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Publié le 03 octobre 2022 Mis à jour le 04 octobre 2022

La symbiose : un don du vivant pour apprendre vraiment ensemble ?

Les interdépendances qui nous renforcent

Poisson clown

« L'amour mutuel de la mère et de l'enfant décide, en fin de compte, du nouveau statut de l'enfant, transcendant le parasitisme biologique en symbiose affective. »

Edgar Morin

Une pensée fragmentée 

L'esprit occidental découpe le monde en tranches fines, réputées dès lors saisissables et intelligibles. Il privilégie bien souvent le compliqué au complexe. Il en résulte des pensées bien huilées, mécaniques, hors du vivant. Cette pensée souvent qualifiée de cartésienne en mémoire de l'un de ses plus fameux défenseur, René Descartes, nous apprend à nous délier du monde et à penser comme un sujet distancé de son objet d'observation. Cette pensée consacre philosophiquement l'idée de domination sur le vivant portée par la religion, en particulier par les juifs et les chrétiens invités à conquérir la terre . Ainsi, dans le livre de la genèse 1.27 est-il écrit

« Dieu créa l'homme à son image, il le créa à l'image de Dieu, il créa l'homme et la femme. Dieu les bénit, et Dieu leur dit: Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l'assujettissez; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre.… »

Une séparation s’insinue alors dans les esprits entre celui qui domine et celui qui est dominé qui accompagnera l’organisation hiérarchique, la pensée colonialiste et de nombreuses guerres.

Avec la notion de verticalité (de haut et de bas), de dessus et de dessous, du ciel et de la terre, du paradis céleste et des enfers souterrains, du bien et du mal, la religion, en particulier chrétienne, offre son lot de métaphores pour des raisonnements verticaux, séquentiels et binaires. La « logique du ou » s'installe progressivement. Les choses sont ainsi vraies ou fausses. Il n’y a pas de demi-mesure.

Pour les savants il s’agit dans un premier mouvement d’apprendre à discerner puis dans un deuxième  à recréer des liens ou (re)percevoir des flux quand l'outil même de la vision du monde est une machine à fragmenter et nécessite un effort pour recoller les morceaux. Dans la nature le vivant participe pourtant d'un continuum d'interrelation. Tous les phénomènes sont interdépendants, interreliés et mutuellement coextensifs. C’est « la logique du et » qui prédomine. Les flux sans cesse se composent et se délient. Une chose est vraie un instant puis fausse l’instant d’après. C’est aussi ce que dit la science qui procède par affirmation jusqu’à preuves du contraire.

De quoi sommes-nous le symbiote ?

L'écologie se définit  comme « la science des interdépendances entre les êtres vivants résultant des relations qu'ils entretiennent entre eux ».

Les liens dans le vivant sont décrits comme du parasitisme (l’un des organismes tire profit de l’autre pour son seul bénéfice, voire se développe à ses dépens), le commensalisme (les deux organismes en relation ne tirent pas de profit observables de la relation), du mutualisme (les deux organismes mettent en commun leurs ressources) ou de la symbiose (des propriétés émergentes se dessinent, imbriquant souvent des matériaux organiques). 

Les interdépendances les plus étroites sont les symbioses. 

"Symbiose  est un terme signifiant «vivre ensemble». Il décrit  une relation écologique entre deux organismes d'espèces différentes qui sont en contact direct l'un avec l'autre" Futura Sciences 

La symbiose est également un mode de vie qui augmente la force des entités en les unissant à d'autres au sein d'unités plus performantes. Chaque partie prenante de la symbiose contribue à former un symbiote.

Le symbiote est donc l'addition du patrimoine des deux organismes unis. Le symbiote permet de réaliser des performances qu'aucun des 2 partenaires ne réussirait seul.

À la fin du XIXème siècle, les études font rage sur l’union des lichens ou des algues. Butor 2019  décrit des relations symbiotiques entre des algues et des champignons. Après plusieurs semaines de culture commune, des cellules d’algues sont observées à l’intérieur des cellules de champignons. La symbiose se produit au niveau même de la cellule. La conclusion pose l’hypothèse que d’autres associations aussi étroites sont possibles dans la nature pour des organismes présents dans les mêmes milieux.

L’inverse de la symbiose est l’antibiose « Toute relation biologique dans laquelle, selon Vuillemin « un être vivant en détruit un autre pour assurer sa propre existence ».  Un antibiotique qui vient détruire la vie participe de l’antibiose. 

