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Publié le 19 avril 2020 Mis à jour le 20 avril 2020

Adieu, bye-bye, adios, aufwiedersehen... la langue!

Abandonner une langue : une réflexion personnelle et collective

«Pour réussir, travailler dur, ne jamais abandonner et surtout chérir une obsession magnifique.»

Ainsi parlait Walt Disney (1901-1966), le célèbre homme d’affaires et créateur de la souris la plus connue du monde, Mickey Mouse.

Ne jamais abandonner, toujours persévérer,  un magnifique crédo qu’il faut toujours s’efforcer de suivre, c’est vrai. Toutefois, comment faire si, vraiment, on voit qu’il n’y a aucune issue de possible, aucune amélioration dans la difficulté, aucune façon d’arriver à son objectif ? Tout laisser tomber ? Abandonner ? Jeter l’éponge? 

Pour les langues, comme pour le reste, la problématique reste la même. Apprendre une langue n’est jamais facile et c’est surtout un sacré parcours du combattant qui demande des années et des années de pratique. Alors qu’en est-il quand on est confronté à une langue qui nous fait mettre la nôtre dans notre poche, qui nous musèle et nous empêche de nous exprimer ? Peut-on abandonner l’apprentissage d’une langue et ne jamais y revenir ?

Abandon individuel

Pour tenter de répondre à cette question d’abandon, il convient de se pencher sur le contexte, il peut être individuel ou collectif. Nous allons donc avant tout répondre à la question de l’individu, seul, qui décide d’arrêter un apprentissage d’une langue pour telle ou telle raison. Alors, pourquoi abandonner une langue?

Le motif le plus simple serait à cause de la difficulté, de la trop grande différence avec sa langue maternelle d’origine, que ce soit par le biais de sa grammaire, de sa conjugaison, de sa syntaxe ou encore de son alphabet, tout simplement.

Je prendrais ici l’exemple du japonais, auquel je me suis essayée il y a de cela plusieurs années. Passionnée depuis l’enfance par la culture nippone et les dessins-animés japonais, j’avais décidé, avant d’entamer mon premier voyage au Japon, de me préparer linguistiquement parlant en apprenant le japonais.

Je me disais qu’étant une réelle fan, je serai sans doute capable de passer outre les certaines difficultés qui allaient venir. Après plusieurs méthodes (en ligne, dans des livres, avec une amie japonaise, avec des applications gratuites, payantes, en regardant les films en version originale avec les sous-titres…), bref, je pensais avoir fait le tour de ce qui était possible à l’époque.

Arrivée à Tokyo, je dois avouer que mes huit mois de préparation à la langue nippone ne m’avaient pas été d’un grand secours. La seule chose que je pouvais dire était merci, bonjour, bonsoir, s’il vous plait et … ô victoire, le numéro de ma chambre d’hôtel, car oui, ouf, pour les nombres, j’avais bien compris !

Enfin, ne nous cachons pas, heureusement qu’ils comprenaient un peu l’anglais là-bas. Donc oui, j’avoue avoir été quelque peu frustrée de ne pas avoir pu mettre en pratique tous ces longs mois passés à étudier scrupuleusement le japonais. Moins d’un an après, je revenais au Japon, mais cette fois, lasse de mes progrès, je n’ai même pas pris la peine d’ouvrir un livre de conversation ni de revoir le vocabulaire. J’avais l’anglais, je me débrouillerais avec ça.

Au final, ma seconde expérience au pays du soleil levant ne s’est pas plus mal passée que la première et, pourtant, je n’avais absolument rien préparé cette fois-ci ! Donc oui, dans un cas comme le mien, je peux affirmer avoir abandonné cette langue et je suis sûre que je ne chercherais plus à l’apprendre à l’avenir.

De plus, selon les autres cas, il peut y avoir d’autres motifs d’abandon : un déplacement (professionnel ou de vacances) annulé, une rupture (on oublie souvent que c’est un des meilleurs moyens de se dédier à une langue, le mari de mon amie japonaise, par exemple, bien que Québécois, parle maintenant le japonais à la perfection !) ou tout simplement une perte d’intérêt… Après tout, à quoi bon persévérer si on ne voit pas l’utilité ? Autant concentrer ses forces dans d’autres choses, en l’occurrence, peut-être, renforcer une langue internationale comme l’anglais qui sera capable de vous sauver à plusieurs reprises partout sur Terre !

Abandon collectif

Enfin, l’abandon peut être de nature collective. Les exemples les plus concrets se retrouvent notamment dans le cadre de la colonisation des peuples, comme ce fut par exemple le cas dans les colonies britanniques (à l’instar de l’Inde, des États-Unis ou de Hong-Kong), espagnoles (Amérique du Sud), portugaises (Macao, le Brésil) ou encore françaises (en Afrique, dans les îles, au Vietnam, en Louisiane, au Québec…).

Bien sûr, on ne parle pas d’abandon total de la langue autochtone puisque pour chacun de ces territoires colonisés, les langues alors en présence, celles des autochtones justement, ont pu être gardées, mais la langue d’enseignement était celle du pays colonisateur.

Récemment, j’ai par exemple parlé du Tibet et de l’imposition de la langue chinoise au détriment de la langue tibétaine. C’est en effet la nouvelle langue de « l’envahisseur » qui devient langue d’état et d’instruction, à l’école. Toutefois, pour un peuple, se voir imposer une autre langue que la sienne, ancestrale, parlée depuis plusieurs générations, apparaît également comme un abandon de son identité propre et de sa culture.

Finalement, une langue ne peut jamais vraiment être abandonnée, car en dépit des difficultés rencontrées, qu’elles soient d’ordre personnel ou collectif, les « résidus » de celle-ci demeurent et ne sont jamais vraiment oubliés. Albert Einstein disait que « l’éducation, c’est ce qui reste quand on a tout oublié »,mais il en va de même pour une langue, naturelle et spontanée, elle demeurera à jamais en nous.


Illustrations Dur, dur, https://pixabay.com/images/id-4118058/
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Un vrai casse-tête, https://pixabay.com/images/id-1742720/
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Les Conquistadores, https://pixabay.com/images/id-545745/


Mots-clés: langues abandon japonais colonisation

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