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Publié le 09 avril 2025 Mis à jour le 09 avril 2025

Le Service sanitaire des étudiants en santé (SESA)

Une opportunité pour former les étudiants en santé à l'éducation du patient

L'éducation thérapeutique du patient (ETP) occupe une place de plus en plus importante dans la prise en charge des pathologies chroniques. Définie comme un processus continu, intégré dans les soins et centré sur le patient, l'ETP vise à aider les personnes malades à acquérir ou maintenir les compétences dont elles ont besoin pour gérer au mieux leur vie avec une maladie chronique. De nombreuses études ont démontré les bénéfices de l'ETP en termes d'amélioration de la qualité de vie, d'observance thérapeutique et de diminution des complications et des recours aux soins.

Développer une posture pédagogique

Pourtant, force est de constater que la formation des professionnels de santé à l'ETP reste encore limitée. Si les formations à l'ETP se sont développées ces dernières années, elles demeurent insuffisamment intégrées dans les cursus initiaux des soignants. Les programmes sont souvent théoriques, peu orientés vers l'acquisition de compétences pratiques et n'abordent pas suffisamment la posture éducative nécessaire à la relation soignant-patient.

C'est dans ce contexte que le Service Sanitaire des Étudiants en Santé (SESA) a été mis en place à la rentrée 2018. Instauré par le décret n° 2018-472 du 12 juin 2018(1), ce dispositif prévoit que tous les étudiants en santé réalisent, au cours de leur formation, des interventions consacrées à la prévention et à la promotion de la santé, au sein d’une structure d’accueil. Les objectifs affichés sont de permettre la réalisation d'actions concrètes de prévention auprès de publics variés, mais aussi de former les futurs professionnels de santé à leur rôle d'acteur de prévention.

Si le SESA n'est pas spécifiquement dédié à l'ETP, il n'en constitue pas moins une opportunité intéressante pour développer chez les étudiants des compétences utiles à l'éducation du patient. En les confrontant à des publics divers, en leur faisant expérimenter des actions de terrain, en les initiant à une démarche de projet en éducation et prévention, le service sanitaire peut contribuer à ancrer chez les futurs soignants une véritable culture de l'éducation thérapeutique.

Pour autant, le SESA ne saurait se substituer à une formation approfondie à l'ETP. Il doit être pensé en articulation avec les enseignements théoriques dispensés tout au long des études, dans une logique de continuum pédagogique. Il nécessite aussi un accompagnement renforcé de la part des équipes enseignantes et un lien étroit avec les lieux de stage et les professionnels de terrain.

Cet article se propose d'explorer en quoi le SESA peut constituer un levier de formation des étudiants en santé à l'éducation thérapeutique du patient. Après avoir rappelé les grands principes de ce dispositif, nous analyserons sa contribution potentielle au développement de compétences en ETP. Nous verrons ensuite comment articuler le SESA avec la formation théorique, à travers des témoignages d'étudiants et de formateurs. Enfin, nous proposerons des pistes de réflexion pour faire évoluer le service sanitaire et en optimiser les bénéfices pédagogiques.

Cet état des lieux s'appuie sur mon expérience de formateur au sein d'un institut de formation paramédical, mes échanges avec des étudiants ayant réalisé leur SESA et une revue de la littérature sur le sujet. Il vise à susciter une réflexion collective sur la formation à l'ETP, ses enjeux et les leviers d'amélioration possibles.

Le SESA, un dispositif au service de la formation à la prévention

Présentation du cadre réglementaire et des objectifs du SESA

Le Service Sanitaire des Étudiants en Santé a été institué par le décret n° 2018-472 du 12 juin 2018(1) qui en précise les modalités d'organisation et de validation.

Ce dispositif s'adresse à l'ensemble des étudiants en santé : médecine, odontologie, pharmacie, maïeutique, kinésithérapie et soins infirmiers. Il a vocation à être réalisé en interprofessionnalité pour favoriser le décloisonnement entre filières. D'une durée totale de 6 semaines à temps plein, il peut être réalisé de façon continue ou fractionnée, au cours du premier cycle des études (entre la 2e et la 6e année selon les filières).

Le SESA poursuit un double objectif :

  • Initier les étudiants en santé à la prévention primaire par la réalisation d'actions concrètes auprès de publics variés, en particulier les publics les plus vulnérables. Il s'agit de mettre en pratique la prévention et la promotion de la santé au-delà des seuls soins.

