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Publié le 24 septembre 2025 Mis à jour le 24 septembre 2025

L’IA peut-elle se mettre au service de l’intelligence collective ?

Pour une IA éthique

S’il y a bien une plus-value que l’on peut reconnaître à la mondialisation, c’est sa capacité à faire comprendre aux humains qu’ils ne sauraient évoluer seul. L’une des preuves de cet ordre du monde trouve un fort écho dans les objectifs de développement durable, puisqu’ils s’adressant à l’humanité entière. Comme quoi, une seule main ne peut attacher un paquet comme le dit si bien un proverbe africain.

Aborder la question de l’intelligence collective en relation avec l’intelligence artificielle constitue un appel de plus à la symbiose et non à la division, à la construction d’une planète où la justice sociale règne. Mais, il semble que les effets de l’IA dans certains domaines d’activités comme celui du travail ne facilite guère l’instauration de cette justice sociale tant voulue, laquelle rimerait avec l’essence même de l’intelligence collective entendu comme «un processus dynamique et collaboratif de production de savoirs réflexifs et actionnables face à une situation de travail complexe».

En d’autres termes, elle renvoie à la capacité des acteurs à adjoindre leurs idées, leurs connaissances afin de résoudre une situation complexe. Sauf que, cette possibilité est d’ores et déjà exclue vu qu’avec l’avènement de l’IA certains sont mis sur le banc de touche. écartés avant même de commencer. Ce qui nous amène à questionner la capacité de cette technologie à faire valoir l’intérêt commun. Dans cet article, plusieurs cas de figures  permettront d’en juger.

Une reconfiguration du marché du travail et l’apogée du capitalisme

Il est évident que l’IA facilite l’exécution de tâches répétitives pour certains travailleurs mais, pour d’autres, ils se voient retirés tout simplement de leur emploi, les poussant vers une reconversion professionnelle. Une étude réalisée par IBM ne vient que renchérir cet état de fait puisque selon elle, 40% des travailleurs devront se convertir au cours des trois prochaines années en raison de l’IA.

Ce bilan, si pour des personnes qui se trouvent en haut de la pyramide digitale est un tournant marquant le début d’une forte productivité, pour les employés, les plus nombreux d’ailleurs, l’expansion de l’IA tourne à leur désavantage, agrandissant davantage le fossé entre le prolétariat et la bourgeoisie. Dans un plaidoyer présenté à l’assemblée nationale, Fabien Gay, Sénateur (PCF) de Seine-Saint-Denis affirme :

« l’IA doit être un bien commun de l’humanité, mis au service des progrès humains, écologiques et scientifiques. Et non un outil détenu par quelques milliardaires au service de leur seul profit ».

Cette crainte du regain du profit est aussi partagée par Geoffrey Hinton prix Nobel de physique en 2024, qui, malgré qu’il soit l’un des pères fondateurs de l’IA, fait retentir les sonnettes d’alarme à ce sujet en disant : « en réalité, les riches vont utiliser l’IA pour remplacer les employés. Cela va créer un chômage massif et une hausse considérable des profits. Cela va enrichir une minorité et appauvrir la plupart des gens ».

Il est clair que si l’on s’en tient à ce point de vue, l’IA en dépit d’alléger l’effort concernant les tâches répétitives – mais en baissant les salaires des employés-, elle renforce l’écart déjà existant entre les riches d’un côté, et les pauvres de l’autre portant ainsi atteinte au respect de la dignité humaine martèle Hinton, vu que chaque personne tire une valeur de son travail ; et lui retirer cette valeur serait l’amoindrir en tant qu'humain.

L’IA un outil anti-incendie

Toute évolution technologique ou scientifique que le monde a connu a eu la plupart du temps pour objectif d’améliorer les conditions de vie des humains. Souvenons-nous de la mécanisation a diminué la peine prise pour l’accomplissement des tâches en usine ou dans les champs, l’internet, a rapproché les frontières géographiques, et l’IA a su démocratiser les savoirs, entre autres.

Vu sous cet angle l’on peut s’aventurer à croire que l’IA possède un potentiel au service de l’intérêt commun. Ce qui n’est pas totalement faux car, désormais, il existe par exemple à Marseille, une IA pompier. En fait, d’une apparence banale similaire à celle d’une caméra de surveillance, l’IA pompier, l’œil de la Brigade marin pompier de Marseille, filme à 250m les massifs et la ville du Roi d’Espagne, en vue de détecter le moindre départ d’incendie susceptible d’anéantir l’ensemble des habitations dû à l’espace fortement boisé qui les entoure.

