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Publié le 04 octobre 2023 Mis à jour le 04 octobre 2023

La cyber-civilisation et la sémantique

Où s'expriment la beauté et la poésie ?

Prendre la plume

Le sens des histoires

La façon dont nous formalisons verbalement le monde structure le monde depuis la tradition orale jusqu’à la tradition écrite de ces derniers siècles. En est-il de même pour la cyber-civilisation?

Avant, la sémantique, l'art du sens à travers la langue concernait les traditions et la transmission des connaissances. 

Afin de bien ancrer ces connaissances dans les esprits des futurs apprentis, on pratiquait une magnification des savoirs qui étaient enseignés par des parchemins pour les érudits mais surtout par des légendes, des histoires qui furent transcendées au travers des siècles sous forme poétique déclamée ou chantée.

Les fables de Jean de la Fontaine en sont un des meilleurs exemples dans la tradition française. Le Roseau et le Chêne dialoguent sur la faiblesse du roseau et la force du Chêne. Mais, le Chêne face au vent finit tête par terre et déraciné du sol. 

"Le Chêne un jour dit au Roseau :...
Les vents me sont moins qu'à vous redoutables.
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos ;
Mais attendons la fin. Comme il disait ces mots
Du bout de l'horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût porté jusque-là dans ses flancs.
L'Arbre tient bon ; le Roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu'il déracine
Celui de qui la tête au Ciel était voisine,
Et dont les pieds touchaient à l'Empire des Morts".

Source : Jean de la Fontaine, des fables à la morale.
https://www.jeandelafontaine.com/le-chene-et-le-roseau.html

Et patatra, le Chêne se meurt, lui parmi les plus nobles des arbres de la création. Un poème et c’est tout le système de valeurs qui est remis en question. Et la connaissance, dont surtout les nouvelles connaissances, souvent liées à la vie humaine ou à la gouvernance ou… à beaucoup de savoirs non scientifiques en fait. De la tradition orale on est passée aux livres, sans doute plus denses mais tout aussi efficaces pour ceux qui savaient lire. Pour les autres les traditions orales se faisant plus rares, ils ont été assimilés aux gens bêtes alors qu’en fait l’intelligence peut souffrir d’un manque de connaissances, mais elle trouvera d’autres façons de s’exprimer.

De là, la poésie s’est étendue aux univers féeriques, fantastiques, différents, bizarres, horribles ou extraordinaires. Le livre n’est pas encore mort, fort heureusement. Ma fille à 15 ans, elle qui est hyperconnectée, est en train de découvrir la littérature de romans policiers qu’elle dévore comme des petits pains en même temps qu’elle regarde toutes sortes de séries sur son téléphone mobile. 

Les deux ne sont donc pas incompatibles, mais,la télévision a pris bien des parts de marché au livre depuis les années 1970. C’est sur le terme "part de marché" que l’ensemble de l’écosystème poétique s'appauvrit. 

“L’enchanteur structurait le monde. Maintenant ce sont les financiers, les matérialistes, les programmeurs et le monde des médias qui définissent les termes. Impact, syndrome, déficit, algorithme…. qui reste t'il d'influent pour nous parler de beauté et d’affinité ?”

Source : Denys Lamontagne - rédacteur en chef de Thot Cursus

Sémantique ?

La sémantique est la sous-couche qui soutient la compréhension des hommes entre eux... et qui permet à tout un chacun d’exprimer des savoirs non directement économiques dont celui de la poésie et du beau aussi; depuis quelques années, la sémantique à été kidnappée par les domaines de l’intelligence collective et des algorithmes. 

Le mot d’ordre est que le sens des mots doivent être traduisibles dans toutes les langues, mais surtout que les savoirs polysémiques, avec un premier, deuxième et troisième sens, sont bannis car difficilement interprétables par les machines informatiques. Et, si ce n’est pas compris, alors c’est du déchet avec lequel on ne peut pas faire d’argent.  

“Utopie pour certains, réalité pour d’autres, le Web sémantique s’incruste dans notre quotidien et révolutionne notre façon de dénicher des informations. La traditionnelle recherche par mots clés – chère à Google – cède doucement la place à une méthodologie plus sophistiquée et plus fine qui donne des résultats plus pertinents.
À l’heure où chacun se voit confronté à une surcharge informationnelle que l’on qualifie souvent d’infobésité, il est essentiel de mettre en valeur des données de qualité. Et le Web sémantique procure, de ce point de vue, un avantage considérable sur les moteurs de recherche traditionnels.

Cette nouvelle technologie fait partie intégrante de la stratégie de l’entreprise qui cible son marché avec précision et gagne en visibilité sur la Toile. Le Web sémantique est devenu un enjeu prioritaire dans la recherche et le développement de l’Internet. Il ne s’agit plus seulement, en effet, d’intégrer des données disséminées sur la Toile, mais aussi de leur donner du sens. Cela suppose dès lors de « comprendre » les requêtes des utilisateurs, de relier les informations entre elles et de proposer pour chaque lecteur un résultat de recherche identifiant des sites pertinents par rapport à une requête, apportant des réponses intelligentes. La progression impressionnante de la qualité des moteurs de recherche rend, paradoxalement, les internautes plus exigeants lorsqu’ils effectuent une recherche sur le Web. Ils ont de la peine à admettre que les résultats ne correspondent pas pleinement à leurs attentes…”

Source : Chapitre 1. Web sémantique : quand l’information devient connaissance - Pierre-Jean Benghozi, Michelle Bergadaà
Dans Les savoirs du Web (2012), pages 13 à 26
https://www.cairn.info/les-savoirs-du-web--9782804170936-page-13.htm?contenu=article

Les usagers ne vont pas se rebeller contre ce phénomène car si les machines sont en échec alors ils n’obtiendront pas ce qu’ils cherchent. Alors, ils laissent la chance au coureur, pour le moment.

