À quoi le tourisme sert-il réellement ? La question peut se poser tant les voyageurs ont l’air de suivre stupidement une liste préétablie de lieux à visiter. Ils déambulent dans Paris, Venise, Abidjan, Tokyo, Mexico ou Montréal en se dépêchant de voyager d’un musée à un parc pour tout cocher. En profitent-ils vraiment ? S’intéressent-ils aux endroits qu’ils traversent ?
L’industrie touristique n’en a cure. Pousser la population à visiter le plus possible de lieux dits «incontournables» est bon pour les affaires. Or, dans un monde déjà stressant et misant sur la productivité, doit-on en plus se donner des objectifs constamment quand vient le moment de voir du pays ? D’autant plus que la question du «surtourisme» a obligé des autorités publiques dans plusieurs localités à mettre des restrictions sur le flux touristique, au grand bonheur des populations locales qui n’en pouvaient plus. Si, justement, les voyageurs en profitaient pour aller à la rencontre de ces gens et sortir des sentiers battus ?
L’éloge de la lenteur et de la spontanéité
Voilà ce que propose le « ralentourisme » (tourisme lent ou « slow tourisme ») qui semble de plus en plus attirer de touristes. Comme le nom l’indique, le principe de ce type de voyage n’est pas de miser sur la vitesse, bien au contraire. Cet état d’esprit est en lien direct avec les mouvements poussant à ralentir, dans sa vie, dans son alimentation, etc. Ainsi, plutôt que de vouloir tout voir dans une région donnée, on se pose, on voyage à son rythme, quitte justement à ne pas tout voir. Cela va littéralement a contrario du sentiment de la peur de manquer quelque chose (FOMO) si fréquente dans les réseaux sociaux.
À l’inverse des listes bien préétablies, le « ralentourisme » ne s’embête que peu, voire d’aucun programme. Il mise sur des transports plus durables, décarbonés comme le train, la marche et surtout le cyclotourisme qui y est presque toujours associé. Ainsi, les visiteurs ciblent une région sans savoir ce qu’ils vont visiter. Ils se laissent guider par les pistes cyclables, vont découvrir des endroits pittoresques où manger, vont rencontrer des gens dans les villages, leur parler et leur demander des points d’intérêts, etc. Contrairement à un voyage hyper organisé, un retard de train ou une fermeture non prévue d’un lieu ne causent pas de problèmes ou de déceptions. On se laisse aller sans réfléchir à ce qui est croisé sur le chemin.
D’ailleurs, ce tourisme permet de mettre en valeur des régions périurbaines et rurales souvent moins prisées par les voyageurs. Elle mise sur les petites routes, les établissements locaux, des activités contemplatives et des lieux associés aux plaisirs de la table et des produits frais.
Le « ralentourisme » se situe directement dans la catégorie du tourisme responsable qui compte sur des voyages plus écoresponsables, équitables et solidaires des localités et de leurs habitants. Bien des touristes en parlent dans un désir de voyager mieux, même si cela signifie faire moins de kilométrage et voir moins de choses.
Mettre en place ce tourisme
Au milieu des années 2010,
le Slow Tourisme Lab naissait en France afin de promouvoir et penser cette approche touristique plus saine et plus durable. Pour leurs dix ans, ils ont publié un livre blanc revenant sur le travail accompli et l’avenir de ce type de tourisme.
Comme ils l’expliquent, ce type de voyage n’est pas arrivé par une injonction à l’écoresponsabilité. Elle vient d’un désir profond de faire autrement, de miser sur la lenteur alors que le monde insiste sur la vitesse et la performance. Ils ont permis, par leurs travaux, de soutenir des projets dans la région de l’Aube et ailleurs en France afin que ces lieux, souvent ignorés des touristes, deviennent des endroits intéressants pour ceux cherchant à s’immerger dans ces territoires plus ruraux. Les sondages auprès de voyageurs montrent un intérêt de plus en plus développé pour ce type de périple.
