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Publié le 31 janvier 2023 Mis à jour le 01 février 2023

Rétro-ingénierie ou la copie autorisée

Collage, copiage, innovation, invention

Toile d'araignée sur cloture

Rétro-engineering, copie de la fonction ou du mécanisme de la fonction ?

La rétro-ingénierie nous renvoie à une analyse d’un système ou à une inspiration d’un système. 

Au Burkina Faso, il y a quelques années, j’ai vu un inventeur fou qui à réinventé une machine à tisser, une couveuse à oeufs et plein d'autres objets utiles pour ses clients. Il prenait une fonction qui existe et il la recréait avec les moyens du bord, les possibilités de son pays.

Est-ce réellement un inventeur ?

“Un inventeur (ou une inventrice) est une personne qui invente, c'est-à-dire qui est la première à avoir l'idée d'un nouvel objet, produit, processus, concept ou d'une nouvelle technique ; l'inventeur est à distinguer de l'innovateur et de l'entrepreneur. Dans le cas particulier de la découverte d'une chose enfouie dans le sol ou sous une étendue d'eau, l'inventeur de cette chose est la personne qui en a fait la découverte”

Source wikipédia - Inventeur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Inventeur

Non, ce n’est pas un inventeur car l’idée ne vient pas de lui. Est-ce un innovateur ou un entrepreneur ? Est-ce alors un innovateur ? Allons voir :

“Un innovateur est une personne qui innove, c'est-à-dire qui produit une innovation. Il se définit donc au premier titre par la nature de sa contribution, qui est nouvelle. Il faut le distinguer d'un entrepreneur, qui, sans nécessairement apporter une contribution nouvelle, agit sur le monde et participe aussi à le transformer”.

Source wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Innovateur

Apparemment pas non plus. Qu’est-ce que c’est alors ? En cherchant, je suis tombée sur cette définition qui me semble pas mal même si elle est détournée.

“Un photocopieur, parfois abrégé en copieur, ou une photocopieuse, est un appareil de reprographie permettant de reproduire un document rapidement et à faible coût lorsque le nombre d'exemplaires à reproduire est relativement peu élevé.”

Source wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Photocopieur

Si on laisse de côté le biais cognitif d’évaluer le copieur comme étant une mauvaise personne, alors que la Chine considère le copieur comme le plus respectueux des élèves d’un maître et qu’ailleurs si on creuse, on lui associera d'autres défauts et d’autres qualités. Mon inventeur fou, en fait de par définition, serait un copieur. La réingénierie serait contextuellement positive ou négative.

Je commence avec ce sujet, car, ce qui s’énonce bien, se comprend bien. Mais, ici, il n’y a pas de mot positif pour décrire cette action ou la personne qui crée par cette action. 

La rétro-ingénierie de la forme est donc une copie. 

En tant que conceptrice technologique et de programme sociaux, je n’aime pas me faire copier. J’ai même écrit un cours pour la HEG de Carouge au sujet des droits d'auteur, de la propriété intellectuelle et des conséquences des copies.

Ma conclusion a toujours été de dire qu’une personne qui copie votre technologie de l’extérieur ne peut faire qu’une pâle copie car cette personne n’a pas en tête les multiples niveaux de profondeur qui sont les vôtres et qui sous-tendent l’existence de votre technologie. Mais comme notre monde est focalisé sur le résultat, donc sur l’objet et non sur le processus qui a permis de créer l’objet, même si votre copieur a créé un sous produit, un ersatz du votre, l’investisseur ne pourra pas faire la différence entre votre produit et celui de votre copieur.

“Un copycat, c’est une startup qui a copié une startup implantée dans un pays pour la développer sur un nouveau marché géographique. Au-delà de la question de l’éthique et de l’image de la startup, dont beaucoup d’entre nous n’ont cure, la question de la faisabilité et de la pérennité d’un tel modèle se pose. Peut-on vraiment implanter un copycat facilement ? Ce qui marche à l’étranger marche-t-il toujours chez nous ?

« C’est en copiant qu’on invente »

Le premier arrivé sur le marché n’a en moyenne « que » 7% du marché une fois ce dernier consolidé.

Je ne me permettrais pas de juger, tout d’abord parce que je ne suis personne pour cela. Et parce qu’il n’y a pas de honte à avouer que nous n’avons pas tous des idées brillantes. Et parfois, un peu d’inspiration fait du bien. Comme au bac quand vous regardiez sur la copie du voisin. Enfin, parce que comme disait Paul Valéry « c’est en copiant qu’on invente ».

Il y a deux formes de copycats. Le copier / coller, qui consiste à tout imiter au pixel près (cf. les frères Samwer) et le copier / modifier, qui s’inspire d’une idée et l’adapte à un marché, comme PriceMinister (copycat de half.com) de Pierre Kosciusko-Morizet.”