“Le web sémantique est un horizon populaire chez les professionnels de l’information. À en croire ses gourous, ce nouvel Eldorado des métadonnées serait le levier d’une possible réinvention des catalogues, voire d’une refondation de la bibliothèque tout entière. Un tel engouement est-il fondé ? Les constats et questionnements partagés ici sont issus de l’expérience de la BnF après quatre années d’exploration de ces technologies, marquées par le lancement du service data.bnf.fr en 2011 et l’adoption de la licence ouverte de l’État pour toutes ses métadonnées en 2014. On verra que si l’ouverture technique et juridique des métadonnées bibliographiques permet d’accroître leur utilité sociale et leur valeur ajoutée, elle s’accompagne de risques qui restent aujourd’hui encore aussi difficiles à mesurer que la valeur produite”.

Source : Le web sémantique, nouveau levier de la valeur pour les services d’information ? - Gildas Illien
Dans I2D - Information, données & documents 2015/4 (Volume 52), pages 59 à 60
https://www.cairn.info/revue-i2d-information-donnees-et-documents-2015-4-page-59.htm

Ils vont être contraints à entrer dans le nouveau modèle où faire le pas de côté, le pas poétique, le pas qui parle de beauté, de sentiments, d’émotions, en fait de tout ce qui est étranger aux machines sera peut-être même évité car non utile et d’usage non économique.

Chasser une expression du soi et elle va trouver des nouvelles façons de s’exprimer,...

...de nouveaux lieux pour y trouver son audience. Une vraie rupture dans les usages s’annonce.

“Héritière de la poésie de la fin du 20e siècle, diverse, innovante, libre, la poésie de cette première décennie du 21e siècle se montre dynamique, agitée. Elle échappe aux courants, mais laisse entrevoir des tendances : celle d’un renouveau du lyrisme et celle d’une poésie d’expérimentation, proche des arts plastiques. Elle tente d’exprimer la réalité du monde sensible. Même si la poésie se vend mal en librairie, l’intérêt pour cette expression n’est pas mort puisqu’elle a gagné les blogs, les ateliers de création sur l’Internet ou qu’on la fête avec le Printemps des poètes ou le Marché de la poésie…

Renouveau

La simplicité au service de la beauté

Pour certains poètes actuels, les recherches linguistiques sont mises au second plan et l’on note un retour vers une expression plus sobre, plus simple, plus authentique où l’on reparle de soi dans une forme lyrique modernisée. Philippe Jaccottet se pose d’ailleurs la question suivante : Comment peut-on écrire simplement les choses du monde ? Les poètes appartenant à cette mouvance sont soucieux du sens, de la beauté.

Au plus près de la réalité

De même que l’on reprend les chemins du lyrisme, on essaie aussi de se confronter à la réalité du quotidien. L’expression se fait plus concrète (on utilise les objets du quotidien), plus sombre aussi, parfois. Les faits marquants de l’actualité ont inspiré les œuvres d’Ariane Dreyfus, Iris, c’est votre bleu (2008), Claude Ber, La mort n’est jamais comme... (2003) D’autres encore dénoncent la violence de l’humanité, les débordements de la société de consommation. (Denis Roche, Bernard Noël)

Le Slam

Certains vont plus loin dans l’expression du désenchantement : les slameurs. On peut citer l’un d’entre eux, Fabien Marsaud, connu sous le nom de Grand Corps Malade. Les règles du slam sont simples : le texte où il s’agit d’émouvoir par les mots, est caractérisé par ses rimes et assonances, ses cadences régulières, sans accompagnement musical (à la différence du rap).

Poésie ludique

La poésie contemporaine peut aussi être ludique, elle peut adopter un ton faussement enfantin, presque naïf, en rupture avec les œuvres de l’après-guerre.(Jean-Pierre Verheggen, Claude-Roger Journoud) Elle fait apparaître un côté « bricolage » et fait valoir l’étonnant potentiel de la langue…

Présenter la poésie de cette première décennie du 21e siècle revient à faire le constat qu’elle est bien vivante même si elle échappe aux étals des libraires, elle emprunte des voies contemporaines pour se faire entendre et lire (blogs, sites, marchés…). On peut aussi noter, dans la diversité des styles des poètes, pour qui chaque aventure est particulière, au moins deux points communs : le retour au lyrisme et à la réalité du monde sensible dans un langage où la recherche peut être primordiale. La poésie contemporaine est souvent partagée entre la poésie pure et sa désacralisation.”

Source : La poésie au 21e siècle
https://www.maxicours.com/se/cours/la-poesie-au-21e-siecle/

La poésie redevient aussi pamphlétaire

C’est un lieu d’expression viscéral là où il n’y a plus de place pour l’expression traditionnelle. Le pamphlet est-il un tract ou une dénonciation ?

“Un pamphlet est une œuvre littéraire, un écrit qui attaque, accuse, parodie ou calomnie un pouvoir, une institution, une personne ou une idée, en usant d'un ton ironique, agressif ou violent. Le pamphlet fait partie de la littérature satirique ou polémique. Il s'agit souvent d'une écriture militante ou engagée. Si, à l'origine, le mot pamphlet désigne surtout des écrits courts, il est aujourd'hui employé pour désigner toute production (article de journal ou de revue, discours, chanson, poème, lettre ouverte, nouvelle, roman, mémoires apocryphes, dessin de presse, etc.) ayant une dimension critique virulente.

Source : Wikipédia - https://fr.wikipedia.org/wiki/Pamphlet

Le besoin d'expression n'est pas le propre des machines, mais bien des humains.

Source image : Sponchia - Pixabay


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