Stabilité et Instabilité
Comme la définition des mots pose et illustre les réalités, le premier réflexe est d’aller chercher la définition du thème de cet article, soit : la stabilité, pour se rendre compte qu'une définition unique de la stabilité n'existe pas, il y en a des dizaines et pratiquement une par domaine.
La stabilité serait-elle un état de grâce face à de multiples autres états ? Ou alors est-ce qu’elle existe par le fait que son contraire existe. Un peu comme l’ombre et la lumière. Dans ce cas, l’ombre n’existe que parce qu’existe la lumière car sinon c’est le néant ou la non conscience de la réalité de la lumière. La définition de l’instabilité se situe presque de la même façon que pour la stabilité, avec encore moins de solutions.
La métastabilité
En revanche, une définition connexe aux deux mots est la métastabilité. C’est une définition intéressante car elle est contraire à la croyance que l’instabilité dans un monde instable démultiplie l’instabilité. Mais, la métastabilité parle de chocs qui vont figer l’instabilité vers un état d’ultra-stabilité.
“La métastabilité est la propriété d'un état d'apparence stable mais qu'une perturbation peut faire aller rapidement vers un état encore plus stable. En l'absence de perturbation significative la vitesse de la transformation menant à l'état stable peut être très faible, voire quasiment nulle. En réponse à une perturbation déclencheuse la transformation peut être très rapide, voire quasi instantanée.”
Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9tastabilit%C3%A9
Que penser de mots qui n’ont pas de vraie définition ? Comme des reflets, des miroirs d’une autre réalité ou des âmes.
L'Humain et la stabilité
Plus loin dans la définition de la Metastabilité de Wikipédia, l’article propose la définition de l’ontologie existentialiste qui ouvre un champ exploratoire aussi très intéressant :
“Dans L'être et le néant (1943), Jean-Paul Sartre s'empare du concept de métastabilité originellement inventé par les sciences naturelles pour élaborer son ontologie de l'homme. L'ouvrage entier se présente comme une investigation ontologique (interrogation sur le sens de l'être) menée à partir de la méthode phénoménologique.
Dès l'introduction Sartre établit que l'appréhension philosophique de l'être aboutit nécessairement à la dualité être en-soi et être pour-soi, respectivement être des choses et être de la conscience ou de l'homme. C'est après avoir découvert le néant au cœur de la conscience dans la première partie nommée, qu'il développe le concept de métastabilité de la conscience. C'est notamment à partir de l'exemple du garçon de café, c'est-à-dire de ce serveur stéréotypée que l'on voit occuper presque excessivement sa profession en manifestant une aisance et une nonchalance affectée, que le philosophe découvre que l'être de la conscience, c'est-à-dire le "pour-soi", se caractérise par ce paradoxe ontologique qu'il est ce qu'il n'est pas et qu'il n'est pas ce qu'il est.
Il veut dire par là que la conscience est fondamentalement néantisation de son passé et projection vers son futur. La métastabilité est à la source de l'anthropologie sartrienne : l'existence humaine se définit par cette condition d'incertitude, de doute, d'angoisse et de désir, l'homme ne sait jamais exactement qui il est sans qu'on puisse dire pour autant qu'il n'est rien.
Ce concept ouvre alors la voie à une phénoménologie de la liberté : l'identité de l'homme n'est jamais stable car l'homme choisit librement son être”.
Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9tastabilit%C3%A9
Qu’est-ce que l’homme ? Peut-être est-ce la définition de l’homme qui est en jeu ici. Si nous considérons que nous sommes fait d’énergies, quoi de plus instable que les énergies, surtout quand elles se rencontrent entre deux êtres. Et qu’est-ce qui crée notre cohérence corporelle ? C’est l’étincelle de la vie. À partir du moment où l’étincelle s’éteint, l’énergie qui maintient les cellules se disperse et c’est le chaos de la mort des cellules.
