre de craie, il affronte le noir tableau pour y projeter l’interface graphique de MS Word. Avec presque rien non plus comme salaire mensuel, équivalent à 80 dollars par mois, il se décide néanmoins à donner le meilleur de lui-même dans son travail.

Avec presque rien comme matériel informatique, il se sert de sa créativité et de ses compétences en dessin[2] pour trouver une alternative. Avec presque rien, il ignore le chemin de la plainte et de la critique pour ouvrir le portique de l’action.

Avec peu de ressources financières, techniques et matérielle, il a permis à ses jeunes élèves d’avoir une représentation approximative de MS Word.

Owura Kwadwo, un symbole de la résilience.

Owura Kwadwo est ainsi devenu l’un des symboles 2018 de la résilience et passion dans le métier d’enseignant. Il est devenu le héro de toute la communauté enseignante africaine, surtout ceux qui exercent dans les zones rurales et désenclavées où l’accès aux infrastructures techniques et numériques minimales est presque nul. Ces villages où, parfois c’est toute une gymnastique pour trouver le réseau téléphonique pour passer un appel. Ces villages où le simple trajet routier pour s’y rendre est aussi épuisant et risqué que le Rodéo.

Agé de 33 ans, Owura Kwadwo est le symbole d’une jeunesse africaine entreprenante et créative. Sa fidelité et son dévouement dans cette petite localité lui a ouvert les portes du monde. Avec la viralité[3] de cette vidéo sur les réseaux sociaux, principalement Twitter, Owura Kwadwo a été contacté par de nombreuses firmes technologiques internationales, comme Microsoft qui a offert des dons d’ordinateurs à tout l’établissement Betenase M/A Junior High School où il officiait[4]. Après, il fut invité à partager son expérience d’enseignant à Singapore, afin d’informer, d’encourager et d’inspirer davantage d’enseignants qui eux aussi, font face à d’énormes difficultés dans l’exercice de leur métier. Son entrée sur scène était suivie d’une ovation debout de tous ceux présents.

Le vice-président pour l'éducation mondiale chez Microsoft[5], Anthony Salcito, a félicité Richard Akoto d'avoir surmonté des obstacles majeurs pour aider ses élèves :

« Votre travail a vraiment inspiré le monde. Cela montre vraiment l'innovation, l'engagement et la passion extraordinaires dont font preuve les enseignants pour aider leurs élèves à se préparer pour l'avenir »[6], a-t-il dit.

« Je voulais leur apprendre [aux élèves] comment lancer Microsoft Word. Mais je n'avais pas d'ordinateur pour les montrer. Je devais faire de mon mieux. J'ai donc décidé de dessiner à la craie à quoi ressemble l'écran sur le tableau noir », a-t-il répondu.

« J'ai dessiné les traits et les ai étiquetés correctement pour qu'ils sachent ce que c'était. Puis j'ai dessiné ce que vous verriez sur votre écran d'ordinateur après avoir lancé Word. J'ai fait cela à chaque fois que la leçon que j'enseigne l'exige. J'ai dessiné des moniteurs, des unités centrales, des claviers, une souris, une barre d'outils de formatage, une barre d'outils de dessin, etc. Les élèves étaient d'accord avec cela. Ils ont l'habitude que je fasse tout ce qu'il y a sur le tableau pour eux. Quand j'ai fait cela, ce n'était rien de nouveau ou d'étrange pour eux », a-t-il rajouté.

Avec presque rien, on peut avoir beaucoup…

Les élèves de son établissement après avoir reçu un laptop via Facebook de Kwadwo

Une bienfaitrice d’Arabie Saoudite[7] étudiante à l'Université de Leeds au Royaume-Uni, a également fait don d'un tout nouvel ordinateur portable à cette école, inspirée par la créativité de l’enseignant.

Auparavant inconnu et presque méconnu, il est devenu en quelque semaine un influenceur sur les réseaux sociaux avec 5000 amis et plus de 3000 suiveurs rien que sur Facebook. Aujourd’hui, il continue son métier d’enseignant et sert davantage comme ambassadeur d’initiatives œuvrant dans la promotion des STEAM (Sciences, Technologies, Ingénierie, Arts et Mathématiques).

