Apprendre à apprendre ensemble
Apprendre à apprendre ensemble va beaucoup plus loin qu'éduquer son cerveau
Publié le 14 avril 2019 Mis à jour le 14 avril 2019
L'usage de la messagerie instantanée WhatsApp s'est largement répandu. Chaque jour des milliards de messages sont échangés à travers le monde, du plus banal au plus sérieux. Au regard de la forte présence des jeunes sur ce réseau, certains enseignants ont entrepris des projets pédagogiques avec comme support WhatsApp.
Nous en présentons quelques uns et démontrons qu'il est possible de faire bien plus quand les pratiques réussies sont documentées et partagées. Enfin, nous soulignons les enjeux et le potentiel éducatifs de WhatsApp, encore insuffisamment inexploité sur le continent africain.
Si jamais vous faites une recherche sur les usages pédagogiques de WhatsApp, vous trouverez des résultats variés. Certains présentent une opinion conciliante à l'égard de cette technologie considérée comme un outil ayant une plus-value lorsqu’intégré intelligemment et encadré dans une institution académique. Les apprenants, surtout jeunes, sont de plus en plus scotchés à leur mobile et l’utilisent très souvent pour faire leur devoir, rester en contact avec leurs camarades ou l’enseignant. Ils se sentent valorisés lorsque l’enseignant accepte de leur consacrer du temps de soutien en dehors des heures de cours.
Voici quelques usages courants de cet outil populaire de messagerie instantanée :
Il en ressort essentiellement que WhatsApp a une utilité pédagogique parce qu’il facilite la communication – l’essence même de l’enseignement – et accroit la motivation des apprenants. D’autres cependant, estiment que WhatsApp est plus nocif qu’utile au regard du fort risque de déconcentration et d’exposition de la vie privée[1] des élèves / apprenants.
La pénétration internet sur la majorité du continent africain, surtout parmi les pays subsahariens, est encore faible. C’est un fait, une réalité; cela limite donc considérable l’usage de certaines solutions techno-pédagogiques requérant de solides infrastructures technologiques au sein des écoles. Par exemple, il est difficile de trouver des établissements d’enseignement secondaire ou du supérieur qui disposent d’une salle informatique avec suffisamment d’ordinateurs connectés à internet ; ou même d’un réseau wifi de qualité ouvert gratuitement aux étudiants. Face à ces barrières qui limitent un accès régulier aux solutions techno-pédagogiques comme les formations à distance (MOOC, Formation Ouvertes à Distance – FOAD…)
Dans ce contexte, l’usage encadré de WhatsApp (WA) est une aubaine pour briser les barrières d’accessibilité et d’abordabilité de l’enseignement. Selon une étude du cabinet Sandvine, Whatsapp représentait 11% du trafic mobile en Afrique subsaharienne en fin 2015, deux fois plus que Facebook et 2,5 fois plus que YouTube.
Voici brièvement présenté quelques-uns des avantages pour le secteur de l’éducation et de la formation :
Certaines recherches rapportent que les réseaux sociaux ont un impact négatif sur la performance scolaire, d'autres montrent une influence positive, alors que d'autres ne voient aucun lien. Selon une étude[3] de Rambe et Chipunza d’une Université sud-africaine, WA favorise le partage des connaissances entre étudiants, et entre étudiants et enseignants.
Les chercheurs déclarent :
« Les étudiants estiment que WhatsApp leur donnait la possibilité de s'exprimer librement dans un environnement sans restriction, éliminant ainsi les contraintes de faible participation caractérisant les cours ».
Par ailleurs, cette étude conduite au Kenya[4] dans la région de Kisii sur 1132 participants du secondaire, démontre que WhatsApp a négativement affecté leur performance académique.
Des chercheurs de l'université allemande de Bamberg voulaient vérifier l'impact négatif que pouvaient avoir les médias sociaux sur les notes des élèves en passant en revue 59 études menées sur plus de 30.000 jeunes à travers le monde sur ce sujet. Dans cette nouvelle méta-analyse, les chercheurs ont trouvé sur les étudiants qui utilisaient ces réseaux sociaux intensément pour communiquer avec leurs camarades à propos de sujets scolaires enregistraient de meilleurs résultats que la moyenne. En effet, les personnes les plus actives sur les réseaux ne passaient pas forcément moins de temps à étudier. Par ailleurs, les jeunes qui utilisaient Snapchat, Facebook ou WhatsApp pendant qu'ils étudiaient ou faisaient leurs devoirs affichaient des notes moins bonnes. L’étude en a conclu que "les inquiétudes concernant les conséquences supposées désastreuses des réseaux sociaux sur la performance scolaire ne sont pas fondées".
