Claude Caillet a travaillé pendant de
nombreuses années au CNAM à Paris. Il a consacré un temps
significatif, avec une petite équipe de collaborateurs, à la conception et à la mise en oeuvre de formations
destinées aux commerciaux, dispositifs hybrides qui ont rencontré
un vif succès. Nous lui avons demandé en quoi cette modalité de
formation était préférable à d'autres.
Claude Caillet, pouvez-vous nous
présenter les formations hybrides dont nous allons parler ?
Il s'agit de formations diplômantes en
commerce et marketing, distribuées via l'ICSV, l'Institut Commercial
Supérieur de la Vente du CNAM. Ces formations conduisent à trois diplômes :
Au niveau Bac + 3, diplôme
professionnel d'études supérieures commerciales;
Au niveau Bac + 4, titre de responsable
commercial;
Au niveau Bac + 5, master 2
distribution – vente.
Concrètement, la majorité de ceux qui
s'inscrivent au premier niveau poursuivent leurs études jusqu'au
Master 2.
Il s'agit donc de formations hybrides.
Pouvez-vous nous en dire davantage ?
Vous savez que de nombreux auditeurs
(étudiants) du CNAM suivent des cours du soir. Or, cette modalité
de suivi d'études pose des difficultés grandissantes. D'une part,
parce que les différentes formations ne sont pas toutes dispensées
dans tous les centres régionaux du CNAM; d'autre part, parce que les
auditeurs sont de moins en moins disponibles, dans la mesure où ce
sont en majorité des personnes qui ont une activité professionnelle.
Le défi était donc de proposer des
cursus de formation diplômants accessibles à un large éventail
d'auditeurs. Nous avons choisi de monter un dispositif hybride de
formation mêlant cours en présence et activités à distance, dans
un continuum.
Au niveau de l'apprenant, comment la
formation se déroule t-elle ?
L'apprenant s'inscrit à l'une des
formations dans son centre régional du CNAM (ou le centre régional dispensant la formation choisie le plus proche de chez lui). C'est une particularité
sur laquelle je reviendrai. Il a alors accès à la plateforme de
formation de son centre et à un certain nombre d'outils supplémentaires
utilisables à distance. Il suit ses cours en présence dans son
centre régional également, à raison d'un regroupement de deux jours tous les
mois. En-dehors de ces deux jours, il travaille entièrement à
distance. Il a accès au contenu de cours à distance à travers des
vidéos enregistrées par des « experts », il suit une
webconférence par semaine avec l'enseignant tuteur de formation (un enseignant tuteur par UE) et ses pairs
et surtout, il participe à de nombreux travaux collaboratifs.
Oui, l'importance des travaux
collaboratifs à distance est manifestement la principale valeur
ajoutée de ce dispositif de formation...
Tout à fait. Globalement, chaque unité
d'enseignement (UE) est composée de 6 à 8 heures de vidéos, 20 à
25 heures de travail collaboratif tutoré et une vingtaine d'heures
de cours en présence. L'apprenant suit toujours deux UE en parallèle
(chaque UE étant délivrée sur une durée de 8 semaines), pour un
total de 350 heures de formation par diplôme, d'octobre à juin. On
constate donc que le travail collaboratif tutoré occupe environ la
moitié du temps effectif de formation, ce qui est considérable, et
répondait à une volonté de notre part.
Qui assure le rôle de tuteur sur ces
formations ? Est-ce la même personne que celle qui enregistre les
vidéos de cours ?
Non, pas du tout. Les vidéos peuvent
être comparées à des livres : elles mettent en scène des
spécialistes de chaque domaine qui fournissent les fondamentaux. Ces
contenus sont livrés « bruts »; ils ne sont pas
scénarisés. La scénarisation est effectuée par l'enseignant –
tuteur (différent de l'expert ayant enregistré les vidéos), qui dispose donc des vidéos, du cahier des charges de la formation et de ses objectifs pédagogiques. A
partir de ce matériel, il scénarise le parcours de formation. Il s'inspire pour cela d'un scénario générique élaboré par l'enseignant référent de la spécialité enseignée.
Ca ne doit pas être évident, pour un
enseignant, de travailler avec le matériel conçu par d'autres...
Les enseignants n'aiment pas ça, en général.
Pourtant, les enseignants ont
l'habitude de travailler avec des manuels et des programmes ! Leur
liberté pédagogique tient à la manière d'agencer ces éléments,
de les apporter aux apprenants et de faire que ces derniers les
assimilent au travers d'activités. Notre démarche respecte ce
schéma classique : l'enseignant tuteur a un matériau de base mais
il est seul maître de son scénario final. Il a toute liberté pour choisir ses propres exemples, les ressources complémentaires fournies aux apprenants, etc. C'était un point très
important dans le cas particulier du CNAM, puisque l'institution a
des enseignants dans les centres régionaux, qui mettent en oeuvre
toutes leurs habiletés pour s'approprier la formation, animer les
interactions et activités avec les apprenants. Actuellement, les
formations de l'ICSV sont distribuées dans 5 centres régionaux, et
donc par les équipes enseignantes de ces 5 centres, sauf le Master 2
qui n'est actuellement disponible qu'à Paris et en Rhône-Alpes.