  • Former les futurs professionnels de santé à leur rôle d'acteur de prévention et d'éducation à la santé. Au-delà de la dispensation d'informations sanitaires, il s'agit de développer chez les étudiants des compétences relationnelles et pédagogiques.

Les textes précisent que les actions réalisées par les étudiants doivent porter sur des thématiques prioritaires de santé publique : nutrition, activité physique, addictions, santé sexuelle, santé mentale, etc. Elles doivent cibler en priorité des publics éloignés du système de santé ou en situation de précarité afin de contribuer à la réduction des inégalités sociales et territoriales de santé.

Un temps d'immersion auprès de publics variés

L'un des atouts majeurs du SESA est d'offrir aux étudiants un temps d'immersion au contact de populations qu'ils seront amenés à prendre en charge une fois diplômés. Cette confrontation précoce aux réalités de terrain est essentielle pour développer des compétences relationnelles et une conscience des déterminants sociaux de la santé.(2)

Les lieux de stage SESA sont très diversifiés et complémentaires des terrains de stages hospitaliers : établissements scolaires, associations de quartier, foyers de jeunes travailleurs, centres sociaux, établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), structures d'accompagnement des migrants, etc. Cette variété permet aux étudiants de découvrir une pluralité de publics et de problématiques de santé.

Au cours de leur stage, les étudiants sont amenés à nouer des partenariats avec différentes structures (collectivités territoriales, associations, établissements médico-sociaux...) et à travailler en collaboration avec des professionnels de champs variés (éducation, social, animation, médico-social...). Cette dynamique partenariale et interprofessionnelle est un atout pour appréhender la complexité des questions de santé publique. Elle prépare les futurs soignants à inscrire leurs interventions dans une approche territoriale et décloisonnée.

Des missions axées sur la prévention et la promotion de la santé

Durant leur service sanitaire, les étudiants doivent concevoir et mettre en œuvre des actions de prévention primaire et de promotion de la santé. Cela peut prendre la forme de séances d'éducation dans les établissements scolaires, d'ateliers de sensibilisation, de temps d'échanges avec des populations spécifiques, d'élaboration de supports de prévention, d'organisation d'événements type forum santé, etc.

Quelle que soit la forme retenue, ces actions doivent répondre à trois impératifs :

  • Partir d'une analyse des besoins et des attentes du public concerné, afin de proposer des interventions adaptées et pertinentes.

  • Reposer sur une démarche de projet, avec des objectifs clairement définis, une méthodologie explicite et une évaluation des résultats.

  • Mobiliser des techniques d'animation et d'intervention propices à l'interactivité et à la participation active du public.

À travers ces exigences, le SESA vise à initier les étudiants à une démarche de promotion de la santé qui ne se limite pas à la diffusion de messages sanitaires descendants mais implique une co-construction avec le public visé. Cet apprentissage par l'action est essentiel pour ancrer les principes et les méthodes de la prévention.(3)

La confrontation à des publics variés conduit aussi les étudiants à adapter leurs discours et leurs supports en fonction des personnes rencontrées. C'est l'occasion pour eux de mesurer l'importance d'ajuster les stratégies d'intervention en tenant compte des connaissances, des représentations et des aptitudes de chacun en matière de santé. Une exigence qui fait directement écho aux principes de l'éducation thérapeutique du patient.

Quelle contribution du SESA au développement des compétences en ETP ?

Acquisition d'une posture éducative et d'une approche populationnelle

Lors de leur SESA, les étudiants sont amenés à interagir avec des publics qui ne sont pas en position de demande de soins. Que ce soit avec des adolescents en milieu scolaire, des résidents en Ehpad ou des personnes en situation de précarité, il s'agit d'aborder la question de la santé en dehors d'une relation classique de soin.

Cette configuration contraint les étudiants à dépasser une approche strictement biomédicale et descendante de l'éducation en santé. Ils ne peuvent se contenter de délivrer des informations ou des prescriptions comportementales. Ils doivent adopter une posture d'écoute et de dialogue, partir des connaissances et des interrogations de leur public, co-construire les messages de prévention.

C'est une occasion unique d'expérimenter une posture éducative basée sur l'empathie, l'écoute active et le non-jugement. Une posture qui est au cœur de la pratique de l'éducation thérapeutique du patient. En se décalant d'une relation classique soignant-soigné, le SESA aide les étudiants à appréhender la singularité du patient, ses besoins et ses ressources, plutôt que de se focaliser uniquement sur sa pathologie.

