Des robots pour le marché de masse
L’IA incarnée transférable basée sur la cognition est l'objectif principal du programme de recherche euROBIN
Publié le 14 février 2024 Mis à jour le 14 février 2024
Est-ce un besoin de société, un opportunisme associé à des innovations de plus en plus sophistiquées ? Quels effets dans la société, dans nos vies, à l’école ? Commençons par le début.
Il y a plusieurs décennies, la masse des travailleurs accomplissait le travail : le volume de travailleurs créait le volume de produits; puis, nous nous sommes mis à rationaliser, optimiser pour gagner sur les coûts de production en plus de faire des marges sur les prix de vente.
Satisfaction client et relation client, refonte du processus RH, processus de gestion et processus de management, processus de production et processus de formalisation par l’intermédiaire de la transformation numérique, etc.
Concevoir un processus, déterminer les flux de processus, formaliser le processus, effectuer le processus, améliorer le processus, procéder à l’automatisation des processus, fluidifier le processus, contrôler le processus mis en place et disposer d’un processus optimisé et à maturité est un véritable défi permettant d’optimiser l’organisation de l’entreprise ainsi que ses résultats".
Source: Réussir Son Management
https://reussir-son-management.com/optimisation-des-processus/
Très rapidement, le maillon faible de l'ensemble est apparu être l’homme lui-même car il doit apprendre, désapprendre, rester concentré, voire rester attelé à la tâche en continu, rester attentif à ne pas faire d’erreurs et surtout il faut aussi inclure dans les coûts de production son salaire. À partir de là, une limite est apparue dans cette course vers l’optimisation jonchée de KPI (Key Performance Indicator). Et, entre payer un salaire à un employé et payer une facture d’électricité pour un bras robotisé, la balance est inégale avec les coûts actuels.
En France métropolitaine, le robot qu’utilise Natixis Assurances est l’œuvre d’Owi, une start up française. Ce dernier possède la capacité de lire des mails et de pouvoir analyser les champs sémantiques présents. En plus de son aptitude à assigner un degré de priorité à chaque courriel, ce robot peut formuler des réponses. L’envoi de la réponse à l’assuré est cependant subordonné au contrôle d’un agent humain.
En cette période cruciale où la relation client est devenue un enjeu majeur pour les entreprises, l’importance de la robotisation n’est plus à faire. De ce point de vue, une nouvelle forme de management est à prévoir. L’incapacité pour l’IA à pouvoir tout gérer allant de soi, le contrôle des machines par des collaborateurs placés eux-mêmes sous la supervision des managers est un impératif. Néanmoins, ces cadres dirigeants auront besoin d’une formation au management homme-machine.
L’automatisation à outrance des entreprises suscite en effet quelques craintes de la part des observateurs. Il en est ainsi du dysfonctionnement des machines qui en cas de survenue peut entraîner des retards de production et des pertes colossales. L’exemple de l’usine Tesla en 2017 est une illustration patente de ce cas de figure. Basée en Californie et dirigée par son fondateur, le milliardaire Elon Musk, Tesla est une usine de fabrication de véhicules électriques. L’entreprise est hébergée au sein d’un immense complexe industriel de 510 000 m². Selon des sources bien introduites, ce complexe est aussi le site le plus robotisé du monde. Accompagnés de 3000 salariés humains, les robots de Tesla sont capables d’assembler jusqu’à 1700 voitures par semaine. Mais en 2017, suite à une panne survenue dans la chaîne d'assemblage des batteries, l’on a enregistré une baisse de production record, faisant perdre pas moins de 520 millions d’euros à l’entreprise. Cette déconvenue a entraîné la suppression de centaines d’emplois à la fin du trimestre”.
Source : Automatisation, robotique, intelligence artificielle : avantages et risques
https://www.sciencesetavenir.fr/sante/automatisation-robotique-intelligence-artificielle-avantages-et-risques_168043
"…. Nous connaissons le test imaginé en 1950 par le mathématicien Alan Turing pour évaluer l’intelligence d’un robot : elle est jugée de haut niveau quand un humain n’arrive plus à discerner s’il communique avec un homme ou avec une machine – si celle ci montre assez de souplesse, de cohérence, de vocabulaire pour ressembler à un Homo sapiens. C’est dire combien nous nous sentons supérieurs aux machines et apprécions nos facultés intellectuelles singulières que nous tentons de transmettre aux robots, tout en améliorant chez eux des performances informatisées supérieures aux nôtres (la vitesse, la puissance de calcul, la force mécanique, la précision outillée, etc). Si bien que dans de plus en plus de métiers les robots remplacent les travailleurs – ce qui les inquiète; et réjouit certains, contents de leur abandonner les taches mécanisées...