Stabilité des récurrences, des modèles
L’observation d’états récurrents est une des clefs fondamentales : le corps va se dégrader mais selon une chronologie commune à toutes les personnes décédées. Coexistent alors l’instabilité du moment mais aussi la stabilité du modèle. Les états d’instabilité et de stabilité peuvent donc être simultanés sur une même situation.
Mais, est-ce que la mort n’est pas une autre forme de stabilité ? En fait la stabilité et l’instabilité ne sont pas des faits mais des états différents, voir successifs, contigus ou autres. Si on prend l’eau comme exemple. Celle-ci peut exister sous plusieurs états, solide en glace, liquide à température ambiante, gazeuse sous forme de nuage. Quel est l’état stable de l’eau ? Y-a-t-il des états instables de l’eau ? Peut-être que l’eau portée à ébullition est elle instable ?
C’est juste une décision, un point de vue en fait, comme sur un thermomètre, l’état zéro est défini comme une norme, le fondement d’une échelle pour lire la stabilité ou l’instabilité de l’état du froid ou de la chaleur. C’est une décision arbitraire à partir de laquelle on va pouvoir stabiliser la vision et la réalité d’un écosystème.
L'effet papillon
Les choix sont faits et la réalité nous propose la facette que nous avons décidé de par nos choix et qui structure notre réalité. Un monde identique, dans toute cette matière en mouvement ? Peut-être est-ce un challenge qui nous dépasse. L’effet papillon est là pour nous rappeler que le simple battement d’aile d’un papillon peut modifier l’ordre du monde sous toutes ses dimensions, alors que ce même papillon n’a sans doute jamais pensé avoir cet effet.
“« Effet papillon » est une expression qui résume une métaphore concernant le phénomène fondamental de sensibilité aux conditions initiales de la théorie du chaos. La formulation exacte qui en est à l'origine fut exprimée par Edward Lorenz lors d'une conférence scientifique en 1972, dont le titre était :
« Le battement d'ailes d'un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ? ».”
Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_papillon
Le chaos, voici deux fois que ce mot est cité !
Le Chaos et la structure
“La théorie du chaos est une théorie scientifique rattachée aux mathématiques et à la physique qui étudie le comportement des systèmes dynamiques sensibles aux conditions initiales, un phénomène généralement illustré par l'effet papillon.
Dans de nombreux systèmes dynamiques, des modifications infimes des conditions initiales entraînent des évolutions rapidement divergentes, rendant toute prédiction impossible à long terme. Bien que ce soient des systèmes déterministes, dont le comportement futur est déterminé par les conditions initiales, sans aucune intervention du hasard, ils sont imprévisibles (au moins dans le détail) car on ne peut pas connaître les conditions initiales avec une précision infinie.
Ce comportement paradoxal est connu sous le nom de chaos déterministe, ou tout simplement de chaos.
Le comportement chaotique est à la base de nombreux systèmes naturels, tels que la météo ou le climat. Ce comportement peut être étudié grâce à l'analyse par des modèles mathématiques chaotiques, ou par des techniques analytiques de récurrence et des applications de Poincaré. La théorie du chaos a des applications en météorologie, climatologie, sociologie, physique, informatique, ingénierie, économie, biologie et philosophie”.
Source : La théorie du Chaos - https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_du_chaos
La notion d’instabilité est proche de celle du chaos, excepté que la théorie du chaos s’est construite à partir d’un état stabilisé que l’on peut appelé zéro, mais qui, comme pour le thermomètre, est un choix, un capture d’image d’un état à un instant T au milieu d’une infinité d’autres choix. La méga-complexité entre ici en action car cet instant T est unique et non duplicable, noyé dans la masse comme une aiguille dans une botte de foin.
La notion de l'échelle et de point de vue est aussi fondamentale
Si une aiguille est regardée par un microscope alors on y constatera une aiguille qui ressemble à d’autres aiguilles selon un angle stable. Mélangée dans une meule d’aiguilles, la meule paraitra instable car mélangée sous toutes ses dimensions, alors qu’une meule parmi d’autres meulent pourront exister dans un champ qui lui par sa nature de territoire sera stable.