La découverte d'une variété de publics confronte également les étudiants à l'effet des déterminants sociaux et environnementaux sur la santé. Au contact de populations vulnérables ou éloignées du système de santé, ils prennent conscience du poids des conditions de vie et de travail, du niveau d'éducation, de l'isolement social... dans la survenue et la gestion des problèmes de santé.(4)

Cette approche populationnelle de la santé(5) fait écho à l'une des compétences attendues en ETP : la capacité du soignant à prendre en compte le contexte de vie de la personne malade, ses contraintes socio-économiques et son environnement familial. Une aptitude indispensable pour co-construire avec le patient un projet éducatif réaliste et adapté.

Développement de savoir-faire pédagogiques et relationnels

Le service sanitaire offre aux étudiants un espace pour développer et mettre en pratique des compétences pédagogiques. Confrontés à la nécessité de transmettre des messages de prévention, ils expérimentent différentes méthodes et supports d'intervention.

Cela passe d'abord par un travail d'adaptation de leur discours et de vulgarisation des connaissances scientifiques. Face à des publics non spécialistes, les étudiants apprennent à utiliser un vocabulaire simple et accessible, à expliquer les notions médicales sans jargon, à recourir à des exemples concrets et des analogies.

Ils sont aussi amenés à élaborer ou à s'approprier des outils pédagogiques variés : supports visuels, jeux de rôle, études de cas, activités interactives... Autant de techniques qui visent à rendre les séances plus attractives et participatives. En se frottant à la conception d'outils adaptés à différents formats (ateliers, stands, interventions en classe...) et publics, les étudiants acquièrent une palette de savoir-faire précieux.

Le SESA est aussi l'occasion de développer des compétences en animation de groupe. Lors des actions collectives réalisées, les étudiants apprennent à créer une dynamique d'échanges, à favoriser la prise de parole et l'expression de chacun, à gérer les interactions. Ces aptitudes sont directement transférables à l'animation de séances d'ETP qui repose largement sur des temps d'échanges en groupe.

Au-delà de ces savoir-faire pédagogiques, le SESA contribue à forger des compétences relationnelles indispensables à toute démarche éducative : capacité d'écoute et d'empathie, gestion des émotions, assertivité dans la communication... Autant d'aptitudes qui aident le soignant à instaurer une relation de confiance avec le patient, préalable à tout projet d'ETP.

Prise en compte des déterminants sociaux et des inégalités de santé

Un des fils rouges du service sanitaire est la sensibilisation des étudiants aux inégalités sociales et territoriales de santé. En réalisant des actions auprès de publics vulnérables ou isolés, ils découvrent l'impact des conditions de vie sur l'état de santé des populations.

Cette prise de conscience les conduit à interroger leurs représentations sur l'origine des problèmes de santé. Ils mesurent que les comportements individuels sont largement influencés par des déterminants sociaux et environnementaux qui échappent au seul champ médical : précarité économique, isolement social, faible niveau d'éducation, conditions de travail ou de logement dégradées...

Pour les futurs soignants, c'est l'occasion de dépasser une lecture strictement biomédicale de la santé au profit d'une approche plus globale prenant en compte l'ensemble des dimensions de la vie des personnes. Un changement de perspective qui est au cœur de la démarche d'éducation thérapeutique du patient.

En effet, l'ETP ne peut faire l'économie d'une réflexion sur les conditions de vie et l'environnement social du patient. Pour être efficace, tout projet éducatif doit intégrer les contraintes et les ressources propres à chaque patient, qu'elles soient matérielles, relationnelles ou culturelles. Il ne s'agit pas seulement de transmettre des savoirs biomédicaux mais bien d'accompagner le patient dans l'appropriation de ces connaissances et leur conversion en compétences mobilisables dans son contexte de vie.(6)

En sensibilisant les étudiants aux déterminants non médicaux de la santé, le SESA contribue à faire évoluer leur regard sur les patients. Il les invite à se détacher d'un modèle strictement biomédical pour appréhender la singularité de chaque situation. Une ouverture indispensable à la pratique de l'éducation thérapeutique.

