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Publié le 28 octobre 2025 Mis à jour le 28 octobre 2025

Déficit d'infrastructures scolaires et prise d'initiative pédagogique

Cas du Grand-Nord Cameroun

La recette d'une bonne éducation repose sur un certain nombre d'indicateurs déterminants. En plus des enseignants et des apprenants, les infrastructures de qualité favorisent un meilleur apprentissage. Ces éléments ne sont pas toujours garantis, surtout dans un pays en voie de développement tel que le Cameroun. 

Au regard du déficit infrastructurel, certains enseignants et acteurs éducatifs prennent des initiatives pour assurer le transfert du savoir à la jeune génération. Pour avoir des données plus actualisées, nous avons échangé avec deux enseignants en service dans le Grand Nord du Cameroun. Pour préserver leur anonymat, nous les nommerons par les lettres X et Y.   

Des conditions pour accéder à l'éducation

L'éducation est essentielle pour la construction de toute société. À ce propos, l'un des objectifs de l'ONU (Organisation des Nations Unies) est d'assurer l'accès à une éducation de qualité dans tous les pays du monde.  Toutefois, on observe  encore à un déséquilibre en ce qui concerne l'accès aux infrastructures scolaires de qualité. 

L'Afrique Subsaharienne fait partie des zones géographiques les plus affectées par ce déficit infrastructurel. Au Cameroun, le Grand-Nord (ensemble de trois régions : L'Extrême-nord, le Nord et l'Adamaoua) et l'EST sont généralement considérés comme des parties sinistrées en termes d'infrastructures éducatives.  Il suffit d'y faire un tour, d'écouter les acteurs du secteur pour en comprendre la réalité.  Dans cette veine, le Conseil de l'Adamaoua a manifesté en 2024 son intérêt à sortir cette région de la ZEP (zone d'éducation prioritaire).  

Le Grand-Nord Cameroun est une zone fréquemment en proie à plusieurs difficultés. D'entrée de jeu, la sécheresse dicte très souvent sa loi. D'après une récente étude de l'UNESCO sur le Cameroun intitulée «Situation des enfants au Cameroun», les régions septentrionales sont les plus marquées par le changement climatique avec un effet direct sur l'éducation. Au regard de la proximité avec le désert, les températures vont au-delà de 50 degrés à l'ombre, notamment dans l'Extrême-nord.  En cas de précipitations, on assiste à des inondations ravageant le bétail, les cultures et même les habitations. À titre d'exemple, en 2024, les inondations ont eu un impact non négligeable sur la rentrée scolaire; de fait, le département du Mayo-Danay a été sérieusement affecté dans la mesure où environ 2000 élèves ont dû faire des efforts particuliers tels que l'usage de pirogues pour se rendre à l'école.  

Les initiatives face aux difficultés infrastructurelles 

Au regard du manque d'infrastructures, plusieurs enseignants passionnés par leur métier n'ont pas abandonné. Ils ont recours à des moyens provisoires pour s'assurer de la continuité de l'apprentissage. En plus des méthodes traditionnelles, l'on note aussi la reconfiguration des salles de classes existantes et la digitalisation. 

  • L'école sous l'arbre : au regard de l'insuffisance infrastructurelle pour accueillir les apprenants, le recours à l'école sous l'arbre est encore d'actualité.   En l'absence des salles de classe, les éducateurs utilisent le matériel provisoire pour fabriquer des cadres pouvant accueillir les apprenants. 

    Dans d'autres circonstances, le cours est dispensé en plein air, souvent sous un arbre. Le plus important étant pour eux de transmettre le savoir. C'est une pratique en cours au lycée bilingue de Djefatou dans le Nord Cameroun. Malgré la désertion de certains enseignants, d'autres, plus préoccupés par l'avenir des apprenants, sont à pied d'œuvre pour l'avenir des enfants. 

  • La reconfiguration des salles existantes : quand bien même il existe des salles de classe dans certains établissements, elles sont en nombre insuffisant.  Pour y remédier, les acteurs éducatifs prennent des mesures provisoires. Ils procèdent à la séparation des salles à faible effectif par un mur en brique pour obtenir davantage de salles. 

    Interrogée sur cette question, l'enseignante X de français aux locuteurs anglophones au lycée bilingue de Tignere dans la région de l'Adamaoua, rappelle que c'est une solution utilisée dans leur établissement pour résoudre provisoirement ce déficit. 

  • La digitalisation : le recours au réseau social WhatsApp. Avec des effectifs pléthoriques et en l'absence d'assez de salles de classes pour contenir les apprenants, les enseignants se tournent vers la digitalisation en envoyant des cours par WhatsApp aux élèves. Les apprenants peuvent dès lors prendre connaissance du cours et le lire depuis la maison. Par la suite, les professeurs programment des séances d'explication. 

    Interrogé sur cette question, l'enseignant Y du lycée technique de Goundaye du département du Mayo-Kani, dans l'Extrême-nord, affirme : "Aujourd'hui, le téléphone Android est la chose la mieux partagée. C'est vrai que nous sommes dans des zones où il n'y a même pas d'énergie électrique, mais on se bat avec la connexion. Elle est très instable, mais de temps en temps, elle est là… Par exemple, avec les enfants de première, il m'arrive de préparer leur leçon, de les envoyer dans leur groupe. Quand je reviens, j'explique…" 

La plus-value de ces initiatives 

L'apprentissage, nous le savons, est centré sur l'apprenant. L'adversité de ce type de contexte est un catalyseur capable de transformer une situation préalablement contraignante en une force, notamment dans le renforcement du mental des apprenants. De fait, un enseignant motivé dans cet environnement éducatif créera encore plus de motivations chez les apprenants. Ainsi, ils vont conjuguer ensemble leurs efforts pour atteindre leurs objectifs. 

La capacité à sortir de sa zone de confort par amour pour sa profession est un message envoyé par les enseignants de cette région. Ils démontrent qu'à travers une résilience à toute épreuve, on peut continuer à construire même dans des milieux moins favorables. Après cette expérience, ils pourront être des références pour les jeunes futurs enseignants et leurs témoignages seront gravés dans les mémoires.  

Illustration : Jhon DL - Pixabay

Sources 

Situation des enfants au Cameroun 
https://www.unicef.org/cameroon/media/3141/file/2025-Situation%20des%20enfants%20au%20Cameroun_FR_FINAL2.pdf.pdf 

Objectif 4 : Assurer l'accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d'égalité, et promouvoir les possibilités d'apprentissage au long de la vie - Développement durable - https://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/education/ 

Grand-Nord : le conseil régional de l'Adamoua veut sortir la région de la zone d'éducation prioritaire ( ZEP)
https://www.stopblablacam.com/societe/1901-11783-grand-nord-le-conseil-regional-de-l-adamaoua-veut-sortir-la-region-de-la-zone-d-education-prioritaire-zep 

Rentrée scolaire sous les eaux dans la région de l'Extrême-Nord du Cameroun
https://www.voaafrique.com/a/rentr%C3%A9e-scolaire-sous-les-eaux-dans-la-r%C3%A9gion-de-l-extr%C3%AAme-nord-du-cameroun/7777215.html 

École sous l'arbre au lycée bilingue de Djefatou ( région du Nord)  - https://www.youtube.com/watch?v=mWFNamzj0y0 


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