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Changer d'idées reçues sur les langues

Quand les clichés ont la vie dure...

Par Sandrine Benard , le 19 août 2019 | Dernière mise à jour de l'article le 20 août 2019

« Si tu sais parler français, tu peux apprendre sans problème une autre langue parce que le français, c’est la langue la plus difficile à apprendre ! »

Voilà ce que j’ai entendu tout le long de mon parcours scolaire, par mes professeurs et en particulier par ceux de… devinez...  français, bien sûr ! Avec le temps, les voyages, l’expérience et les rencontres, j’ai appris que cette affirmation était loin d’être vraie. Non, le français n’est pas la langue la plus difficile, non, le parler ne fera pas de vous un polyglotte ! Le moment est venu de changer la donne et de réactualiser les idées reçues sur les langues. Tordons le cou à 3 de ces clichés qui ont la peau dure !

L’anglais est la langue la plus facile à apprendre

Et non !

Chaque langue a sa propre complexité du point de vue de sa grammaire, que ce soit au niveau des terminaisons, de la syntaxe, de son rapport au temps… On ne peut donc pas dire que telle langue est plus simple qu’une autre, et au contraire, le dire reviendrait à porter atteinte au niveau historique et humain de celle-ci car une langue dite « simpliste » suggèrerait une limitation de pensée de celles et ceux qui la pratiquent, à l’instar du créole, malheureusement dévalorisé et utilisé comme argument politique pour en limiter l’usage comme langue régionale ou encore la décrédibiliser complètement… 

Toutefois, nous pouvons concéder que, pour un francophone, les cinq langues les plus faciles à apprendre sont l’anglais, l’espagnol, l’italien, le suédois et l’indonésien. Si les trois premières ne vous étonnent pas, les deux dernières ont de quoi le faire ! Le suédois, quoique difficile au premier abord, l’est bien moins que ses cousins que sont l’allemand ou le danois, et la connaissance de l’anglais, ajouté à une conjugaison relativement simple, deux seuls genres et aucune déclinaison, a de quoi séduire… Quant à l’indonésien, c’est la langue asiatique la plus simple à apprendre pour un francophone : orthographe, alphabet (latin !), grammaire et prononciation relativement simples. De plus, l’Indonésie est le 4e pays le plus peuplé du monde, alors… pourquoi pas ?

Certains peuples sont plus doués pour les langues que d’autres

Faux !

Vous connaissez sûrement l’expression « parler français comme une vache espagnole », et bien si les Français aiment se moquer de la manière dont parlent les hispanophones, ils ne sont eux-mêmes pas en reste. Certes, l’accent français a été encore une fois élu le plus sexy du monde, mais entendons-nous, on parle d’accent… car en ce qui concerne la langue, c’est autre chose. Un Français qui parle anglais, ça peut faire mal aux oreilles. Loin de moi l’idée de critiquer, mais de constater, qu’à chacun de mes voyages en France je déplore la qualité d’anglais de mes compatriotes, surtout en comparaison avec l’anglais parlé par les Canadiens francophones, dont je suis toujours admirative ! 

Mais alors quoi, les Québécois, ou encore les Scandinaves, réputés pour leur bilinguisme, sont-ils plus doués en anglais que les Français, pourtant géographiquement plus près de l’empire britannique ? Non ! Il n’y a pas de gène de la langue. L’explication est culturelle et basée sur l’éducation linguistique : dès leur plus jeune âge ces peuples sont confrontés à des programmes en anglais (ou à un bilinguisme au Canada) et sont donc automatiquement imprégnés de culture anglo-saxonne.

La solution ? Commencer le plus tôt possible l’apprentissage d’une autre langue !

Les enfants apprennent une langue plus vite que les adultes

Là encore, faux. 

Certes, le cerveau des enfants est plus malléable, mais même une éponge a un maximum d’absorption ! Il a été prouvé qu’ils ont une meilleure facilité dans l’apprentissage des sons (même ceux qui n’existent pas en français) mais, comme tout apprentissage, cela demande du temps et de la concentration ainsi que d’énormes efforts et un travail soutenu.

Bien que leur initiation linguistique à plusieurs alphabets différents (cyrillique, idéogrammes, arabe…) soit plus aisée, elle n’en demeure pas point une véritable gageure. Je tiens toutefois à souligner l’importance des « classes d’accueil» offertes au Québec qui permettent aux enfants immigrants d’apprendre le français en recevant des services d’intégration linguistique, scolaire et sociale au primaire et au secondaire afin de pouvoir rejoindre rapidement (de quelques mois à 3 ans en général) les classes traditionnelles, comme les autres enfants du pays.

Comparativement, un adulte apprend beaucoup plus rapidement une langue. Nombreux sont les exemples de ceux étant devenus fonctionnels au bout de trois mois, de par la quantité de travail et d’efforts fournis, mais aussi grâce à un certain entraînement préalable du au vécu linguistique de l’individu… ce dont manquera l’enfant qui n’a pas encore de réel passé linguistique éducatif derrière lui.

La solution ? Ne pas se dire qu’on est trop vieux pour apprendre une langue et oser aller de l’avant !
 

Finalement et si c’était Socrate (philosophe Grec du Ve siècle av. J-C) qui avait raison ? « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien ». En effet, tous ces clichés auxquels nous sommes confrontés depuis notre enfance, tout ce que nos professeurs nous ont serinés tout au long de notre éducation, toutes ces belles paroles, qu’en est-il ? Des clichés sur les langues, on en trouve plusieurs, impossible de tous les passer au crible, mais les trois présentés ci-dessus annoncent matière à réflexion. 

Maintenant, le temps est celui du changement, une nouvelle année scolaire va commencer, une saison finit pour laisser la place à une autre. Changer, c’est ce qui nous permet d’avancer, de progresser et d’ouvrir notre esprit. Et si cela doit passer par la réécriture de nos idées sur les langues, c’est un bon moyen de commencer !

 

Sources et illustrations 

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