La théorie de la relativité basée sur la position des objets pourrait servir de modèle pour une théorie de la stabilité. Un état s'évalue par comparaison à un autre état mais aussi par rapport à une échelle d’observation. L’exemple du climat est intéressant. Le climat évolue en permanence, il est donc instable, mais il est composé d’éléments stables et bien définis dans leurs modèles : les orages, les typhons, la pluie…
Et selon que vous soyez une fourmi, un homme ou dans un avion, votre expérience de la pluie vous paraîtra stable ou instable. La fourmi pourra se faire écraser par une goutte qui va générer une catastrophe, l’humain selon son habillement pourra être au sec ou mouillé avec une alternative stable et instable contextuelle et l’avion pourra avoir des positions multiples face au nuage de pluie.
Versus ou complémentaires ?
En fait, ce n’est pas la bonne question à poser au sujet d’un état. Ici, le fondement touche à la réalité. Une réalité multiple, mouvante, superposée ou pas. L’eau, le climat, les aiguilles ne sont pas uniques, ces situations se retrouvent dans le fonctionnement humain par exemple et dans le fonctionnement des élèves, dans le fonctionnement des écosystèmes, dans le fonctionnement de la foule, dans le fonctionnement des données.
Cette dimension est peut-être la clef la plus complexe à intégrer pour qui fait des doubles digitaux des humains ou ceux qui essayent de faire des liens de compréhension entre les humains et les machines. Les machines sont très factuelle et stables, c’est pourquoi aujourd’hui elles ne peuvent pas prétendre à égaler cette capacité du vivant à intégrer la complexité de l’instabilité qui cohabite avec la stabilité.
Qualités ou défauts ?
L'attention est une qualité mais aussi un défaut. Il y a quelques mois, j’ai réalisé une étude dédiée à l’industrie automobile avec une analyse très poussée sur comment prévenir les accidents automobiles. La conclusion est que le facteur majeur des risques est le conducteur lui-même dont le comportement peut devenir très rapidement aléatoire selon différents facteurs.
Moi, je suis un être humain, donc, je relativise, mais une machine est objective et factuelle. Si vous donnez l’étude à faire à une machine, elle peut facilement en arriver à la même conclusion que moi-même. Et, si vous donnez le pouvoir de décision à cette même machine elle pourrait en conclure que pour éviter 80% des accidents de voiture, il faut interdire la conduite de véhicules aux être humains.
Un oeil vers les théories de l'avenir
Mais, ne regardons pas tout en noir, allons jeter un oeil vers l’avenir à travers un grand classique de la science fiction : «Fondation» d’Isaac Asimov.
“La psychohistoire est une science fictive imaginée par l'auteur de science-fiction Nat Schachner puis développée plus largement par Isaac Asimov (1920-1992) dont le but est de prévoir l'Histoire à partir des connaissances sur la psychologie humaine et les phénomènes sociaux en appliquant une analyse statistique à l'image de la physique statistique”.
Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Psychohistoire_(Asimov)
La psychohistoire parle de l’histoire du monde qui contrairement à la croyance habituelle n’est pas la somme d’un vaste chaos individuel, mais bien le résultat de structures mathématiques comportementales. En fait le destin de l’humanité dans cette théorie n’est pas de résultats de multiples battements d’ailes de papillon mais le résultats de suites logiques mathématiques qui mènent le monde à un résultat précis indépendamment des chemins choisis.
Est-ce que les algorithmes des données qui sont modélisées ne seraient pas la formalisation inversée de cette fameuse psychohistoire. Les algorithmes pourraient être la mise en forme logique du résultat de l’observation du résultat, et donc la première pierre qui peut-être conduira un jour à la compréhension de la génèse de ce même résultat. Est-ce que la police prédictive par exemple ne serait pas un embryon en devenir vers cette nouvelle science, à la recherche d'une stabilité des principes pour une prédictibilité toujours améliorée ?
Illustration: Pixabay - Maike und Björn Bröskamp
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