Par Marie-France Fournier  | maj@cursus.edu

L’e-portfolio après les études, utile ou pas?

Créé le lundi 26 juillet 2010  |  Mise à jour le jeudi 23 juin 2011

On ne compte plus les argumentaires et les résultats d’enquêtes qui démontrent l’intérêt pour les élèves et les étudiants de créer et d’entretenir un portfolio ou mieux, un e-portfolio, qui est la version électronique de l’outil papier. En revanche, bien peu de recherches ont été menées sur le devenir de ces e-portfolios une fois les études terminées. Sont-ils entretenus et utilisés par leurs propriétaires, notamment lors de la phase de recherche d’emploi ?

C’est à cette question que répond un récent article publié dans la Revue internationale des technologies en pédagogie universitaire, publiée en ligne par le consortium Erudit et accessible gratuitement. L’article, intitulé « Persister dans la publication de son e-portfolio ? », présente les résultats d’une enquête réalisée en 2008 auprès de 25 étudiants et anciens étudiants (ayant terminé leurs études depuis 3 mois) de l’Université Catholique de l’Ouest à Angers (France), suivant ou ayant suivi un cursus de formation en ingénierie des ressources humaines.

Une minorité persiste dans la mise à jour de l'e-portfolio

Philippe Didier Gauthier et Annie Jézégou, auteurs de l’enquête, ont d’abord transmis un questionnaire aux 25 volontaires, eux-mêmes auteurs d’e-portfolio pendant leur année d’études. Ils se sont là intéressés à leur perception de l’efficacité de l’e-portfolio, et à leur évaluation de leur persistance dans la mise à jour. À la suite de cette première phase d’investigation, les auteurs ont identifié trois groupes d’étudiants : 

  • Les étudiants ayant une persistance faible (8 personnes);
  • Les étudiants ayant une persistance moyenne (11personnes);
  • Les étudiants ayant une forte persistance (6 personnes).

L’analyse des réponses dans ces trois groupes a apporté des précisions intéressantes :

- Les personnes qui persistent dans la mise à jour de leur e-portfolio l’ont publié sur une plateforme de mise en relation professionnelle, Viaduc (devenue ensuite Viadeo). En revanche, celles qui entretiennent peu ou pas du tout leur e-portfolio avaient majoritairement choisi de le publier sur une plateforme de blogue ou sur une plateforme dédiée à l’e-portfolio, en l’occurrence Eduportfolio, outil développé par Thierry Karsenti à l’Université de Montréal.

On comprend donc que les personnes les plus assidues dans la mise à jour de leur e-portfolio ambitionnaient très tôt de l’utiliser comme outil de valorisation personnelle dans leur recherche d’emploi, alors que les autres le considéraient davantage comme un outil d’aide à l’élaboration du projet, voire comme un exercice d’études.

- Toutes les personnes ayant participé à l’enquête estiment être compétentes en matière d’utilisation des TIC. Il n’y a donc pas de barrière technologique freinant l’entretien de l’e-portfolio.

- Les personnes les moins assidues estiment être capables de mener à bien leur projet professionnel et leur recherche d’emploi sans l’appui de leur e-portfolio.

Peu de retours de la part des recruteurs et des professionnels

Les auteurs ont ensuite conduit des entretiens indivduels avec deux personnes prises au hasard dans chacun des trois groupes, afin d’obtenir des informations complémentaires sur leur attitude face à l’e-portfolio. Là encore, les résultats sont intéressants :

- Les anciens étudiants les plus assidus dans la maintenance de leur e-portfolio estiment que cet outil les aide à structurer leur démarche de recherche d’emploi.

- Les mêmes attendent des retours, de la part du milieu professionnel qu’ils visent, sur leur e-portfolio. Or, ces retours ne viennent pas. D’où une certaine déception. Néanmoins, les jeunes professionnels persistent.

- Les anciens étudiants qui ont abandonné leur e-portfolio ou qui l’entretiennent a minima, sont bien conscients des qualités d’un tel outil. Mais ils estiment que le jeu n’en vaut pas la chandelle, et ils poursuivent donc leur recherche d’emploi avec des outils plus traditionnels.

Les auteurs de l’article ont bien conscience du fait que ces premiers résultats ne suffisent pas à établir la manière dont les étudiants en général perçoivent l’e-portfolio, notamment à cause de la taille modeste de leur échantillon. Néanmoins, leur article montre que, dans le cas des personnes ayant participé à l’étude, l’e-portfolio est davantage perçu comme un outil d’aide à l’élaboration de projet professionnel que comme un outil de recherche d’emploi. En d’autres termes, celles qui estiment que l’e-portfolio pourrait avantageusement remplacer le banal CV sont minoritaires. Et même les plus enthousiastes d’entre elles, qui fournissent le plus grand effort de mise à jour pour faire vivre leur e-portfolio sont déçues des retours que leur font les professionnels susceptibles de les embaucher.

Ce qui met la balle dans le camp des recruteurs : s’ils ne considèrent pas l’e-portfolio comme un outil à forte valeur ajoutée vis-à-vis du CV traditionnel, cet outil ne sortira pas du cadre scolaire ou universitaire. 

Il serait donc utile que l’enquête effectuée par Philippe Didier Gauthier et Annie Jézégou soit complétée par d’autres (notamment en Amérique du Nord, ou l’e-portfolio est, bien plus qu’en France, un outil valorisé de recherche d’emploi et de suivi de carrière), et que les résultats circulent dans les milieux professionnels.

Persister dans la publication de son e-portfolio ? Etude menée auprès d’un groupe d’étudiants de l’enseignement supérieur. Philippe Didier Gauthier et Annie Jézégou, Revue internationale des technologies en pédagogie universitaire, vol 6, n°1, 2009. Téléchargeable en PDF sur le site d’Erudit.

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