Articles

Publié le 30 juin 2021 Mis à jour le 30 juin 2021

Les silences de la nature

Que nous apprennent les paisibles végétaux?

Paysage campagnard

Les silences : la puissance du monde végétal

Les plantes sont très sensibles. D’ailleurs, les carnivores reprochent aux végétariens de ne pas entendre le « cri de la carotte ».  Il est possible de recenser plus de 700 sortes de capteurs sensoriels différents  qu’ils soient mécaniques, chimiques, lumineux, thermiques… C’est presque indispensable de sentir le monde tellement la plante ne se déplace pas et a besoin d’anticiper. La recherche actuelle nous amène à penser différemment et d’envisager plus seulement la plasticité adaptative d’un végétal mais un comportement végétal.

Comment entrer en contact ?

Le monde végétal a poussé la force du silence à son paroxysme. Les végétaux participent à l'agitation forestière sous les coups de peigne du vent. Les branches craquent et les feuilles se soulèvent. La circulation de leur sève peut être captée et révéler de légers bruits de glougloutements. Certains botanistes les transforment en phrases musicales.

Mais, ce qui marque les végétaux, c'est l'absence d'organes propre pour émettre des sons. Nulle bouche pour chanter et encore moins exprimer un avis. Juste un potentiel de présence silencieuse, une masse organique d'eau et de fibres.  La prise de position dans le monde est chimique, l'ancrage est terrien. Ce qui importe de ce monde est caché sous l'écorce ou enfouie au niveau des racines. 

Une étude menée par des chercheurs israéliens suggère que certaines plantes émettraient des sons inaudibles pour l'oreille humaine lorsqu'elles font face à des stress comme un manque d'eau ou une atteinte physique. 

Les végétaux s'expriment avec la couleur de leur parure, ou par l'élancement de leurs tiges aspirées par la lumière. Certains botanistes phyto-acousticien relèvent l'émission d'ultrasons en cas de stress hydrique ou de grosse chaleur mais nous ne les percevons pas

Les ultrasons mesurés vont jusqu’à 50 Khtz pour des plants de tabac en plus de leurs échanges gazeux, tactiles et chimiques.  

Ces sons infimes participent d'une communication non verbale avec d’autres représentants du vivant sensibles aux ultrasons et leur sémiotique parle directement à nos sens. Leurs branches et leurs troncs lisses ou rugueux nous invitent à la caresse et aux contacts, leurs épines nous disent n'approchez pas.

Dans l'ordre du vivant les formes de nos corps et celles des arbres sont interreliés.  Comme la fonction de l'œil nous rappelle la lumière du soleil, la forme de nos mains nous évoque celle des branches. Il n'y a qu'à saisir. Le cycle de l'adaptation a produit une accommodation mutuelle. Une alliance des formes existe dans le vivant. Des complémentarités opèrent.

Par nature l'humanité est faite de culture. Sa relation au silence végétal se décline de multiples façons

Le shinrin yoku ou bain de forêt est une promenade en pleine conscience dans le frôlement des branches d'un sous-bois qui dispose de nos sens et produit des connexions synaptiques nouvelles dans notre cerveau. Ouvrant des possibilités de pensées à la fois plus profonde et plus apaisées. Le shinrin yoku est une thérapie forestière qui nous dispose à plus de douceur avec nous même, à une osmose avec le vivant.

La métaphore du jardin ou des arbres domestiqués nous accueillent, portent des fruits pour nos gourmandises et nous placent en situation de dépendance réciproque. Un soin vient à manquer et le fruitier périclite. Il nous dit sans mot «occupes-toi de moi, chouchoutes-moi». Les fruits et légumes qui poussent là sont l'objet d'attention, tout autant façonnés par le soleil, la terre que par les apports d'eau. Le langage silencieux qui opère entre le jardinier et ses plantes possède des vertus thérapeutiques. Il n'y a jamais un mot de travers et l’on n’a jamais vu un jardinier ivre de colère tirer sur ses plantes avec un fusil. Il apprend au contraire la patience, la satisfaction lente de la récolte.

Les images des éléments sont constamment présentes dans le zen, ses textes fondateurs, ses poèmes. Tout se passe comme si le zen fondait sa philosophie dans le cycle du vivant. Les végétaux sont intégrés à la nature et forment des personnages qui habitent montagne et vallées. Ils ne sont jamais vraiment séparés des nuages, du vent, des ondes, car, le propre de la pensée asiatique est de percevoir les liens et les cycles en toutes circonstances. Le zen nous apprend l’inclusion dans le monde plutôt que la séparation. L'harmonie prend l'ascendant sur le jugement. La contemplation d'un paysage nous parle alors de nos intériorités plus que de nos hiérarchisations du monde.

