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Le professeur a disparu, le coach scolaire l’a remplacé

Les coachs scolaires ont-ils ou vont-ils remplacer les enseignants ?

Par Régis Vansnick , le 25 février 2019

Le mot coach est maintenant utilisé de diverses manières et dans de nombreux contextes. La question se pose s’il est pertinent de l’utiliser en matière de pédagogie et d’enseignement. Les «coachs scolaires» ont-ils ou vont-ils remplacer les enseignants ?

Origine du coaching

Le coach dans l’esprit des gens est l'entraînemeur sportif. Il y a une bonne raison à cela, le coaching a ses racines dans le domaine du sport, remontant à l'Antiquité grecque, lorsque les meilleurs athlètes étaient encadrés par des entraîneurs professionnels bien rémunérés.

Depuis le coaching est entré dans les entreprises et à présent dans les établissements scolaires.

Le coaching, étymologie

Selon le site CNRTL [1], l’étymologie du mot coach est la suivante :

De l’anglais coach, lui-même dérivé du français coche, d’abord au sens de « carrosse, voiture », puis en argot universitaire « répétiteur, entraîneur » en passant par coach manager, gestionnaire du parc automobile d’un groupe musical, qui s’est ensuite adjugé d’autres fonctions.

L’évolution du rôle de l’enseignant

Le site de la fédération Wallonie Bruxelles [2] décrit l’enseignant comme étant, entre autres :

L'enseignant est bien plus qu’un transmetteur de connaissance, il est coach, accompagnateur, modérateur, médiateur, manager d’équipe et expert qui valide la démarche, les productions intermédiaires et les résultats finaux des élèves.

Que de rôles différents pour une seule personne ! L’enseignant serait donc tantôt un coach tantôt un médiateur, tantôt un expert ou encore un transmetteur.

Le Larousse en ligne [3] définit l’enseignant comme étant celui qui enseigne c’est-à-dire :

Faire apprendre une science, un art, une discipline à quelqu'un, à un groupe, le lui expliquer en lui donnant des cours, des leçons : Enseigner les mathématiques à de jeunes enfants.

Quelle différence entre la définition officielle et les rôles que souhaitent donner à l’enseignant le pouvoir chargé de l’organisation de celui-ci. Dans ces conditions on comprend mieux les différences de point de vue.

Définition du coaching scolaire ?

Sur le site de la fédération Wallonie Bruxelles [4], le coaching scolaire est définit comme étant :

Le coaching scolaire est une forme de soutien qui accompagne les élèves dans la recherche de leurs ressources personnelles. Il n’y a pas de conseils en kit, il s'agit de «co-construire» des solutions personnelles adaptées. L’élève possède déjà, en lui, l’ébauche de ses propres solutions. Le coach n’est là que pour canaliser, faciliter la découverte et le changement. Il vise avant tout des résultats concrets.

Le coaching scolaire s'adresse à tous les jeunes qui éprouvent des difficultés à évoluer sereinement dans leur vie, non seulement dans la sphère de l'école mais également dans leurs relations avec leurs pairs, dans leurs contacts avec les adultes, etc. Il ne s'agit pas seulement d'aider des élèves en décrochage scolaire: le coaching concerne tous les jeunes confrontés à des obstacles qui leur paraissent a priori insurmontables.

Le coaching exprime différentes approches

De nombreuses approche du coaching font que ce terme peut être perçu très différemment selon la compréhension de ce qui se cache derrière le mot.

La plupart des approches du coaching ont été regroupées par Stober et Grant. [5][6]

  • Coaching d'un point de vue humaniste (Carl Rogers)

Le principe général de l'humanisme est de traiter la personne dans son ensemble, plutôt que ses symptômes. Il y a aussi l'hypothèse de base que les gens sont toujours, au fond, bons, avec un potentiel illimité (d'où le mouvement du " potentiel humain "). Une approche humaniste du coaching cherche donc à libérer ce potentiel, en permettant aux personnes de devenir ce qu'elles sont capables de devenir.

  • Approche axée sur le comportement (David Peterson)

Il a une hypothèse simple mais fondamentale sur le coaching : le but est de changer les comportements. L'essentiel de son coaching se résume à une question aussi simple que provocatrice pour le participant :  Qu'allez-vous faire différemment ? Cette question met implicitement l'accent sur l'action et sur l'avenir (plutôt que sur le passé).

Le comportement est bien plus qu'un simple comportement observable ; c'est le résultat d'une personne entière avec une vie riche et multiforme - passée, présente et future - qui interagit avec les gens et le monde autour de l'individu.  Le fait de ne pas s'adresser à l'ensemble de la personne dans le cadre de l'entraînement donnera des résultats inadéquats ou temporaires.