Les bactéries et les humains font bon ménage et vivent en réciprocité de destin. Tout bien pesé, ce sont 7 kilos de bactéries qui se déplacent avec l’humain que nous croyons être.

L’humain et l’animal vivent des relations spécifiques de domestication, de compagnonnage voire d’empathie réciproque, avec l’idée contemporaine d’animal sensible; l’animal est bien plus qu’une bête.

Même s'ils peuvent vivre indépendamment l’un de l’autre, et ne sont donc pas fusionnés, les liens de complicité de l’humain et de l’animal, les effets mutuels de l’un sur l’autre dans le registre émotionnel sont remarquables. Les humains profiteraient des bénéfices d’une symbiose avec leurs animaux de compagnie. Leur fréquentation orienterait leur conduite, notamment en allongeant leur durée de vie, leur santé voire même la confiance en soi. Les dialogues sans parole ouvrent à une écoute émotionnelle. 

Dans l’histoire de la domestication des chiens, les services mutuels apportés de sécurité, de protection, de nourrissage, de soin n’ont cessé de s’approfondir

La symbiose en pédagogie

Est-il possible d’observer des symbioses dans l’apprentissage ? Ce concept caractéristique du vivant est-il transposable aux idées humaines ? En tout cas les recherches en sciences de l'éducation évoquent le vivant comme modèle. 

À regarder la façon dont les peuples premiers coexistent avec la nature et de ses dons prodigieux, il est possible qu’une part de nos savoirs hérités proviennent de ce lien symbiotique avec la nature. 

Pourtant ce savoir être en symbiose disparaît des tribus comme les Bochiman, les Awas du Brésil, les Mursis africains du grand rift, les Tsaatans éleveurs de rennes  de Mongolie, la tribu indienne Ladakhi, les Huaorani qui se défendent contre les chercheurs d’or. Toutes ces tribus et leur savoir faire symbiotique avec le vivant disparaissent. 

Certains attribuent au pape François une inspiration sociétale des savoir-faire des sociétés andines. En quechua, ce buen vivi s’exprime ainsi sumak kawsay, sumak signifiant «plénitude, sublime, magnifique» et kawsay «vie ou être vraiment». Cette expression évoque une vision holistique du monde, dans laquelle « l’être humain est considéré comme partie intégrante de la nature ».

Dans des combats modernes proclament des « désobéissances fertiles »,  des activistes se réfugient dans les forêts pour les protéger. Ils se constituent en nouvelles tribus et cherchent plus de liens si ce n’est de symbiose avec la nature. 

Une philosophie nouvelle se mettrait même en place et pressent une évolution du libéralisme au symbiotisme avec des relations humaines, justes, bienveillantes et fraternelles. Pour ceux qui pensent qu’il s’agit d’une utopie, auraient-ils imaginés que la ségrégation raciale à l’œuvre aux USA, en Inde ou dans d’autres pays il y a 50 ans pouvait disparaître ?

L’« économie symbiotique », imaginée par l’écologiste Isabelle Delannoy, serait une alternative au capitalisme. Elle supposerait des apprentissages génératifs émanant de la rencontre entre les humains et leurs milieux.


Sources 

Futura sciences. Définition de la symbiose  https://www.futura-sciences.com/planete/definitions/nature-symbiose-260/  

Wikipédia Symbiose https://fr.wikipedia.org/wiki/Symbiose 

Cristol, D. (2019). Chapitre 3. L’apprenance un concept critique des sciences de gestion ?. Dans : Soufyane Frimousse éd., L'apprenance au service de la performance (pp. 35-50). Caen: EMS Editions. https://doi.org/10.3917/ems.frim.2019.01.0035 

Perru, O. (2006). Aux origines des recherches sur la symbiose vers 1868-1883. Revue d'histoire des sciences, 59, 5-27. https://doi.org/10.3917/rhs.591.0005 

point sur les recherches des naturalistes des années 1870-1880 au sujet de la symbiose sur les lichens

CNRTL Antibiose https://www.cnrtl.fr/definition/antibiose 

Butor, N. (2019). Algue-champignon, une symbiose inédite. Pour la Science, 504-, 14-14. https://doi.org/10.3917/pls.504.0014  

La Relève et La Peste https://lareleveetlapeste.fr/la-desobeissance-fertile-vivre-en-symbiose-avec-la-nature/   

Buen Vivi Société rêvée du pape François https://www.cath.ch/newsf/buen-vivir-societe-revee-pape-francois/  

Mécanique universelle Du libéralisme au symbiotisme https://mecaniqueuniverselle.net/humanite/symbiose.php 


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