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Usages pédagogiques de jeux traditionnels africains en ligne

Les jeux ludoéducatifs en ligne sur l’Afrique - 2 de 2

Par Christian Élongué , le 10 février 2019 | Dernière mise à jour de l'article le 19 février 2019

Senet

Les jeux représentent une forme d’expression de la société qui les pratique et reproduisent toujours la réalité d’une époque. Les jeux d'Afrique, en particulier les jeux de société, existent depuis des milliers d'années, et nombre de ces jeux ont été mis au jour par des archéologues. Certains ont été retrouvés sur des peintures telles que celle trouvée dans la tombe de la reine Néfertari montrant son jeu Senet, probablement le plus ancien jeu de plateau du monde et similaire au backgammon moderne.

Morabaraba est un autre des jeux populaires de l'Afrique. Le jeu de dames trouve aussi ses racines dans l'ancien jeu d'Afrique du Nord : le Zamma, tandis qu'une version appelée Fanorona a longtemps eu la popularité à Madagascar.

D'autres jeux traditionnels populaires en Afrique comprennent Tsoro Yematatu un jeu de stratégie à deux joueurs, Butterfly du Mozambique qui est également prisé par les femmes et Seega qui est d'origine plus récente, qui serait venu d'Egypte au début du XIXe siècle. Ces jeux africains comprennent des versions flash de jeux traditionnels africains populaires joués par des enfants à travers le continent africain. Nous allons présenter ceux qui ont une dimension pédagogique et sont disponibles en libre accès en ligne.

  1. Mancala

Mancala est l'appellation générique d'un ensemble de jeux de société traditionnels africains aussi appelés jeux de semis. Parmi les jeux mancala on peut citer l'Awalé, le Bao, l'En Gehé, le Kalaha, le Nam-nam, l'Omweso et l'Ajwa. Ces jeux jouent un rôle important dans de nombreuses sociétés africaines, à la façon du jeu d'échecs en Occident.

Il est joué à travers l'Afrique et certains le considèrent comme l'un des plus anciens jeux au monde joué par la royauté et les roturiers. Son attrait durable est qu'il s'agit d'un jeu familial, qu'il est utilisé pour les compétitions et que de nombreux enfants voient la maîtrise de sa stratégie comme un droit de passage. Chaque année, des centaines de tournois ont lieu à travers le monde pour voir qui est le maître de Mancala !

Veuillez cliquez ici pour télécharger une version PC de ce jeu ou le jouer en ligne ici.

  1. Le jeu Awalé.

Si un jeu est bien représentatif du continent africain, c'est bien l'Awalé aussi surnommé le "jeu d’échec africain".  C’est le plus répandu de la famille « Mancala » en Arabe ou « Semaille » car régit par un même principe : on sème des graines dans des trous, pour pouvoir les récolter.

L’Awalé se joue à deux, face à face, sur deux rangées de six trous dans le sol. Chaque joueur place quatre graines ou pierres dans chacun de ses six trous et les joueurs se relaient pour ramasser toutes les pierres d’un trou et les déposer une à une dans un autre. Le but du jeu est d'avoir récupéré le plus de graines à la fin de la partie.

Le jeu Ayo est devenu au cours des dernières décennies, un important jeu de stratégie. Des tournois ont lieu chaque année en Afrique de l'Ouest, dans de nombreux pays européens notamment à Cannes (France) durant le Festival des jeux en février-mars, ainsi qu'au musée suisse du jeu à La Tour-de-Peilz (Suisse) ainsi qu’aux Caraïbes. C'est pourquoi on lui trouve de nombreux noms : Wôli (bambara au Mali), Adi (ewes au Ghana), Awalé (Côte d'Ivoire), Awélé (Côte d'Ivoire), Ayo (yoruba au Nigeria), Wure (wolof au Sénégal), Ourin (Cap-Vert), Oware (akan au Ghana), Sija (au Tchad), Wari (Caraïbes), etc. Il est jouable en ligne. La version androïde est dispo ici et celle PC est ici ou ici.

Le plateau de jeu ressemble, dans son modèle transportable, à deux demi-bûches reliées par des charnières. Il est généralement en bois et est creusé de deux rangées de six trous, avec parfois deux plus gros trous sur les bords. Il peut également se jouer en creusant simplement deux rangées de six trous dans le sol. Ceci rend le jeu plus accessible aux pauvres et peut être jouer n’importe où par des enfants ou adultes.