Owura Kwadno, un symbole de l’efficience

Son histoire, pareille à un conte de fée, est pourtant vraie et réelle, comme les initiales de son nom l’indique, il a tout simplement décidé de dire « O.K, je vais faire avec les moyens de bord. Je vais me débrouiller avec presque rien ». Cet art de la débrouillardise est très répandu en Afrique et davantage dans les milieux où les conditions de vie sont rudes, où seule la créativité, la ruse et la sagesse permettent de survivre.

Malheureusement, cet esprit de combattant, cette mentalité d’endurance face aux épreuves n’est pas la même partout, surtout pour ceux qui ont eu le privilège d’avoir de vie meilleure que celles des autres. Qui parfois ne s’en rendent même pas compte et continue à se lamenter, à se plaindre, à pleurnicher et à protester à la moindre difficulté qui survient.

Je pense qu’on a toujours suffisamment assez pour partager, il suffit d’ouvrir son imaginaire, d’accepter que l’Homme par essence est un éternel insatisfait, de comprendre que le bonheur véritable réside davantage dans le partage et le service que dans l’emmagasinage et l’avidité. Nous sommes tous riches, d’une manière ou d’une autre, tout est question de perspective, d’attitude, de résilience.

Je conclurai cette analyse avec ces paroles que j’aime bien, du rappeur Soprano, dans son titre Ferme les yeux et Imagine toi :

« Ça n'arrive qu'aux autres on ne réalise pas tant que ça ne nous touche pas

On sait très bien ce qui s'passe ailleurs mais on ose se plaindre.

Relativise ferme les yeux imagine toi, tu verras comme ta vie et belle

(…) Ferme tes yeux et imagine ta vie dans ces pays

Où les hommes politiques sont en treillis, où le dollar civilise avec des canons

Où on peut mourir d'une simple fièvre, où les épidémies se promènent sans lèse.

Crois-tu vraiment tenir sous la canicule de ces pays où pendant deux mois tu bronzes

Eux toutes l'année ils brûlent.

Imagine ta vie sans eau potable, une douche les jours de pluie pas de bouffe mise sur la table.

Imagine toi enfermé comme Natacha Kampouche, où brûlé comme mama Galledou dans l'bus.

Ouvre les yeux maintenant et avant d'insulter la vie réfléchit dorénavant […]

 

Notes et références


[1] Plus tard, le Collège Bluecrest, une école de formation en Technologies de l’information, a fait don de cinq (5) ordinateurs de bureau pour l'école et d'un ordinateur portable à M. Akoto pour son usage personnel.
 

[2] Alvin Albaciete, ‘Teacher From Ghana Draws Microsoft Word on Chalkboard to Teach Students’, Elite Readers, 2018 [accessed 21 January 2019].
 

[3] Shehab Khan, ‘Man Who Teaches Computing without Using Any Computers in Ghana Becomes Online Sensation’, The Independent, 2018 [accessed 21 January 2019].
 

[4] Microsoft travaille avec Richard par l'intermédiaire d'un partenaire local au Ghana pour fournir à ses élèves de la le support technique et logiciel nécessaire. Il aura également accès au programme Microsoft Certified Educator Program (MCE) pour le perfectionnement professionnel, ce qui lui permettra de nourrir sa passion pour l'enseignement et de créer des expériences d'apprentissage riches et personnalisées pour ses élèves.
 

[5] Geoff Spencer, ‘Teacher Who Used a Chalkboard in a Computer Class with No Computers, Stars at Microsoft’s Education Exchange’, Asia News Center, 2018 [accessed 21 January 2019].
 

[6] ‘Ghanaian “Blackboard ICT Teacher” Gets Standing Ovation in Singapore | GhHeadlines Total News Total Information’ [accessed 21 January 2019].
 

[7] Mohammad Jarrah, ‘Young Saudi Woman Donates Laptop to “Blackboard Microsoft” Ghanaian Teacher’ [accessed 21 January 2019].

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