Se ressourcer en altitude : la nouvelle quête des voyageurs
Ceux qui n'aiment pas vraiment le ski se tournent tout de même vers le tourisme en montagne pour se ressourcer.
Publié le 31 octobre 2023 Mis à jour le 01 novembre 2023
Faire du tourisme constitue une activité enrichissante quel que soit l’âge, cela permet d’être en contact avec d’autres univers socioculturels, d’apprendre de l’autre... mais le passage de dizaine de millierss touristes vers des sites protégés chargés d’histoires présente un risque de dégradation même si cela génère des profits pour la terre d’accueil. Une question se pose donc : comment générer des revenus tout en préservant les sites protégés ?
Élise Maudry entend répondre à cette question dans son mémoire de Master dont le sujet est : Aménager le territoire par une démarche de tourisme durable : une réponse aux enjeux des sites touristiques protégés ?
Sa question de recherche consiste à savoir : «En quoi aménager le territoire par une démarche de tourisme durable peut-il permettre de répondre aux enjeux des sites touristiques protégés ?» À cette question centrale, s’adosse, des questions subsidiaires : Qu’est-ce que le tourisme durable et permet-il de répondre à des enjeux de valorisation et de préservation de ces sites touristiques ? Quel est le rôle et comment le paysagiste peut-il travailler sur la mise en œuvre d’aménagements répondant aux objectifs du tourisme durable ?
Pour réaliser cette étude, Élise Maudry sélectionne les sites protégés du Parc National (PN) des Calanques et du Parc Naturel Régional (PNR) du Verdon. Elle s’emploie dans cette recherche à présenter la naissance du tourisme durable, la plus-value de l’aménagement pour les sites, et le rôle du paysagiste.
Le tourisme, contrairement à ce que l’on pourra penser, n’est pas une activité qui a toujours été pratiquée. En effet, la révolution industrielle marque les prémices d’une activité touristique émanant du désir de sortir de la routine imposée par l’industrialisation. La popularité du tourisme débute d’abord avec la construction des chemins de fer, puis avec la réglementation des vacances payées. Désormais, on peut générer des ressources tout en passant du bon temps.
C’est ainsi que l’on a vu des hôtels, les stations balnéaires sortir de terre comme des champignons et le tourisme s’est démocratisé pour devenir une activité de masse, conduisant à la transformation des lieux touristiques (Le Gargasson, Messaoudi, Leriche, 2017) pour améliorer l’offre.
L’amélioration de l’offre équivaut dans la seconde moitié du XXe siècle, à l’aménagement des infrastructures (hébergement, creusement des ports, création des autoroutes, voies express et doubles voies d’entrée) capables d’accueillir des milliers de touristes. Mais ces aménagements prennent rarement en compte la protection du milieu naturel.
Toutefois, une conscience environnementale tend à se développer dans les années 1990, consistant à trouver un équilibre entre la valorisation et la préservation des sites. Des dispositifs juridiques viennent renforcer cette conscience, notamment les textes de lois et systèmes de protection «Montagne et Littoral» élaborés dans les années 1980 entre autres, résultant du rapport de Bruntland de 1987 sur le développement durable.
À partir de cet instant le développement durable et le tourisme sont davantage associés. L’idée étant de développer un tourisme reposant sur des critères de durabilité et de supportabilité à long terme sur le plan écologique, viable sur le plan économique et équitable sur le plan éthique et social.
Plusieurs événements historiques et dispositifs consacrent la notion de tourisme durable : le sommet de Rio de 1992, l’assemblée générale de l’OMT (Organisation Mondiale du Tourisme) adoptant le code mondial d’éthique du tourisme, le sommet mondial du développement durable à Johannesburg de 2002, la Charte européenne du tourisme durable, qui témoignent de la volonté internationale d’instaurer une pratique responsable du tourisme.
Ces dispositions ne sont pas les seules à être prises pour garantir la pratique du tourisme durable. Des mesures d’aménagement sont sollicitées au sein des sites afin de limiter leur dégradation. On cite à titre d’exemple le choix des transports doux entre autres.
Instaurer un tourisme responsable s’appuie sur une volonté des touristes et prestataires. Cette tendance écologique va déboucher sur l’aménagement des espaces protégés, à l’exemple des parcs nationaux de Calanques et celui naturel de Verdon.
Le premier, concept venu des États-Unis, s’est exporté en France au cours du XXe siècle. C’est ainsi que la loi du 22 juillet 1960, révisée plus tard le 14 avril 2006, portant création des parcs nationaux, est le premier outil de protection de la nature. Quant au second lieu, il apparaît entre 1960 et 1970, sous a houlette de Pompidou et du Général de Gaulle, comme réponse aux enjeux d’urbanisation, de préservation de milieux naturels sensibles et de ruralités. La politique de gestion de ces espaces est régie respectivement par la Charte européenne du tourisme et le programme EUROPARC, imposant un alliage entre gestion et préservation du milieu, tout en permettant l’accueil du public, en vue de garantir le tourisme durable.
S’il est vrai que la survie des espaces protégés dépend de la visite des touristes, ces visites de masse – le parc de Calanques enregistre en moyenne 2 millions de visiteurs par an - entrainent des effets pervers à l’instar de la problématique pédologique et floristique, se traduisant par la dégradation des sols et de la flore due au déambulement régulier des touristes, qui, par manque d’informations et d’aménagements propices à la préservation des lieux, dégradent le site. Il faut donc aménager les sites grâce à l’intervention de plusieurs corps de métiers comme les paysagistes, afin qu’ils soient durables.
L’aménagement des sites et la validation du projet d’aménagement est fonction de l’identité du site. Pour ce faire, les mesures d’aménagement prise devront respecter cette identité, voire la problématique rencontrée par les sites en vue de réduire la divagation des touristes, assurer leur lisibilité et praticabilité. C’est ainsi que pour l’aménagement du site de Calanques, il a été suggéré d’utiliser le calcaire vu sa forte présence sur le site, la technique de la pierre sèche assurant la perméabilité des ouvrages et limitant l’érosion…
Le paysagiste y est le maître d’ouvrage. Celui-ci se charge à cet effet, de proposer un dispositif qui se dilue dans l’espace naturel originel, afin de préserver les lieux et améliorer sa pratique. Comment y parvient-il ?
Fournir un aménagement adapté à un site n’est pas une mince affaire. Il importe pour le paysagiste principalement, de comprendre via l’observation, l’identité du territoire, les usages du lieu et la valeur qui leur est affectée, afin de fournir un travail de valorisation adapté aux développements personnel des visiteurs et du lieu lui-même. Ce rôle n’est pas le seul. Le paysagiste est aussi un médiateur faisant le lien entre les usagers et le territoire. Il les sensibilise donc sur l'effet de leurs actions sur le site. Car, pour assurer sa durabilité, la collectivité doit y participer.
Des projets de préservation ont pu être observé sur les sites de Calanques et de Verdon. Il s’agit de la mission Life Habitats Calanques et de l’Opération Grand Site des Gorges du Verdon.
En guise de conclusion, l’on retient que :
Illustration : klemsy - DepositPhotos
Référence
Maudry Elise, 2019, Aménager le territoire par une démarche de tourisme durable : une réponse aux enjeux des sites touristiques protégés? - AGROCAMPUS OUEST - Sciences du vivant - en ligne
https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-02331368