Source : #Copycat : copier une idée de start-up pour réussir ?
https://wydden.com/startup-copycat/

Il est clair que coller et donc faire des «copycats» en dehors de n‘être pas éthique est risqué car chaque marché est différent. Copier, c’est aussi adapter la solution finale. C’est plus intelligent, mais toujours pas éthique pour un sou. Après il faut voir quand on est dans l’hyper innovation si ça n’est pas utile. Car quand on ouvre un marché en premier, on perd beaucoup d’énergie à évangéliser, à faire changer les habitudes., etc.

Beaucoup d’énergies, c’est beaucoup d’argent. Autodesk dans les années 2000 a acheté un nouveau moteur technologique pour remplacer son fameux Autocad qui arrivait en fin de parcours. Quand une directrice commerciale doit lancer ces nouveaux produits sur le marché, ce qui était mon cas vers 2006, c’est une totale aventure, mais c’est un rendement sur une très longue période. Et, les nouvelles compagnies la plupart du temps n’ont pas les reins assez solides pour attendre plusieurs mois, voire années pour atteindre le niveau d’adoption.

Donc quelquefois se faire copier peut se révéler assez malin, car, c’est le copieur qui va perdre son argent et son énergie pour arriver au niveau d’adoption de nos futurs clients. Une entreprise essoufflée est souvent moins sexy qu’une entreprise qui arrive toute fraîche sur le marché, qui a évalué les défauts du premier arrivé et qui au final propose des solutions plus adaptées. Donc, rien de désespéré si l’on vous copie, profitez-en pour rebondir et au final être les meilleurs. Ça c’est pour le cas où vous avez un copieur qui est d’égale taille avec vous. Par contre, si c’est un poids lourd dans la concurrence ou un génie qui passait par là et qui fait de votre projet leur nouveau diamant, vous pouvez changer de produit.

Le copieur en Occident n’a pas bonne presse mais cela ne veut pas dire qu’il sera poursuivi pour ses actions. En Afrique et dans les pays en développement, c’est un peu plus compliqué. On va appeler cela de l’intelligence frugale, car, en fait, vos produits, si ils les copient avec les conditions économiques actuelles, en fait, ils ne vous prennent pas de part de marché car il n’y a souvent pas de clients, vos prix sont trop élevés. Mais le besoin existe quand même, alors c’est de la copie de la forme ou de la fonction avec les moyens du bord.

Alors notre copieur, il va s’appeler comme cela car il n’a pas de nom ni positif, ni constructif. Ce serait bien de lui en donner un un jour. En attendant, notre copieur ne se sent pas comme un voleur d’idées mais comme un apporteur de solution pour sa communauté. Ce qui philosophiquement est très différent. Mais, cela pose quand même le problème des droits d'auteur. D’un autre côté, lorsque l’on copie un brevet et qu’on le modifie, notre système capitaliste considère que ce n’est pas le même produit. Le flou est bel est bien présent au final.

La rétro-ingénierie, c’est aussi aller fouiller les entrailles des produits. Je vais prendre ici l’exemple de la nature. La nature que l’on peut piller, voler,... sans vergogne car elle n’a ni avocat, et presque pas de droits à la parole.

“La biologie a longtemps été une science de la découverte de ce qui existe. À l’inverse, la biotechnologie implique une démarche de création, d'invention et d'innovation. En ce sens, l'UTC et l'UPJV ont créé depuis plus de 30 ans de nouvelles voies pour la mise en œuvre de fonctions biologiques, à la fois pour expliquer les comportements des systèmes vivants mais également pour élaborer des outils technologiques.”

Source : Parcours Biotechnologies des ressources naturelles (Biotech)-
https://www.utc.fr/formations/diplome-de-master/mention-chimie-ch/parcours-biotechnologies-des-ressources-naturelles-biotech/

Les recherches sur les domaines de la biologie sont toutes en fait de la rétro-ingénierie. Notre histoire des innovations pose des mots sur les choses, les actions et il a fallu plusieurs siècles pour prendre conscience que la biologie est de la rétro-ingénierie. C’est important à notre époque de mettre des mots là-dessus, car si je disais que la nature n’a pas d’avocat, en fait c’est vrai presque partout sauf sur les territoires primaires peu explorés où l’industrie pharmaceutique par exemple a déposé des brevets abusifs sur des substances de plantes millénaires comme en Afrique, en Inde, au Brésil. Et, depuis quelques années, des mesures ont commencé à se mettre en place contre ce que l’on appelle la biopiraterie. En 2020, voici un extrait d’article sur la biopiraterie en Europe :

“La coalition « Pas de brevets sur les semences » a publié un rapport concernant de nouvelles demandes de brevet portant sur des méthodes de sélection conventionnelle de plantes et d'animaux. Selon le droit européen des brevets, ces méthodes ne peuvent pas être brevetées. Pourtant, entre début 2018 et fin 2019, plus de 100 demandes de brevet portant sur la sélection conventionnelle ont été déposées.