Articuler le SESA avec la formation théorique en ETP

État des lieux de la formation à l'ETP dans les cursus de santé

Si l'éducation thérapeutique du patient est reconnue comme une priorité de santé publique depuis la loi HPST de 2009(7), force est de constater que son intégration dans la formation initiale des professionnels de santé est encore limitée et inégale d’une formation à l’autre.

Si depuis la réingénierie de 2009, totalité des instituts de formation en soins infirmiers proposent des enseignements sur l'ETP, notamment dans le cadre des UE 4.6 de la formation, celui-ci reste trop peu conséquent en volume horaire.

Au sein des facultés de médecine, l'ETP apparaît comme un thème de formation mais rarement comme un enseignement à part entière. Son volume horaire, ses modalités et ses contenus varient fortement d'une université à l'autre. La plupart du temps, l'ETP est abordée de façon transversale dans différents modules (santé publique, relation médecin-malade, stage ambulatoire...) sans faire l'objet d'une unité d'enseignement dédiée.

D’autres lacunes dans la formation à l'ETP des futurs médecins sont identifiées: approche très (bio)médicale de la maladie chronique, faible sensibilisation aux déterminants psychosociaux, manque de formation aux techniques pédagogiques et relationnelles, déficit d'enseignements pratiques...

Pour l'ensemble des filières, le modèle dominant reste une éducation thérapeutique pensée sur un mode prescriptif, souvent réduite à la transmission d'informations sur la maladie et son traitement. Les dimensions psycho-socio-éducatives, l'approche centrée patient et les méthodes pédagogiques sont insuffisamment développées dans les enseignements.

La formation à l'ETP souffre également d'une faible articulation entre savoirs académiques et compétences cliniques. Les contenus théoriques ne font pas suffisamment le lien avec les stages et les expériences de terrain des étudiants. À l'inverse, les stages n'intègrent que rarement un objectif explicite de formation à l'ETP. Résultat : les étudiants peinent à faire le lien entre les enseignements reçus et les situations éducatives rencontrées en stage.

Le SESA comme mise en pratique des enseignements théoriques

Face à ces constats, le service sanitaire apparaît comme une opportunité intéressante pour renforcer la formation pratique des étudiants à l'ETP.(8) En les amenant à concevoir et animer des actions éducatives auprès de publics divers, il leur permet de mettre en application les enseignements théoriques reçus par ailleurs.

Prenons l'exemple d'un étudiant en médecine qui a suivi un cours sur les modèles de changement de comportement en éducation à la santé. En réalisant pendant son SESA des ateliers de prévention du tabagisme auprès d'adolescents, il sera directement confronté aux freins et aux leviers qui influencent les choix de santé. Il pourra ainsi mieux comprendre l'intérêt et les limites des différents modèles vus en cours.

De même, une étudiante infirmière sensibilisée en IFSI à l'importance de l'empathie dans la relation de soins pourra expérimenter in vivo les techniques d'écoute active et de reformulation lors d'un entretien de prévention avec une personne âgée isolée.

En offrant aux étudiants un terrain d'application directe des savoirs, le SESA favorise le transfert des connaissances et le développement de compétences d'ETP.(9) Il contribue à donner du sens et de la cohérence aux enseignements théoriques en les reliant à des situations réelles.

Pour autant, cet apport ne peut être effectif que si les expériences de SESA font l'objet d'une exploitation pédagogique approfondie. Il est essentiel que les stages donnent lieu à des temps d'analyse de pratiques encadrés par les formateurs. Ces séances doivent permettre aux étudiants d'expliciter les situations rencontrées, d'identifier les savoirs mobilisés et les compétences développées.

C'est là que l'articulation avec la formation théorique prend tout son sens. En aidant les étudiants à faire le lien avec les contenus de cours, les formateurs favorisent une intégration progressive des différents champs de connaissances (biomédicales, relationnelles, pédagogiques...) nécessaires à la pratique de l'ETP.

Nécessité d'un accompagnement pédagogique renforcé autour du SESA

Si le service sanitaire constitue un levier intéressant pour la formation pratique à l'ETP, son potentiel ne peut être pleinement exploité qu'à condition de renforcer l'accompagnement pédagogique des étudiants.

Avant même le stage, il est important de préparer les étudiants aux spécificités d'une démarche éducative en santé. Cela passe par des enseignements théoriques mais aussi des mises en situation permettant de se familiariser avec les techniques d'animation, la posture éducative, les outils pédagogiques. Des ateliers de conception de projet peuvent aussi être proposés pour guider les étudiants dans l'élaboration de leurs actions SESA.