Le rôle de l'enseignant tuteur est
donc essentiel...
Primordial. Il faut comprendre que le
contenu des vidéos n'est pas de la « connaissance »,
juste de l'information. A l'enseignant tuteur et aux apprenants bien
sûr de transformer cette information en connaissances. Pour ce
faire, l'enseignant tuteur compose des groupes de 3 apprenants en
début d'unité, de manière aléatoire, de manière à se
rapprocher de la situation de travail dans laquelle on ne choisit
généralement pas ses collaborateurs ! Pour chaque UE, le tuteur
engage les apprenants dans un travail qui durera deux semaines, sur
la base du schéma suivant :
- Exploration du sujet;
- Apport
d'informations via les vidéos;
- Recherche de complément
d'information;
- Organisation interne à chaque groupe en vue de la
production;
- Production d'un document (généralement écrit);
- Rendu.
Et cela, à quatre reprises dans chaque
UE. Chaque UE est évidemment sanctionnée par un examen.
Chaque semaine, les apprenants se
réunissent avec leur tuteur pour une webconférence. C'est
l'occasion pour eux de faire le point sur les contenus et les travaux
en cours. Chaque webconférence fait l'objet d'un compte-rendu
réalisé par l'un des apprenants.
Concrètement, avec quels outils
travaillent les apprenants ?
Ils visionnent les vidéos sur un site
dédié, le même pour tous; ils réalisent les travaux collaboratifs
sur la plateforme propre à chaque centre régional. Ils utilisent en
particulier un wiki intégré, sur lequel ils réalisent leurs
travaux de groupes. Ils utilisent aussi la fonction forum de la
plateforme, et les webconférences sont réalisées à l'aide d'Adobe
Connect Pro. Pour communiquer entre eux, ils ont le choix des outils.
Beaucoup utilisent Skype, et la messagerie électronique classique.
Les apprenants doivent aussi se former en anglais. Nous avons choisi l'outil Tell Me More, que les apprenants utilisent en autonomie.
Avez-vous pu mesurer l'apport du
travail collaboratif dans ces formations ?
Il est énorme. Le rythme est très
soutenu : pour chaque UE, les apprenants ont 8 webconférences, 4
travaux à rendre et un examen. Et n'oubliez pas qu'ils suivent
toujours deux UE en parallèle ! Eh bien, malgré tout cela, les
apprenants sont énormément investis. Cela, on le doit
majoritairement à l'omniprésence du travail collaboratif, et aux
modalités de tutorat rapproché. Nous avons très peu d'abandon. Le
fait que beaucoup d'apprenants poursuivent leur parcours de formation
sur deux ou trois ans est également un signe de leur satisfaction.
Nous utilisons d'ailleurs ce point fort : chaque année, lorsque les
nouveaux arrivent, ils sont accompagnés par ceux qui connaissent
déjà le dispositif et en sont les meilleurs défenseurs.
On constate donc que c'est la
collaboration entre apprenants qui permet à ces derniers de bâtir
une aussi grande quantité de connaissances. De plus, en suivant ces
formations ils apprennent à travailler ensemble et nombre d'entre
eux nous ont dit qu'ensuite, ils appliquaient le travail collaboratif
dans leur travail.
On comprend bien l'intérêt du travail
collaboratif pour les apprenants, mais qu'en est-il des enseignants ?
Ca ne doit pas être tout à fait simple pour eux, d'endosser leur
rôle de tuteur, alors qu'ils sont habitués à la fonction
enseignante en présence...
C'est vrai, mais les plus aguerris
accompagnent là aussi les nouveaux venus dans le dispositif; ces
derniers reçoivent aussi une formation spécifique et ils sont épaulés par
le coordinateur de formation (le responsable pédagogique de chaque
centre); ils sont également aidés par les apprenants qui
connaissent déjà le dispositif, et qui les informent sur l'attitude
à adopter. En peu de temps, les choses se mettent en place. Il y a
un changement fondamental de posture, pour l'enseignant : il n'est
plus assimilé au « savoir » (les informations étant
délivrées via les vidéos), il devient activateur d'apprentissage.
Son rôle fondamental, c'est la facilitation.
Cette culture de la collaboration et de
la facilitation rompt avec le modèle classique de l'enseignant
universitaire...
Bien entendu. Mais compte-tenu de ce
que ces nouvelles postures apportent, en termes d'efficacité de la
formation, de prise d'autonomie des apprenants et de transférabilité
des acquis, notamment méthodologiques, sur les situations de
travail, je ne vois pas pourquoi on ne devrait pas militer pour leur
expansion, dans de nombreuses institutions. Je suis bien décidé à
m'y employer !
L'ICSV
Retrouvez Claude Caillet dans cette
vidéo, qui présente les formations hybrides lors d'une remise de
diplôme à l'ICSV Rhône-Alpes Auvergne