  • Approche de développement de l'adulte

A mesure que les gens se développent, ils deviennent plus conscients et plus ouverts à une compréhension mature de l'autorité et de la responsabilité, et font preuve d'une plus grande tolérance de l'ambiguïté. 

  • Coaching cognitif (Red Auerbach)

La thérapie cognitive aide les clients à remplacer les cognitions inadaptées et inexactes. Auerbach soutient que l'une des principales fonctions du coach est d'aider le client à remettre en question et à surmonter ses perceptions mal adaptées et déformées. 

  • Approche d'apprentissage des adultes

Le coaching peut être considéré comme une approche d'apprentissage conçue pour favoriser des apprenants autonomes et axés sur des objectifs qui puisent dans leur réservoir d'expériences antérieures en vue de résoudre des dilemmes de la vie réelle.

  • Un modèle de psychologie positive (Carol Kauffman)

Le coaching devrait identifier et développer les forces du client et devrait chercher à susciter l'espoir et le bonheur. La psychologie positive cherche à encourager les gens à se tourner vers ce qui est bon et qui va bien dans leur vie pour renforcer une disposition positive.

  • Un modèle fondé sur l'aventure (Travis Kemp)

Kemp intègre le cycle d'apprentissage expérientiel, un processus dans lequel l'apprenant donne un sens à des expériences concrètes, avec des programmes d'aventure : l'utilisation intentionnelle d'expériences d'aventure (comme des expéditions en milieu sauvage ou un parcours de corde) pour créer un apprentissage individuel ou en groupe.

  • Définition du coaching selon Grant

Le coaching consiste essentiellement à aider les individus à réguler et à orienter leurs ressources interpersonnelles et intrapersonnelles pour mieux atteindre leurs objectifs.

La méthode principale consiste à aider le client à identifier et à formuler des objectifs bien définis et à élaborer un plan d'action efficace.  Le rôle du coach est de stimuler les idées et l'action et de s'assurer que les objectifs sont conformes aux principales valeurs et intérêts de la vie du client, plutôt que de travailler à aider le client à s'adapter à ses valeurs et croyances. 

Dans cette conception, le coaching consiste essentiellement à améliorer les performances et à soutenir une action efficace, plutôt qu'à aborder les sentiments et les pensées, dont on pense qu'ils seront traités indirectement par des résultats positifs réels.

L’enseignant est-il un coach ?

Au vu de ce qui précède, on fera une réponse de normand : dans une certaine mesure oui et dans une autre mesure non. Le rôle de l’enseignant doit être de motiver, quand c’est possible, de faciliter l’acquisition de savoirs, savoir-faire et savoir être et de les évaluer mais il n’est ni un psychologue, ni un thérapeute.

En réalité, le rôle de coach enseignant est très variable selon l’âge des élèves et les parcours qu’ils ont pu avoir. Par exemple :

  • Les approches des apprentissages des adultes est plus adaptée à un public plus âgé qui fréquente les universités et a un passé générateur de confiance en soi.
  • La méthode fondée sur l’aventure est applicable aux apprenants qui ont pu développer une confiance en soi positive. Pour apprendre et développer des compétences, il faut accepter un déséquilibre au départ pour autant que celui-ci ne soit pas trop important. Cela n'est pas sans rappeler la zone proxymale de développement de Vigotsky.
  • La psychologie positive est utile quand l’apprenant a souffert et perdu sa confiance : l’école et la violence symbolique dont ont parfois été victimes les apprenants nécessitent la présence d’un coach dont le modèle est plus basé sur la psychologie positive.

Pas de substitution

Il n’y a pas vraiment lieu de substituer enseignant et coach. Ce sont deux rôles qui peuvent se superposer chez la même personne ou être deux rôles complémentaires.

L’essentiel est de comprendre le vécu de l’apprenant et ses besoins afin de le placer dans les meilleures conditions d’apprentissage.

 

Références

[1] http://www.cnrtl.fr/etymologie/coach

[2] http://www.enseignement.be/index.php?page=27904&navi=4412

[3] https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/enseigner/29805

[4] http://www.wallonie-bruxelles-enseignement.be/docs/ERAS-coaching_nb.pdf

[5] Stober, D. and Grant A. M. (2006) Toward a contextual approach to coaching models in Stober, D. and Grant A. M. (eds) Evidence-Based Coaching Handbook, Wiley, New York, N.Y.

[6] What is 'Coaching'? An Exploration of Conflicting Paradigms; International Journal of Evidence Based Coaching and Mentoring Vol 6, N°2, August 2008, Page 100

 

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