Les médias pour exprimer la connaissance - 3/4***
Pour communiquer la connaissance à l’apprenant, l’ingénieur contenu dispose en théorie d’une palette de médias comprenant cinq éléments...
Publié le 18 mai 2010 Mis à jour le 18 mai 2010
Qu'est-ce qu'un Etat ? Et combien y a t-il d'Etats dans le monde ?
A questions simples, réponses compliquées. N'invitez pas vos élèves à chercher la réponse via Google, cela va les embrouiller. Faites le test, vous ne trouverez aucune définition du terme en quelques lignes, et de nombreuses listes d'Etats qui en recensent entre 192 et plus de 250...
La question a pourtant été explorée sur le blogue américain Teaching Comparative, qui rend compte de l'imprécision généralisée et des parti-pris de différents sites. Nous avons effectué l'exercice, et avons obtenu des résultats tout aussi déconcertants.
La meilleure façon d'explorer la question avec des élèves est donc de leur faire noter ces différences. Le site SpeEdChange relate d'ailleurs une expérience vécue : "si l'on en croit les Nations Unies - ou le département d'Etat américain-, il existe une nation au nord-ouest de l'Europe qui s'appelle "Royaume Uni de Grande Bretagne et d'Irlande du Nord". A proximité, existe une nation appelée "République d'Irlande". D'après la FIFA, il y a au moins cinq nations ici : l'Angleterre, l'Ecosse, le Pays de Galles, l'Irlande du Nord et l'Irlande, chacune jouant sous son propre drapeau, et jouant son propre hymne national".
A la lumière de ces constats, il est intéressant de creuser le concept d'Etat. Il faudra se tourner vers Wikipedia pour trouver une définition simple : "L’État est une des formes d'organisation politique et juridique d'une société (en tant que communauté de citoyens ou de sujets) ou d'un pays. Il a été précédé par la Polis grecque, la res publica romaine, le Saint Empire romain germanique etc. Il est délimité par des frontières territoriales à l'intérieur desquelles ses lois s'appliquent et est constitué d’institutions par lesquelles il exerce autorité et pouvoir ; la légitimité de cette autorité repose sur la souveraineté (du peuple ou de la nation par exemple). Le pays désigne une entité géographique tandis que le gouvernement est l’institution qui dirige l’État ; la nation quant-à-elle ne se confond pas avec l’État sauf dans le modèle de l’État-nation".
Nous voici donc aux prises désormais avec les termes de nation, de gouvernement, de pays. Notons que l'Etat est "une des formes d'organisation politique et juridique d'une société ou d'un pays". Existerait-il des Etats sans territoire géographique ? ...
Eh bien, oui. Ils ne sont certes pas nombreux, souvent temporaires (en attente de reconnaissance par exemple). Le plus célèbre d'entre eux est l'Etat palestinien, état revendiqué par le peuple palestinien mais non reconnu par une large partie des Etats existants. Les frontières du territoire géographique de l'Etat palestinien ne sont donc pas arrêtées et sont l'objet d'un conflit qui dure désormais depuis 60 ans.
Mais l'Etat Palestinien est sans doute le seul exemple au monde d'Etat qui a plus d'existence virtuelle que réelle. Dans un article intitulé La Palestine et ses fontières virtuelles 2.0, malheureusement pas en accès libre, Anat Ben-David écrit : "En 2000, l'Etat palestinien s'est vu accorder un statut officiel sur Internet au travers de l'octroi du nom de domaine national .ps, avant même d'avoir obtenu ce statut sur le terrain. Bien que la création d'un espace web palestinien officiel ait virtualisé la reconnaissance de l'Etat palestinien, elle découlait directement des besoins géopolitiques des Palestiniens sur le terrain. Dans la situation actuelle, le Territoire palestinien est divisé : la bande de Gaza et la Cisjordanie sont isolées l'une de l'autre, et les restrictions de déplacements empêchent toutes rencontres physiques entre des Palestiniens habitant des villes différentes.
Les Palestiniens sont donc dépendants des TIC pour maintenir une activité quotidienne normale : les TIC sont utilisées dans les écoles pour que se poursuivent les programmes d'enseignement, par les hôpitaux et les universités pour garder un contact avec le monde extérieur et par les individus qui souhaitent garder des relations sociales, informer, débattre, transmettre et s'engager dans une activité politique" Les parlementaires de Ramallah et de Gaza participent simultanément aux mêmes sessions par visioconférence. Plus loin, l'auteur souligne que pour les Palestiniens, la terre promise est plus sur Internet que dans la vie réelle, "un cyberespace idéalisé et imaginé qui ferait office de modèle pour un futur Etat sur le terrain".
Mas l'existence de la Palestine sur le net ne s'arrête pas au domaine .ps. De très nombreux groupes existent sur les réseaux sociaux, qui ne sont accessbles qu'aux inscrits. C'est là, selon Ben-David, que se dessinent les frontières du futur Etat, bien plus que sur les cartes géographiques proposées par les opérateurs tels que Google (sur Google Maps, le territoire palestinien est vide) ou le National Geographic, qui inscrit prudemment Jerusalem des deux côtés de la ligne verte...
Internet a donc ajouté une nouvelle couche de complexité à la notion d'Etat. Des diasporas, des minorités, des ressortissants de pays non reconnus, y trouvent un espace libre d'expression, qui prépare la transformation de la réalité physique. Loin de l'utopie, les Etats virtuels et autres communautés sans territoire font vivre des société et même des gouvernements qui sont, rappelons-le, deux des trois composantes constitutives de tout Etat.
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