Par Denys Lamontagne  | direction@cursus.edu

La loi de Moore appliquée à l’éducation : changements prévisibles

Créé le jeudi 26 février 2015  |  Mise à jour le lundi 9 mars 2015

La loi de Moore appliquée à l’éducation : changements prévisibles

Croissance subite

La Loi de Moore, énoncée en 1965 par Gordon Moore, un des co-fondateurs de Intel, est issue d’une observation expliquant que le nombre de composants (transistors, résistances, capacités, diodes) pouvant être intégrés dans un circuit doublait tous les deux ans. Cette prédiction va éventuellement arriver à sa limite, mais elle est toujours valide jusqu’à aujourd’hui, déjouant plus d’une fois les échéances prévues. Les ingénieurs se limitaient au silicium sur une surface, mais on arrive au carbone dans un volume et bientôt, nous toucherons aux spins des électrons et aux photons dans des ordinateurs quantiques.

Si on regarde plutôt la puissance de calcul et la capacité des mémoires, la loi de Moore, que l’on pourrait plus simplement énoncer comme celle de la croissance exponentielle, continue de s’appliquer.

Par extension, elle touche diverses activités, comme le traffic Internet, l’étendue des réseaux, la mémoire installée, le nombre de pixels des écrans, le nombre de caméras alimentant le réseau, etc. De là à déduire des effets sur nos activités, il n’y a qu’un pas.

Cette loi décrit un phénomène au début quasi imperceptible et soudainement très important. Si on le regarde à la bonne échelle (logarithmique), il est tout à fait régulier et prévisible.

___________________________________________________________________________

Toute industrie qui n’est pas en train d’évoluer au rythme de loi de Moore est mure pour des perturbations.
Aaron Levie co-fondateur de Box

___________________________________________________________________________

À l’âge de pierre, les connaissances créées et le temps consacré à les transmettre et les apprendre était marginal.  Manier le feu, découvrir le tricot ou l’agriculture, monter une roue suffisamment solide, ces avancées ont pris des millénaires avant de parvenir à un stade de maîtrise. Que dire de la médecine, de l’administration ou de l'économie ? On ne parle pas ici du temps occupé à transmettre des superstitions mais bien des connaissances applicables.

Jusqu’au 19 ième siècle, l’éducation était réservée à une très petite minorité de gens; au cours du vingtième, l’éducation s’est démocratisée jusqu’au primaire, puis au secondaire. 12 ans d’étude pour acquérir les bases des connaissances nécessaires pour fonctionner dans cette société sont aujourd’hui une norme minimale.

Moore pour l‘éducation

Vu sous la perspective de la loi de Moore, la quantité de connaissances transmises s’accroît exponentiellement : si nous sommes dix, nous avons 55 lignes de communication possibles, mais si nous sommes 100, ce sont plus de 5 000 lignes de communications. Imaginez le nombre quand nous sommes 7 milliards.

De plus, le nombre de découvertes structurantes est lié à plusieurs facteurs dont le plus important est évidemment le nombre de personnes vivantes.  7 000 000 000 de personnes en réseau font évidemment plus de découvertes que 500 000 personnes isolées et dispersées sur cinq continents.

Dans ce tableau, je me suis amusé à corréler le nombre de personnes sur la terre, le nombre de découvertes (les mêmes découvertes sont constamment à redécouvrir, on ne fait pas du feu de la même façon aujourd’hui qu’autrefois) et le temps pour les apprendre, à raison d’un jour par découverte en moyenne.

Ça tient assez bien jusqu’en 1960.  À partir de là, la formation continue semble une nécessité évidente.

Si on ajoute les connexions et les communications entre les gens, l’accélération est sans doute encore plus rapide. Le nombre de messages échangés aujourd’hui n’a strictement rien à voir avec l’époque du téléphone, du fax et du courrier postal.

Coté vitesse, avant d’être acheminé par voie électronique, par avion et train, le courrier l’a été par bateau et cheval. Il y a aussi accélération de la transmission : de quelques mètres par minute à presque la vitesse de la lumière.

Changer l’enseignement à temps

Ainsi, l’idée de l’école comme une étape de la vie est appelée à changer pour celle d’un lieu d’apprentissage permanent, une «source» serait sans doute un concept plus appropriée. On restera toute notre vie en relation avec des centres d’apprentissage. À la vitesse où les choses évoluent, ce besoin, pour ne pas dire cette détresse de se former pour rester dans la course, ne serait-ce que pour faire fonctionner son mobile ou conserver son emploi, devient évident chez beaucoup de gens.

Toutes les modalités de formation et de communication sont appelées à augmenter leur efficience. Prendre 12 années pour obtenir plus de 20 % d’analphabètes fonctionnels devrait nous donner des cibles pour des changements. Certains apprentissages peuvent être réalisés en termes de jours et de mois, pas d’années, ni dans la douleur ou l’ennui, ni au coût d'une maison.

Le nombre de connaissances à acquérir appelle une meilleure structuration, entre autres en profitant des technologies. Les apprentissages «transversaux» sont une idée qui mérite d’évoluer encore. Certaines connaissances sont plus nécessaires et utilisées que d’autres selon les domaines et les milieux.

En continuant d’extrapoler, on peut également prédire que, s’il est déjà impossible d’acquérir une culture encyclopédique, on assistera à une spécialisation toujours plus poussée et à des organisations mutuellement dépendantes. Il faudra apprendre tout le temps et considérer l’effet de nos décisions sur ceux avec qui nous sommes en relation. Et nous sommes en relation avec beaucoup de gens. Voilà une de ces habiletés transversales qui s’impose.

Ça change de plus en plus vite, mais ce changement est prévisible.  Je ne sais pas à quelle case du jeu d’échec le roi s’est aperçu qu’il ne pourrait plus honorer sa promesse en grains de riz ou de blé, mais je suis sur qu’il l’a vu venir.

Il serait tout de même ironique qu’en éducation on ne tienne pas compte de ce changement de notre fonction.


Références :

When Exponential Progress Becomes Reality - Niv Dror - Medium
https://medium.com/@nivo0o0/when-exponential-technological-progress-becomes-our-reality-74acafd65e26

Le grain de blé et l’échiquier ou la puissance des nombres - Couleur Science
http://couleur-science.eu/?d=2014/08/21/16/48/55-le-grain-de-ble-et-lechiquier-ou-la-puissance-des-nombres

Gordon Moore - Wikipédia
http://en.wikipedia.org/wiki/Gordon_Moore

Mots-clés :
Éducation ,
Futur

Poster un commentaire

Commentaires

1 commentaire

Icône - Visage inconnu
  • Sylvie Dalbin
  • 27 février 2015 à 12 h 12

apprentissage permanent

bonjour, merci pour ce billet qui questionne. Je pense que l'école devrait être plus que simplement une "source" . Par contre, il faut aussi que l'école comprenne qu'elle n'est plus/pas le seul lieu d'apprentissage dans ce nouveau contexte. A priori de nombreux lieux (travail, divers lieux de culture et d'échanges), le sont aussi.

Répondre