Une autre étude menée cette fois ci au Bénin[5] sur 162 participants (tous des acteurs scolaires béninois) provenant de trois groupes ou forums actifs sur WhatsApp, démontre l’importance WhatsApp dans leur processus d’acquisition des savoirs et des connaissances. L'étude invite les acteurs de l’éducation en Afrique à changer de regard vis-à-vis de WhatsApp. Cela nécessitera évidemment le passage de la censure à la régulation des téléphones mobiles en milieux scolaires. Les autorités et autres acteurs scolaires en Afrique doivent comprendre que le maintien de l’interdiction du téléphone mobile à l’école n’est définitivement pas une solution durable, ils devraient plutôt explorer les conditions d’usage responsable du téléphone portable à l’école et dans les universités[6].
Il est important que l'utilisation de WhatsApp soit consciente, transparente et réfléchie. Si les élèves doivent utiliser WhatsApp à l’école, cela doit se faire avec le consentement parental. Mais il est désormais très difficile d’ignorer cet outil déjà omniprésent dans les pratiques quotidiennes de la jeunesse. Pour des raisons pédagogiques, il est recommandé que les canaux de communication, leur utilisation ainsi que leurs opportunités et dangers soient discutés en classe.
L’approche qui vise à interdire l’usage des téléphones mobiles et par extension les réseaux sociaux comme WhatsApp ne semble pas soutenable. Ces politiques ne protègent pas les adolescents, étant donné qu’ils vont pouvoir continuer à faire usage de WhatsApp, Facebook, Instagram, au quotidien, dans leur sphère privée, sans aucun contrôle. À ce niveau, les parents devraient s'intéresser à ce que font leurs enfants en ligne, connaître les réseaux sociaux et vouloir comprendre leur usage. Il est mieux de les accompagner pédagogiquement et les éduquer aux médias plutôt qu’interdire.
[1] Cette dimension est relative car en Asie par exemple, il est tout à fait courant pour un enseignant de communiquer son numéro de téléphone aux élèves.
[2] Bi Sehi Antoine Mian, Panorama Des Usages Pédagogiques Des Médias Sociaux Dans l’enseignement Supérieur En Afrique, consulté le 05 février 2019
https://www.academia.edu/36601774/Panorama_des_usages_p%C3%A9dagogiques_des_m%C3%A9dias_sociaux_dans_lenseignement_sup%C3%A9rieur_en_Afrique
[3] Patient Rambe, « Using Mobile Devices to Leverage Student Access to Collaboratively-Generated Resources: A Case of WhatsApp Instant Messaging at a South African University », ResearchGate, consulté le 04 février 2019
https://www.researchgate.net/publication/266645202_Using_mobile_devices_to_leverage_student_access_to_collaboratively-generated_resources_A_case_of_WhatsApp_instant_messaging_at_a_South_African_University
[4] Kiplagat Paul, «Social Media Usage and Academic Performance in Secondary Schools, Kenya », ResearchGate, consulté le 04 février 2019
https://www.researchgate.net/publication/312981450_Social_Media_Usage_and_Academic_Performance_in_Secondary_Schools_Kenya
[5] « WhatsApp: Un Enjeu d’enseignement/Apprentissage En Afrique? Enquête Auprès Des Acteurs Scolaires Au Bénin », ResearchGate, consulté le 03 février 2019
https://www.researchgate.net/publication/314176627_WhatsApp_Un_enjeu_d’enseignementApprentissage_en_Afrique_Enquete_aupres_des_acteurs_scolaires_au_Benin
[6] Christian Elongué, « Usages pédagogiques des terminaux mobiles dans les universités au Cameroun. | Thot Cursus », Thot Cursus
https://cursus.edu/12070/usages-pedagogiques-des-terminaux-mobiles-dans-les-universites-au-cameroun