Pendant le stage, un suivi régulier par les formateurs référents est indispensable. Au-delà des aspects logistiques, il s'agit d'assurer un véritable mentorat pédagogique en aidant les étudiants à expliciter leurs choix, analyser les difficultés rencontrées, identifier les apprentissages réalisés. Des visites sur site, des temps d'échanges collectifs entre étudiants, des outils de suivi (carnet de bord, grille d'auto-évaluation) sont autant de moyens de renforcer l'accompagnement.

Après le stage, des séances de débriefing et d'analyse réflexive doivent être organisées afin d'aider les étudiants à conceptualiser les compétences développées. C'est l'occasion d'approfondir les liens avec les enseignements théoriques, de pointer les acquis et les points d'amélioration. La réalisation d'un rapport d'activité ou d'un portfolio peut compléter utilement cette démarche réflexive.

Au-delà de ces temps formels, l'accompagnement passe aussi par la qualité de la relation pédagogique entre formateurs et étudiants. En se positionnant dans une posture de facilitateur, en valorisant les réussites comme les erreurs source d'apprentissage, en favorisant l'autonomie et la créativité, les formateurs créent un climat propice au développement des compétences.

Un accompagnement renforcé implique donc de repenser l'ingénierie de formation et de reconnaître pleinement le SESA comme un temps de professionnalisation à part entière. Cela nécessite de clarifier ses objectifs pédagogiques, de flécher des moyens dédiés, de former les équipes enseignantes. Autant de conditions qui restent à construire pour faire du service sanitaire un véritable levier de formation à l'ETP.

Pistes de réflexion pour améliorer le SESA comme temps de formation

Mieux préparer et accompagner les étudiants en amont

Un des enjeux clés pour optimiser le potentiel pédagogique du SESA est de renforcer la préparation des étudiants en amont du stage. Il s'agit de leur donner des clés méthodologiques et conceptuelles pour appréhender au mieux la dimension éducative de leur mission.

Cela passe d'abord par des enseignements théoriques permettant d'acquérir des connaissances de base sur la prévention, l'éducation pour la santé et l'ETP : concepts clés, modèles théoriques, données probantes... L'enjeu est de donner aux étudiants une "boîte à outils" intellectuelle pour décrypter les situations éducatives complexes auxquelles ils seront confrontés.

Des mises en situation pratiques doivent compléter ces apports théoriques. À travers des jeux de rôle, des ateliers de simulation ou des études de cas, les étudiants peuvent s'entraîner à mobiliser les techniques d'animation, à adopter une posture éducative ou encore à gérer des situations relationnelles délicates. Ces exercices sont essentiels pour se préparer en douceur à la réalité du terrain.

La phase de préparation est aussi le moment d'aider les étudiants à structurer leur projet de SESA. Des séances de méthodologie de projet peuvent être organisées pour les guider pas à pas : analyse de la demande et du contexte, définition des objectifs et des moyens pédagogiques, planification des étapes, anticipation de l'évaluation... Autant de jalons qui facilitent le passage à l'action.

Cette préparation "pratico-théorique" gagnerait à être complétée par une sensibilisation aux enjeux spécifiques des territoires et des publics concernés par le stage. Rencontres avec des acteurs locaux, témoignages d'anciens étudiants, immersion dans la structure d'accueil... permettent de mieux décoder les réalités du terrain et d'ajuster son projet en conséquence.

Renforcer les liens avec les lieux de stage et les professionnels de terrain

Une des clés pour faire du SESA un levier de professionnalisation est de renforcer la collaboration entre les instituts de formation et les structures accueillant les stagiaires. Loin d'être de simples terrains d'application, ces lieux constituent des partenaires essentiels dans le processus d'apprentissage.

Cela implique de développer des liens étroits entre formateurs et référents de stage. En amont de l'accueil des étudiants, des temps d'échange doivent permettre de clarifier le cadre et les attendus pédagogiques du stage, de définir le rôle et les missions de chacun. Le référent de stage peut ainsi mieux se positionner dans son rôle d'accompagnateur et d'évaluateur des compétences.

Pendant le stage, des visites régulières des formateurs permettent de renforcer ce partenariat pédagogique. Elles sont l'occasion d'observer les étudiants en situation réelle, d'échanger sur leur progression et les difficultés éventuelles, d'ajuster si besoin le parcours de stage. Ces temps de concertation sont essentiels pour assurer un suivi individualisé.