En effet, abritant un dispositif d’IA entrainé par machine-learning, cette caméra est capable de détecter le moindre signe d’incendie, lequel est analysé par le centre opérationnel des services de secours de Marseille chargé de vérifier la véracité du signale qui leur est envoyé et agir le cas échéant. En dépit du fait qu’elle devrait gagner en précision, à Marseille, ce dispositif a déjà été deux fois plus rapide que les riverains pour donner l’alerte.

Les deepfakes, un effet pervers de l’IA

L’idée du développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) insufflait un vent nouveau au sujet de la démocratisation de l’information et surtout de la liberté d’expression. Cela a engendré une surchauffe informationnelle d’une part, et d’autre part l’expansion de la désinformation et du mensonge. Cet effet est encore plus accentué avec l’avènement de l’intelligence artificielle qui, à partir d’un algorithme, est capable d’entacher la réputation d’un tiers sur la base de données existantes. À juste titre, on souligne une photo du défunt pape François en doudoune. On aurait cru que la mode et la modernité auraient intégré les murs du Vatican, mais ça n’a jamais été le cas.

Cette manipulation de l’image, qui semble rigolote pour certain, porte réellement atteinte à la réputation du pontife, à l’importance qu’il accorde à ses fonctions, mais surtout met en exergue la capacité qu’a l’IA à manipuler la réalité de telle sorte qu’elle ne forme qu’un avec le virtuel, ou l’imagination de la personne tiers à l’origine de cette œuvre. Cette insaisissabilité du monde qui nous entoure nous rend graduellement étranger, ignorant vis-à vis de  notre environnement que l’on devrait maîtriser pourtant, en mettant à mal la liberté d’opinion et de jugement. Ainsi, des mesures doivent être prises pour limiter les dégâts de l’IA sur la vie des humains.

Pour une éducation de l’IA à travers les programmeurs 

On peut noter plusieurs moyens pour réduire les méfaits de l’IA dans la société :

  • Éduquer sur la désinformation et sur le cadre contraignant mis en place afin de prévenir et punir les auteurs de la désinformation. En France par exemple, la LOI n° 2018-1202 du 22 décembre 2018 relative à la lutte contre la manipulation de l'information, encadre les mesures de représailles à l’endroit des auteurs de l’infox.
  • Apprendre aux jeunes à aiguiser leur sens critique et à valoriser l'intégrité
  • L’éducation aux médias
  • Enseigner la polyvalence à l’école, réduisant l’obsolescence dans le milieu du travail.


Références

« 40 % des travailleurs devront se reconvertir au cours des trois prochaines années en raison de l'IA », en ligne - Développez.com - Bruno, https://intelligence-artificielle.developpez.com/actu/347575/40-pourcent-des-travailleurs-devront-se-reconvertir-au-cours-des-trois-prochaines-annees-en-raison-de-l-IA-selon-une-etude-d-IBM/

FNEGE Médias, « Qu’est-ce que l’intelligence collective », en ligne https://www.youtube.com/watch?v=-oG4U8lqeR8

France 24, L’IA au service de l’intelligence collective, en ligne https://www.youtube.com/watch?v=yFjiaOa9jHY

Diallo Kesse, « Geoffrey Hinton, "père de l'IA", prédit que l'intelligence artificielle enrichira les riches et appauvrira les pauvres », en ligne https://www.youtube.com/watch?v=-oG4U8lqeR8

La REF24, « le pouvoir du faux à l’assaut de la démocratie », en ligne https://laref.org/2024/08/12/le-pouvoir-du-faux-a-lassaut-de-la-democratie/

Perret Michel, 1983, « Femmes et machines au XIXème siècle », en ligne https://www.persee.fr/doc/roman_0048-8593_1983_num_13_41_4651

Rochefort Mathilde, « Ce pape en doudoune est un deepfake, mais classe, mais deepfake, mais.. », en ligne. https://www.clubic.com/technologies-d-avenir/intelligence-artificielle/actualite-462786-ce-pape-en-doudoune-est-un-deepfake-mais-classe-mais-deepfake-mais.html


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