Le rapport présente onze exemples typiques de demandes de brevet problématiques sur des légumes, sur la bière et l'orge, ainsi que sur des animaux d’élevage – dont certains sont aussi des cas de biopiraterie. Il s’agit notamment de demandes portant sur des types de poivrons récoltés à l'origine au Mexique, dont l'utilisation dans la sélection pourrait désormais être couverte par un brevet. D'autres exemples concernent la résistance naturelle aux maladies que l'on trouve dans des plantes sauvages de basilic, des melons musqués au rouge intense ou des endives qui brunissent moins rapidement après la récolte. Le rapport mentionne encore d’autres demandes de brevet sur l’épinard, le maïs, la tomate, l'aïl, l’artichaut, l’aubergine, la betterave, le brocoli, le manioc, le chou-fleur, le céleri, le coton, la pomme de terre et le riz, ainsi que les bovins, les porcs, les moutons, les chevaux, les chèvres, les lapins et les volailles.

Toutes ces demandes de brevets ne portent pas sur des procédés de génie génétique, mais bien sur des méthodes conventionnelle, résultant de processus aléatoires, de croisement et de sélection. Le droit européen des brevets stipule que le brevetage des méthodes de sélection « non techniques » est interdit. Cependant, un chaos juridique règne actuellement à l'Office européen des brevets (OEB), suite à des décisions prises par le Conseil d’administration et la Chambre de recours technique en 2017 et en 2018. Face à ses propres contradictions juridiques, l'OEB a suspendu en 2019 toute attribution de nouveaux brevets dans le domaine de la sélection conventionnelle. De nouvelles décisions sont attendues en 2020”.

Source : Onze raisons d’interdire les brevets sur les plantes et animaux en Europe - 29 avril 2020 - https://www.publiceye.ch/fr/news/detail/onze-raisons-d-interdire-les-brevets-sur-les-plantes-et-animaux-en-europe

En 2022, toujours la biopiraterie dans les pays du sud : 

“Les pays du Sud exigent que les nations favorisées partagent les bénéfices des ressources biologiques extraites sur leurs territoires, utilisées à des fins médicales, agricoles ou industrielles. Cette question de la biopiraterie constitue un obstacle majeur lors des négociations actuelles de la COP15 sur la biodiversité.

En 2016, l’écoféministe et écrivaine indienne Vandana Shiva est intervenue au Global Institute of Sustainability and Innovation de l'Université d'Arizona pour expliquer ce qu’est la biopiraterie, en présentant le cas du brevetage des semences.

"Un brevet est le droit d'un inventeur d'exclure quiconque de fabriquer, utiliser, vendre, distribuer ce qu'il a inventé. Le problème, c'est qu'en ce qui concerne les semences, ce ne sont pas des inventions", a-t-elle déclaré. "Ce qui se produit, c'est : 'Vous venez me voir et vous prenez la semence'. Et puis vous la brevetez et dites : 'Je l'ai créée et maintenant vous me payez des royalties'. C'est de la biopiraterie."

Les bioressources que l’on retrouve dans les pays riches – les graines, les plantes, les animaux et même les composés chimiques – ont longtemps été des ressources naturelles extraites durant la colonisation, lorsque les empires pillaient les territoires qu'ils occupaient.

Brevetées et exportées, ces ressources ont permis des découvertes révolutionnaires en médecine, en agriculture et même en cosmétique. Ces avancées auraient été impossibles sans les connaissances traditionnelles des communautés autochtones locales, qui n'ont souvent pas été reconnues ni rémunérées pour cela”.

Source : Biopiraterie : le combat des pays du Sud contre l'exploitation des ressources naturelles - 11.12.2022 -
https://www.france24.com/fr/plan%C3%A8te/20221211-biopiraterie-le-combat-des-pays-du-sud-contre-l-exploitation-des-ressources-naturelles

La place des autochtones demeure un  problème de la rétro-ingénierie, comme de la copie, elle est très proche de la position du concepteur d’un projet. De la même façon, un concepteur ne pourra plus utiliser sa propre invention qui lui a été volée quand elle est brevetée à l’identique ailleurs, une communauté par exemple devra peut-être payer des redevances sur des haricots qu’elle plante depuis 2000 ans. 

Et, ce n’est pas un cas théorique, un américain un jour va au Mexique et tombe sur des haricots non référencés dans le catalogue des semences américaines. Il les brevète et dans les mois qui suivent tous les paysans mexicains de part la loi sont obligés de lui payer des redevances. Je vous conseille l’excellent documentaire les Pirates du Vivant de Marie Monique Robin qui reprend ce cas parmi bien d’autres.

Imaginez un monde, personne ne sait comment sera le monde de demain : où des chercheurs percent le mystère, prenons un exemple théorique, de comment les araignées font leurs toiles d’araignées et que la société de protection des araignées reçoivent un jour une facture à payer pour toutes les toiles d’araignées du monde entier qui ont été fabriquées car la méthode est brevetée.

Ubuesque me direz-vous ? Après avoir lu cet article, envisagez-vous le monde différemment ?

Source image : Pixabay - JPlenio


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