Les haikus  ces courts poèmes japonais sont réputés pour leurs allusions aux saisons. Pas de haïku sans indice d'une couleur et d'une saison, sans l’implicite d'un élément de la nature, comme si le haïku était dans le pliage du vivant, sa face faite de mots. Par ses règles de composition presque rituelles, le poème gorgés de multiples sens. Il fonctionne presque comme un koan pour délivrer une sagesse cachée. Celle-ci nous parle de la beauté du monde et du temps qui passe.

La retraite dans un ermitage est une expérience de silence. L'ermitage est en retrait du monde des hommes perdu dans les éléments, caché dans une forêt ou niché sur une corniche. L'ermite se presse au désert plus que pour fuir la vue bruyante de ses semblables, mais pour se retrouver lui-même. Le chemin choisi n'est pas l'autre, mais la nature, dans toute sa simple beauté. La recherche de l'éveil par une posture faite d'ascèse, de contemplation et de méditation se nourrit du silence des arbres, du léger mouvement des fleurs, du changement subtil des lignes d'horizon sous l'influence du vent ou du soleil.

L'énergie d'un arbre se mesure par la circulation de la sève, celle-ci opère à 4htz. C'est la même vitesse que le cerveau d'un humain qui médite. Méditer, adossé à un tronc, ou mieux enlaçant le tronc les mains posées sur l'écorce nous connecte profondément à nous-même et au monde. Il se pourrait qu'imperceptiblement l'énergie qui circule se partage. Rien de visible immédiatement si ce n'est une sensation chez le méditant de communier avec un monde lent.

Conclusion

Ce que nous apprennent ces formes de silences et de liens ce sont les temps longs, les apaisements et les consolations. La libération de désirs extérieurs à soi-même pour apprendre à se recentrer et rééquilibrer le trajet vers le vivant pris moins comme objet de tourisme et de consommation et plus comme le milieu qui nous protège nous apaise et nous nourrit. A

À côté de la nature artefact, la nature poétique et la nature organique est redécouverte. Le bruit affecte aussi bien les humains qui souffrent d’agitation constante que les végétaux qui souffrent car leurs pollinisateurs naturels se mettent en retrait de la pollution sonore.

Quand nous parvenons à nous déconnecter, nous apprenons à partir du silence des choses essentielles sur nous-mêmes. La nature nous fait accéder à un apprentissage expérientiel sur le sens de notre vie. Aucun ordinateur ne nous fera accéder à cette compréhension du vivant.

Source

Slate Le cri de la carotte  http://www.slate.fr/story/157159/cri-carotte-vegetariens-plantes-douleur 

Sciences et vie – L’intelligence des plantes enfin révélée https://www.science-et-vie.com/archives/communication-odorat-memoire-l-intelligence-des-plantes-enfin-revelee-19622 

RTBF - Les plantes crient quand on les coupe ou quand elles ont soif https://www.rtbf.be/tendance/green/detail_les-plantes-crient-quand-on-les-coupe-ou-quand-elles-ont-soif-selon-une-etude?id=10744665  

Science et vie – Les plantes pousseraient des cris https://www.science-et-vie.com/nature-et-enviro/1.-les-plantes-pousseraient-des-cris-56812  

Géo – Face au stress certaines plantes se mettraient à crier https://www.geo.fr/environnement/face-au-stress-certaines-plantes-se-mettraient-a-crier-198959 

Ooreka L’apaisement par les arbres https://stress.ooreka.fr/astuce/voir/282797/shinrin-yoku-l-apaisement-par-les-arbres  

Association francophone de haiku https://www.association-francophone-de-haiku.com/exemples-de-haikus/  

Sciences et avenir Les arbres victimes du bruit même quand le silence revient -  https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/plantes-et-vegetaux/les-arbres-victimes-du-bruit-meme-quand-le-silence-revient_153457  



Mots-clés: Nature arbre zen végétaux silence

Voir plus d'articles de cet auteur

Dossiers

  • Voies alternatives


Pour vous abonner au fil RSS de Thot Cursus, indiquez votre courriel ci-dessous :

Service par FeedBurner


            

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

  • Les cours
  • Les ressources d’apprentissage
  • Le dossier de la semaine
  • Les événements
  • Les technologies

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner à l'infolettre

Superprof : la plateforme pour trouver les meilleurs professeurs particuliers en France (mais aussi en Belgique et en Suisse)


Effectuez une demande d'extrait d'acte de naissance en ligne !


Ajouter à mes listes de lecture


Créer une liste de lecture

Recevez nos nouvelles par courriel

Chaque jour, restez informé sur l’apprentissage numérique sous toutes ses formes. Des idées et des ressources intéressantes. Profitez-en, c’est gratuit !