Donner de l’affection aux enfants joue certes un rôle important pour leur épanouissement, Mais leur imposer des limites les aiderait tout aussi en tant que citoyens de demain. Comment poser des limites ? Comment trouver le juste milieu ? Telles sont les préoccupations de certains éducateurs.
Fort heureusement l’ONE (Office de la Naissance et de l’Enfance) de la Belgique a commis une brochure fournissant des outils aux parties prenantes à ce sujet. Il s’agit bien là de poser les bases d’une société stable et prospère.
Cet ouvrage naît dans un contexte de mutation sociale où l’autorité parentale est accusée d’être démissionnaire, où les enfants ont de la difficulté à respecter l’autorité et où la violence précoce se manifeste chez certains jeunes. L’auteur tente de répondre à la question suivante : «Comment peut-on offrir des limites à son enfant, non pas pour l’enfermer, mais pour l’aider à grandir ?» Il répond à cette question en retraçant l’évolution de la famille dans le temps d’une part, et en démontrant le rôle des limites dans le développement de la personnalité de l’enfant.
Partie 1 : La famille d’hier à aujourd’hui.
Dans cette première partie, l’ONE retrace l’évolution de la forme et des valeurs des familles à travers le temps, du Moyen-Âge jusqu’à l’époque contemporaine (de 1960 à nos jours). Ainsi, il distingue deux sortes de famille : l’une traditionnelle, foncièrement patriarcale, l’enfant est une source de revenus et en tant que tel, il participe aux revenus de la maisonnée. Toutefois, il faudra attendre 1888-89 pour que la loi interdise le travail des enfants. La situation de ces derniers va s’améliorer à l’ère moderne où l’individu cesse d’être un simple membre de la famille, mais un sujet de droit dont la manifestation la plus évidente est l’émancipation de la femme. Tous ces avancées sur le plan humain marquent le début de la période contemporaine. Lesquelles avancées sont ancrées dans un contexte socioéconomique de crise, de chômage massif et de précarité du travail à partir de 1975. La famille sort de-là altérée.
Désormais, la survie n’est plus le ciment qui lie les membres, mais plutôt le bonheur de chacun d’entre eux. Dans la famile contemporaine, l’éducation de l’enfant est davantage soumise à des règles plus laxistes, le mariage n’est plus obligatoire pour fonder une famille. Des nouvelles formes de familles émergent, ainsi que de nouvelles valeurs : on a celles monoparentales, homoparentales ; et les valeurs rythment la relation des membres à savoir l’individualiste, égalitaire et solidaire.
Malgré ces évolutions, les parents gardent un brin d’autorité sur les enfants, en les soutenant dans leur épanouissement et leur réussite scolaire, partageant leur rôle avec les professionnels de l’éducation. Si d’antan, les pères étaient chargés de transmettre leur savoir-faire aux plus jeunes, en perpétuant les inégalités de classes, le diplôme accorde une plus grande égalité de chance de réussite à tous, même aux jeunes filles. Dans l’ère contemporaine, l’enfant est donc un sujet de droit dont la dignité doit être absolument respectée. De ce fait, son éducation est moins rigide qu’avant quand on le considérait comme une force de travail.
Résultat des courses, on assiste à la perte d’autorité des parents sur leurs enfants même si les normes impératives sont observées (l’inceste, le meurtre…), le bonheur de l’enfant est une priorité pour les parents. Dans cette mesure la parentalité semble en crise et les parents sont traités de démissionnaires car les limites inculquées aux enfants sont relatives et dépendent du cadre éducatif définit par les parents et de l’âge de l’enfant, ce qui rend leur éducation complexe. Et pourtant l’éducation de l’enfant dans la famille traditionnelle paraissait structurée au millimètre près. En réalité, il s’agit d’un défi auquel les parents doivent faire face au quotidien, vu qu’il faut concilier les vies professionnelle et familiale, sachant qu’elles sont particulièrement exigeantes.
Heureusement, des politiques de soutien à la parentalité sont mises sur pied par l’ONE. Ce soutien dit bien traitant consiste à leur donner les outils nécessaires afin de les aider à prendre leur rôle de parent en main, en les écoutant, en favorisant leur participation dans la mise en place des services et politiques qui les concernent.
Partie II : Les limites et les repères dans le développement de la personnalité
Les limites permettent une distinction entre ce qui est permis et ce qui ne l’est pas. Elles sont apprises dès le berceau, via le maternage, durant lequel le parent répond convenablement aux besoins de l’enfant mais en lui imposant un rythme dans le temps - la nuit c’est fait pour dormir -, l’espace – on limite son accès à certains lieux - et le corps – on lui apprend qu’il doit respecter le corps d’autrui et le sien. Ce n’est qu’une fois le langage acquis que le parent introduit véritablement l’autorité éducative qui consiste à soumettre l’enfant aux exigences parentales et sociales. Pour quelles raisons ?
- Pour structurer son monde pulsionnel,
- Distinguer le bien du mal,
- Donner un cadre à l’enfant pour faciliter son intégration sociale.
L’un des outils de l’application de la limite est la sanction. C’est une réprimande en cas de transgression volontaire d’une règle connue. Parfois source de culpabilité pour les éducateurs, la sanction est pourtant un rappel à l’ordre ayant pour effet de responsabiliser l’enfant, le déculpabilise, éviter les cas de récidive, entre autres. L’idée de la sanction éducative puisqu’il s’agit d’elle, vise à faire intérioriser la règle à l’enfant.
Certes la sanction peut garantir l’intériorisation de la règle par l’enfant mais encore faudrait-il savoir l’appliquer. Oui, il y a un art de la sanction. Celle-ci ne doit être ni hâtif, ni disproportionnel à l’acte posé. En dehors de ces critères, se greffe un processus qui comprend à 7 entrées :
- Ne pas passer sous silence, s’attarder plus sur les valeurs sociales,
- Sanctionner après transgression,
- Donner du sens à la sanction,
- Être clair par rapport à la sanction lié à une transgression,
- Différencier l’acte de la personne,
- Accepter les émotions,
- Renoncer aux actes pouvant porter atteinte à sa dignité.
Ces étapes visent à rendre plus juste la sanction. À titre indicatif, l’ONE dresse des pistes de réflexion pour réussir haut la main le processus éducatif à savoir :
- Ne pas poser des limites trop tôt dans la vie de l’enfant, ni trop tard non plus,
- Donner du temps à l’enfant d’intégrer la règle,
- Exercer une autorité éducative,
- Viser la stabilité et la cohérence des exigences éducatives,
- Maintenir le maternage (le « Care »),
- Pouvoir lâcher du lest,
- Se faire confiance.
En guise de conclusion on retient que poser des limites à l’enfant est essentiel pour son intégration sociale, en tant que citoyen de demain, mais il faudrait trouver un équilibre en toute chose parce que l’excès peut nuire au développement de sa personnalité et produire un rebelle. Sans oublier la manière de sanctionner ne doit avoir pour seul but que d’éduquer, intérioriser la règle en évitant toutes sortes de bavure.
Illustration: Couverture de «Grandir avec des limites et des repères»
ONE, 2007, Grandir avec des limites et des repères…pour aller plus loin.
https://www.one.be/fileadmin/user_upload/siteone/PRO/Brochures/Reperes_et_limites_Pour_aller_plus_loin.pdf
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