De par le fait, les relations humaines se raréfient dans nombre de nos communications avec les services et les institutions, qui nous abreuvent de communications mécaniques. Nous nous habituons tant et si bien à vivre ces relations désincarnées que nous finissons, des études psychologiques le montrent, par les reproduire avec les humains – comme le dit Selinger : « l’automatique » remplace de plus en plus « le délibératif ». Nous échangeons uniquement des informations, nous ne discutons plus, nous oublions la dialectique et la maïeutique, nous perdons « la parole », pensons à travers des standards et des programmes.
Des employés d’Amazon : « Nous sommes des robots »
Cette robotisation de l’esprit, estiment les deux chercheurs, a commencé au début du XXe siècle dans le monde du travail avec le taylorisme : « Taylor et ses disciples ont exalté les vertus de la décomposition des tâches en intrants et extrants, en processus et procédures analysés mathématiquement et transformés en recettes pour une production efficace. » Or, cette organisation « scientifique » du travail se poursuit dans les entreprises informatisées (Uber, Amazon, ateliers robotisés…), où des « plates-formes numériques » gèrent les travailleurs, les surveillent, les suivent à la trace – si bien que l’employé d’un entrepôt d’Amazon déclarait, dans un reportage diffusé en 2013 par la BBC : « Nous sommes des robots. Nous pourrions aussi bien brancher notre scanner sur nous-mêmes. »
Pour Frischmann et Selinger, la robotisation n’a pas seulement gagné les employés et l’entreprise. Chacun de nous, ligoté dans les réseaux sociaux, est en permanence identifié, géolocalisé, numérisé, modélisé, évalué par des algorithmes, transformé en données pour le Big Data. Nos manières d’être et de réfléchir sont influencées par le fait que nous sommes encerclés d’« armes de destruction mathématique ». L’expression est celle de la mathématicienne américaine Cathy O’Neil, experte de la finance devenue militante d’Occupy Wall Street après la crise des subprimes, auteure en 2016 de Weapons of Math Destruction (Crown Books, non traduit)”.
Source : Ne faut-il pas craindre d’avoir l’esprit robotisé, déshumanisé à force de vivre et travailler avec des robots ?
https://www.lemonde.fr/blog/fredericjoignot/2018/02/12/ne-faut-il-pas-craindre-davoir-lesprit-robotise-plus-que-les-robots-eux-memes
L’intelligence artificielle est en grande partie régulée par des algorithmes, des modèles de management et de décision. Peuvent-ils vraiment remplacer l'intelligence humaine ? C’est une gageure de le croire. Car, la régulation et la mécanisation créent des mondes finis. Parfaits en tant que tels mais qui ne demandent pas à créer autre chose que ce qu’ils sont eux-mêmes. Sont-ils vraiment compatibles avec les êtres humains ?
“Résister, pourquoi ? Le terme même de résister suppose que les algorithmes seraient fondamentalement mauvais. La science algorithmique n'est pas manichéenne. Rappelons-nous que les algorithmes ne sont ni sexistes, ni racistes, ni coupables d'une quelconque faute ; les seuls responsables sont ceux qui les conçoivent et qui les alimentent de leurs données par leurs usages parfois biaisés...
En pratique, il faut se poser systématiquement les questions suivantes lorsque vous utilisez un outil pour la première fois : quels types d'algorithmes fonctionnent sur cet outil (de suggestion de contenus, de personnalisation d'un service…), et quelles données sont collectées et analysées (mes données comportementales, mes données de profil statique, ma géolocalisation…). Viendront ensuite des questions plus précises qui démontreront une construction continue de l'esprit critique de l'utilisateur pour naviguer dans ce monde toujours plus algorithmisé.”
Le monde est envahi par les algorithmes depuis 10 ans et cela ne fait que monter en puissance sans presque qu’aucunes limites. On commence à voir des volontés de régulation à droite et à gauche et des textes mais souvent inadaptés car fait par des politiques qui ne comprennent pas toujours les technologies, les limites et les impacts réels de leurs choix. Mais peut-on leur reprocher ce que les fondateurs de ces technologies ne sont eux-même pas capables de voir ?