Le lien instituts/terrains passe aussi par l'organisation de séances de régulation collective. Espaces d'échange entre étudiants, formateurs et référents de stage, ces séances permettent une mise en commun des expériences et une analyse partagée des pratiques. Un moyen de faciliter le transfert des apprentissages et de gommer progressivement la frontière entre "le terrain qui fait" et "l'école qui dit".

La formation conjointe est un autre levier d'articulation. Proposer aux référents de participer aux enseignements théoriques sur l'ETP ou inviter les formateurs à co-animer des séances d'éducation en structure permet de créer une culture commune. Une interconnaissance propice au décloisonnement des savoirs.

Développer l'interprofessionnalité et le partage d'expériences

Un des atouts majeurs du SESA est de faire collaborer des étudiants de différentes filières sur des projets communs. Cette interprofessionnalité "à 360°" est une formidable opportunité pour apprendre à travailler ensemble et découvrir la plus-value de chaque métier dans une démarche éducative.

Pour la renforcer, il est important de prévoir des temps de formation partagée en amont du stage. Des séminaires rassemblant des étudiants de plusieurs cursus peuvent être organisés pour travailler sur des cas concrets d'ETP, échanger sur les représentations de chacun, identifier les complémentarités possibles. L'enjeu est de poser les bases d'une culture commune avant de se lancer dans l'action.

Pendant le SESA, les formateurs peuvent encourager la mise en place de binômes ou de trinômes interprofessionnels sur les lieux de stage. En confiant à ces tandems la responsabilité de concevoir et d'animer ensemble des séances d'éducation, on les aide à expérimenter concrètement la collaboration. Un encadrement de proximité est toutefois nécessaire pour faciliter la répartition des rôles et gérer d'éventuelles tensions.

Des espaces de co-développement inter-filières peuvent aussi être proposés à l'échelle d'un territoire. En réunissant régulièrement des étudiants de différents SESA, on leur permet de partager leurs expériences, de s'entraider sur des situations complexes, de mutualiser leurs ressources. Animés par des formateurs de différents instituts, ces ateliers sont aussi un moyen de renforcer les partenariats entre établissements.

Le croisement des regards peut aussi passer par la participation des étudiants à des projets de recherche interdisciplinaires autour de l'ETP. Accompagnés par des enseignants-chercheurs de différentes spécialités (médecine, sciences de l'éducation, sociologie, psychologie...), ils apprennent à développer une approche multifocale des problématiques éducatives tout en s'initiant aux méthodes d'investigation de terrain.

Évaluer les acquis et valoriser les compétences développées

Renforcer le potentiel formateur du SESA implique enfin de se doter d'outils robustes pour évaluer les compétences développées par les étudiants. Loin d'une approche purement sommative, il s'agit d'envisager l'évaluation comme un levier d'apprentissage et de reconnaissance des acquis expérientiels.

Cela passe d'abord par un travail de clarification du référentiel de compétences visé. Au-delà des objectifs généraux du service sanitaire, chaque institut gagnerait à décliner de façon fine les savoir-agir spécifiques à sa filière : compétences relationnelles, pédagogiques, organisationnelles, réflexives... Un référentiel détaillé qui servira de boussole aux étudiants comme aux formateurs pour situer les progrès.

A partir de cette cartographie, différents outils d'évaluation peuvent être déployés. Le portfolio est un support intéressant pour encourager l'analyse réflexive. En y consignant leurs expériences, leurs réussites et leurs difficultés, les étudiants apprennent à poser des mots sur leurs apprentissages et à identifier leurs marges de progression. Un exercice d'autant plus formateur qu'il est étayé par les rétroactions des formateurs.

Des grilles d'observation peuvent également être construites pour évaluer les étudiants en situation réelle d'animation de séances d'ETP. Co-élaborées avec les référents de stage, elles permettent de poser un regard croisé sur les compétences démontrées et de formaliser des pistes d'amélioration. Pour accompagner la montée en compétences, ces évaluations gagneront à être réitérées à différentes étapes du stage.

En fin de stage, des modalités d'évaluation originales peuvent être imaginées pour valoriser les réalisations des étudiants. Expositions photos, saynètes de théâtre forum, débats mouvants... sont autant de supports ludiques pour rendre compte des actions menées et des enseignements tirés. L'enjeu est de mettre en lumière la créativité déployée et de renforcer le sentiment de compétence.