  1. Le jeu Senet, monopoly de l'ancienne Egypte                                                                

Senet est considéré comme l'un des plus anciens jeux de table au monde et des images d'anciens Egyptiens y jouant ont été trouvées, comme celle découverte dans la tombe de la reine Néfertari, la reine de Ramsès II.

Ce jeu se jouait avec un plateau de trente cases et des pions noirs ou blancs aux formes très diverses et que les joueurs piochaient dans une petite boîte en bois finement décorée. Les pions pouvaient ressembler à nos pions du jeu d'échecs ou à des têtes d'animaux.

https://youtu.be/YJlsBc0q4cw

Le principe de ce jeu est au croisement entre les dames et le jeu de l'oie et les règles ne sont actuellement pas connues et font encore débat[1]. Ce jeu a été recréé ici dans un format numérique web.

  1. Morabaraba

Morabaraba[2] est un jeu de stratégie traditionnel à deux joueurs joué en Afrique du Sud et au Botswana avec une variation légèrement différente au Lesotho. C’est un jeu accessible et facile à apprendre, mais les aspects stratégiques et tactiques du jeu sont profonds[3]. Depuis 1997, les Championnats du monde de Morabaraba se déroulent en trois divisions : senior (c'est-à-dire hommes adultes), femmes et junior (garçons et filles). Vous pouvez y jouer en ligne ici. La version mobile sur androïde est quant à elle dispo ici ou ici.

De la nécessité d’investir dans l’usage de ces jeux pour la formation et l’éducation.

Ces jeux ont tous un lien plus ou moins fort avec des aspects utilitaires. Chez les Egyptiens, un jeu comme le Senet a des aspects religieux[4] ; le jeu de l’Awalé quant à lui a une dimension éducative et pourrait même être utilisé à des fins militaires pour développer le sens tactique et la logique.  Bien qu’utilisés, ces jeux demeurent largement sous-exploités, surtout si l’on songe à la richesse culturelle qu’ils véhiculent et au fait que, en l’absence de droits d’auteur, ils peuvent être fabriqués et reproduits à loisir par les enfants.

Les enseignants pourraient ainsi puiser dans ces jeux traditionnels en ligne pour développer des activités pédagogiques qui seront plus facilement assimilées par les apprenants (surtout africains), car ils se sentiront plus proches de la réalité décrite.

Une recherche antérieure[5] que nous avons mené sur les jeux sérieux pour mobiles en Afrique, a démontré que, les apprenants appréciaient largement les jeux ayant des contenus qui leur ressemblent et auxquels ils peuvent s’associer sur le plan identitaire et dans leur imaginaire. De ce fait, ils atteignaient aisément l’état de flow avec des jeux sérieux ayant des composantes ludiques.

L’apprentissage a un effet accru lorsque l’expérience est accompagnée par un niveau optimal d’éveil émotionnel[6]. Investir dans les jeux pour complémenter l’éducation et la formation est donc recommandé au regard de la diversité des types d’apprentissage. Rien de pire qu’un enseignant sans répertoire sur le plan des stratégies. Changer de stratégie, innover, présente certes des risques, mais il est encore plus risqué de se priver du potentiel qu’offrent différentes stratégies d’enseignement.

Notes et références

[1] Vous pouvez cependant avoir des règles de ce jeu ici : http://www.lecomptoirdesjeux.com/regle-senet-egypte.htm
 

[2] Dunton, C.; Ntaote, B; Bulane, N.; A Game for Two: Morabaraba"; Sethlala, Lesotho; March/April 1990; pp. 30–31.
 

[3] « Mind Sports South Africa », consulté le 11 février 2019, http://www.mindsportssa.freeservers.com/rules-morabaraba.htm
 

[4] Peter A. Picione, The Egyptian Game of Senet and the Migration of the Soul, in: Irving L. Finkel (editor), Ancient Board Games in Perspective, London, British Museum Press 2007, pp. 54-63 
 

[5] Christian Elongué, « Reasons Why The Gamification Of The Education System In Africa Is Important », eLearning Industry, 6 mai 2018,
https://elearningindustry.com/gamification-of-the-education-system-in-africa-important-reasons
 

[6] Blake E. Ashforth et Ronald H. Humphrey, « Emotional labor in service roles: The influence of identity », Academy of management review 18, no 1 (1993): 88–115.

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