Source : Aurélie Jean : « Les algorithmes ne sont pas coupables, les seuls responsables sont ceux qui les conçoivent »
https://start.lesechos.fr/innovations-startups/tech-futur/aurelie-jean-les-algorithmes-ne-sont-pas-coupables-les-seuls-responsables-sont-ceux-qui-les-concoivent-1357204
.. sont les qualités principales à développer et qui feront des humains actifs et non pas passifs tels que les masses sont en train de se dessiner.
“Dans le contexte éducatif, il existe trois applications pédagogiques concrètes de la robotique :
- l’apprentissage de la robotique,
- l'apprentissage avec la robotique et
- l'apprentissage par la robotique.
La finalité éducative de cette dernière est l’acquisition de connaissances et de compétences mathématiques, scientifiques et technologiques, mais aussi l’acquisition de compétences transversales et le développement des facultés cognitives, métacognitives et sociales des élèves. L’intérêt pédagogique de cette technologie robotique est ici illustré par un exemple de collaboration entre enseignants et chercheurs récemment menée en France dans une école primaire.
L’intérêt pour la robotique s’est fortement accru ces dernières années. En particulier, ce qui suscite l’intérêt à l’égard des kits robotiques constructibles et programmables pour des contextes éducatifs, c’est leur dimension d’« outil avec lequel penser » (Resnick, et al., 1996). Cet outil peut s'adapter à différents objectifs pédagogiques et encourager plusieurs types d'apprentissage. De fait, dès sa naissance, la robotique en milieu éducatif a été pensée ainsi, et non pas uniquement comme une technologie à maîtriser. En France, le « plan pour le numérique à l’école », visant entre autres à initier les élèves au codage informatique dès la rentrée 2015, mise beaucoup dans les potentialités offertes par cette technologie pour aborder des notions d’informatique, faciliter le développement de compétences (par exemple de résolution de problème), moderniser l’enseignement et contribuer à la lutte contre l’échec scolaire. L’intégration et l'acceptation de toute technologie éducative innovante dans l'enseignement sont des questions cruciales, d’autant plus que les pratiques éducatives soutenues par la technologie sont mises en œuvre par les enseignants...
Les recherches sur les approches pédagogiques compatibles avec le paradigme « apprendre par la robotique » constituent actuellement un secteur d’étude actif au sein la Robotique Éducative (Alimisis, 2013 ; Gaudiello, 2015) : ce fût l’objet du projet européen Pri-Sci-Net entre 2011 et 2014, alliant chercheurs en Sciences de l’Éducation et en Psychologie. Dans ce contexte, ont été conçues et testées des activités pédagogiques utilisant les technologies robotiques pour l’apprentissage des sciences. Les ateliers se sont déroulés au sein d’une école primaire auprès de 25 élèves de CM1-CM2 et ont portés sur des activités élaborées suivant une approche pédagogique appelée IBL (Inquiry Based Learning), qui, appliquée aux Sciences, devient IBSE (Inquiry Based Science Education). L’objectif de ces ateliers était de tester les éventuels bénéfices de la conjugaison robotique et IBSE.
L’IBSE préconise un apprentissage basé sur la recherche et l’expérimentation qui puise sa philosophie dans les principes fondateurs de la théorie constructiviste. Cette dernière prône un apprentissage progressif et actif, où les élèves construisent leur savoir en alternant des phases d’activités pratiques et de pensée abstraite qui leur permettent d’organiser les nouvelles connaissances dans des schémas mentaux indispensables pour une prise de conscience de ses propres apprentissages. Grâce à cette approche, les élèves sont confrontés à des interrogations ou à des défis ouverts, dont les réponses et les solutions impliquent l'acquisition de savoirs empiriques, collaboratifs et transférables (Bell, 2010). L’approche IBSE permet de structurer en étapes les activités pédagogiques, en partant de la formulation des questions de la part des élèves sur le sujet proposé par l’enseignant, jusqu’à la résolution du problème posé, tout en favorisant une participation active de la classe...
Enfin, les interviews avec les enseignants révèlent que les activités pédagogiques de robotique supportées par l’approche IBSE ont aussi un impact sur les attitudes des élèves. Ces derniers sont décrits par les enseignants comme curieux, désireux d’exprimer leur point de vue, attentifs à leurs pairs, et constants dans leur engagement vis-à-vis du projet. De leur côté, les enseignants témoignent que la façon de concevoir l’enseignement change dans ce type d’environnement pédagogique : la participation active de la classe et la réussite du projet ont à leur avis donné une impulsion importante pour la mise en œuvre de nouveaux projets. Globalement, ces résultats apparaissent cohérents avec ceux de la littérature théorique et expérimentale sur les bénéfices de la robotique éducative à l’école, notamment lorsque cette dernière est supportée par l’approche IBSE (e.g., Eguchi & Uribe, 2012).”