Enfin, la délivrance d'Open Badges, sortes de certificats numériques infalsifiables, peut être un moyen de tracer et de valoriser les compétences acquises en stage. Assortis d'une description précise des aptitudes démontrées, ces badges peuvent utilement enrichir le CV et le portfolio des étudiants. Une façon de faire du SESA un véritable tremplin pour leur insertion future.

Un puissant levier de formation

Il apparaît que le Service Sanitaire des Étudiants en Santé est une opportunité prometteuse pour ancrer la culture de l'éducation thérapeutique chez les soignants de demain. En les immergeant dans des actions de prévention au contact des populations, il leur permet d'expérimenter une posture éducative et d'acquérir des compétences en ETP.

Pour autant, le SESA ne portera pleinement ses fruits que s'il est investi comme un véritable levier de formation, en articulation étroite avec les enseignements académiques. Cela implique un travail d'ingénierie pédagogique ambitieux : renforcer la préparation des étudiants, tisser des partenariats solides avec les terrains de stage, développer l'interprofessionnalité, évaluer finement les compétences...

Bref, il s'agit de faire du SESA non pas une parenthèse déconnectée des apprentissages mais un chaînon clé d'une pédagogie de l'alternance qui reste à inventer. Une pédagogie qui fait dialoguer en permanence savoirs théoriques et expérientiels, dans une logique d'enrichissement mutuel.

Cette perspective appelle une mobilisation collective des acteurs : responsables institutionnels, formateurs, référents de stage, chercheurs... Chacun a une partition à jouer pour construire une formation initiale qui intègre pleinement les enjeux de l'éducation thérapeutique. C'est à ce prix que les soignants de demain seront armés pour relever le défi des maladies chroniques.

Le SESA offre un terrain d'expérimentation unique pour avancer dans cette direction. En faisant le pari de la collaboration entre les mondes de la formation, du soin et de la prévention, il dessine les contours d'une approche pédagogique résolument ancrée dans les réalités de la santé publique. Une démarche à approfondir et à essaimer pour faire de l'éducation thérapeutique une composante à part entière de l'identité soignante.

Illustration:  Générée par l'IA - Flavien Albarras

Références

1- Décret n° 2018-472 du 12 juin 2018 relatif au service sanitaire des étudiants en santé, 2018.
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000037051024 

2- CANADA, Agence de la santé publique du, 2001. Déterminants sociaux de la santé et inégalités en santé. [en ligne]. 25 novembre 2001. Disponible à l’adresse : https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/promotion-sante/sante-population/est-determine-sante.html [Consulté le 9 mars 2025]. 

3- L’apprentissage par l’action, le « Learning by Doing », [sans date]. [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://www.beedeez.com/fr/blog/lapprentissage-par-laction-le-learning-by-doing [Consulté le 9 mars 2025]. 

4- Déterminants sociaux de santé : mieux les comprendre pour mieux soigner, [sans date]. Institut Montaigne [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://www.institutmontaigne.org/expressions/determinants-sociaux-de-sante-mieux-les-comprendre-pour-mieux-soigner [Consulté le 9 mars 2025]. 

5- CANADA, Agence de la santé publique du, 2001. Qu’est-ce que l’approche axée sur la santé de la population? [en ligne]. 25 novembre 2001. Disponible à l’adresse : https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/promotion-sante/sante-population/approche-axee-sur-la-sante-de-population.html [Consulté le 9 mars 2025]. 

6-HAS, Structuration d’un programme d’éducation thérapeutique du patient dans le champ des maladies chroniques, 2007.
https://www.has-sante.fr/jcms/c_604958/etp-structuration-d-un-programme-d-education-therapeutique-du-patient-guide-methodologique 

7- Article 84 - LOI n° 2009-879 du 21 juillet 2009 portant réforme de l’hôpital et relative aux patients, à la santé et aux territoires - Légifrance, [sans date]. [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/article_jo/JORFARTI000020879791  [Consulté le 9 mars 2025]. 

8- Mise en œuvre du service sanitaire pour les étudiants en santé, Pr. Loïc Vaillant, 2018.
https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_service_sanitaire_pr_vaillant.pdf 

9- Le Service Sanitaire en Région Centre-Val de Loire, 2020
https://frapscentre.org/wp-content/uploads/2020/01/F2F5_SESA_2020_light.pdf


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