D’autant plus que les localités voient alors bien mieux les retombées économiques touristiques que lorsque tout ne se passe que dans les grands centres et lieux classiques. Cela veut dire, par contre, pour les instances publiques le besoin de repenser ce type de tourisme en offrant des possibilités de se rendre plus facilement en train, à vélo et par d’autres moyens écologiques dans ces lieux. Pour les entrepreneurs cherchant à faire leur marque localement, ce genre de tourisme est une manne intéressante à condition qu’il soit financièrement accessible.
Ce tourisme n’est pas obligé d’être que rural. Il est aussi possible de penser un tourisme lent dans les villes en misant sur des milieux plus naturels, des pistes cyclables, des emplacements locaux moins fréquentés et des hébergements à taille humaine.
Attention toutefois à ne pas tomber dans les travers récents qu’ont apportés les Airbnb et autres qui ont nui à l'accessibilité du logement pour les habitants. Si le « ralentourisme » mène à du « surtourisme », cela aura été contreproductif. La France, l'Italie ou le Québec ne sont pas les seuls endroits qui y réfléchissent. De plus en plus de territoires en Afrique et en Asie mettent en place des approches afin que les touristes aillent davantage vers les communautés que vers les lieux archibondés.
Image : Paskvi de Pixabay
Références :
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Kiéma, Annabelle. "Le ‘slow travel’ pour voyager mieux." ConsoGlobe. Dernière mise à jour : 13 juillet 2025. https://www.consoglobe.com/le-slow-travel-pour-voyager-autrement-cg.
"Le ralentourisme, une tendance de voyage en pleine croissance." Radio-Canada.ca. Dernière mise à jour : 15 juin 2025. https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/feu-vert/segments/rattrapage/2095188/un-ete-a-heure-ralentourisme.
"Le slow tourisme, où l’art de voyager en prenant son temps." Cottage Parks. Dernière mise à jour : 10 avril 2026. https://www.cottageparks.fr/slow-tourisme/.
"Pourquoi le tourisme slow transforme un voyage ?" Detour Odyssey. Dernière mise à jour : 1er mai 2025. https://detourodyssey.com/pourquoi-le-tourisme-slow-transforme-un-voyage/.
Roye, Karine. "Le slow tourisme : le pratiquez-vous ?" RadioFrance. Dernière mise à jour : 30 mars 2026. https://www.radiofrance.fr/francebleu/podcasts/bienvenue-chez-vous-ici-pays-de-savoie/le-slow-tourisme-le-pratiquez-vous-8412594.
"Slow tourisme : une opportunité stratégique pour les entrepreneurs ?" Bpi France. Dernière mise à jour : 31 juillet 2025. https://bigmedia.bpifrance.fr/nos-dossiers/slow-tourisme-une-opportunite-strategique-pour-les-entrepreneurs.
"Slow tourisme et rencontres humaines : 8 destinations pour voyager autrement avec le tourisme équitable." Label Tourisme Équitable. Dernière mise à jour : 10 févier 2026. https://www.tourisme-equitable.org/slow-tourisme-et-rencontres-humaines-8-destinations-pour-voyager-autrement-avec-le-tourisme-equitable/.
"Voyager lentement : la tendance du slow travel expliquée." Leparisien.fr. Dernière mise à jour : 15 décembre 2025. https://www.leparisien.fr/guide-shopping/loisirs-voyages/voyages/voyager-lentement-la-tendance-du-slow-travel-expliquee-15-12-2025-H7CGWDCD5FEXNHXHY2B6ILOW54.php.
Welté, Jean-Baptiste, Isabelle Frochot, and Fo-Yovo Gérome Koutremon. "Le slow tourisme : ralentir pour mieux voyager ?" The Conversation. Dernière mise à jour : 19 août 2025. https://theconversation.com/le-slow-tourisme-ralentir-pour-mieux-voyager-261276.
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