Source: L’usage de la robotique à l'école
https://www.reseau-canope.fr/agence-des-usages/lusage-de-la-robotique-a-lecole.html
Est-ce les nouvelles technologies qui créent la méthode ou est-ce que la méthode prend son sens avec les nouvelles technologies ? Légitimement la question peut-être posée. Mais, est-ce important de le savoir ? L’essentiel est que cela marche.
Si notre décennie nous a appris quelque chose, c’est que les être humains changent et que les jeunes d’aujourd’hui ne ressemblent pas aux jeunes d’hier. Ils n’ont pas les mêmes motivations et heureusement, les pays nordiques osent innover.
Venue prioritairement des pays nordiques, slaves et anglo-saxons, la méthode connue sous le nom anglais de Inquiry Based Learning (IBL) se traduit habituellement en français par démarche d’investigation. En mathématiques, il ne semble pas évident de distinguer l’IBL de la résolution de problème. Dans ce texte prospectif, nous nous proposons de regarder comment la démarche de résolution de problème et/ou d’investigation est abordée dans les programmes les plus récents de mathématiques de l’école primaire et secondaire inférieur en France et en Suisse romande. Nous recensons ensuite divers travaux de recherche en didactique des mathématiques et de recherches actions essentiellement francophones sur ces méthodes, en évoquant des travaux plus internationaux sur la modélisation et les rapports aux autres disciplines. Nous conclurons par quelques pistes sur la formation d’enseignants”.
Source : La démarche d'investigation en classe de mathématiques - Jean-Luc Dorier
https://plone.unige.ch/aref2010/symposiums-longs/coordinateurs-en-c/les-demarches-d2019investigation-dans-les-disciplines-scientifiques-et-technologiques/La%20demarche%20dinvestigation.pdf
Ils sont partout, de l’agriculture à l’école en passant par la logistique et l’accompagnement des personnes âgées. Doivent-ils être modélisés sur le modèle de l’homme ou pas ? C’est une question philosophique et économique pratique et opérationnelle vu le nombre d’entreprises qui développent dans le domaine.
“Malgré leurs différences, une chose est sûre : dans les domaines de la santé, de l'hôtellerie, de l'agriculture, de la fabrication, de la construction et même dans nos maisons, les robots ont le potentiel de transformer notre façon de vivre et de travailler. En fait, certains d'entre eux le sont déjà.
Voici quelques-uns des laboratoires et des jeunes entreprises de robotique de pointe qui m'enthousiasment :...
Pour les agriculteurs de certains pays riches, environ 40 % des coûts peuvent provenir de la main-d'œuvre, les travailleurs passant des journées entières sous le soleil brûlant et s'arrêtant la nuit. Mais compte tenu de la pénurie de main-d'œuvre dans l'agriculture, les exploitations doivent souvent jeter les fruits qui ne sont pas récoltés à temps. C'est pourquoi la société Tevel, fondée à Tel-Aviv, a créé des robots volants autonomes capables de scanner la cime des arbres et de cueillir des pommes et des fruits à noyau mûrs 24 heures sur 24, tout en recueillant des données complètes sur la récolte en temps réel...
L'IA de terrain
Certains robots n'ont pas seulement besoin d'un bon "corps", ils ont aussi besoin d'un bon cerveau. C'est ce que Field AI, entreprise de robotique basée en Californie du Sud qui ne construit pas de robots, tente de créer. Au lieu de se concentrer sur le matériel de ces machines, Field AI développe des logiciels d'IA pour les robots d'autres entreprises, qui leur permettent de percevoir leur environnement, de naviguer sans GPS (sur terre, sur l'eau ou dans les airs) et même de communiquer entre eux”.
Source : Bill Gates - LinkedIn - Fev 2024 - The start-ups making robots a reality
https://www.linkedin.com/pulse/start-ups-making-robots-reality-bill-gates-q65uc
Que seront ces nouvelles applications, ces nouveaux domaines demain ? Ils seront sans doute surprenants avec des impacts positifs ou négatifs certainement mélangés. Mais, on s’adaptera ou on les imaginera. La deuxième solution est plus plaisante mais ne s’adressera sans doute en réalité à moins de 10% des communautés. Les autres vont suivre. Notre monde change de peau, faisant en sorte que cela se passe bien et pour cela l’école est un médium fondamental pour accompagner la transition.
Source image - Pixabay TheDigitalArtiste